Une centaine de manifestants ont défilé samedi dans les rues de Trois-Rivières pour dénoncer les violences sexuelles et signifier leur appui aux victimes.
Une centaine de manifestants ont défilé samedi dans les rues de Trois-Rivières pour dénoncer les violences sexuelles et signifier leur appui aux victimes.

«On vous croit», disent les manifestants aux victimes de violences sexuelles

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — «Si tu n'es pas outré, c'est que tu n'es pas informé», clament la centaine de manifestants qui ont défilé samedi en début d'après-midi dans les rues de Trois-Rivières pour dénoncer les violences sexuelles et signifier leur appui aux victimes. Les organisatrices de la marche sont formelles: la vague de dénonciations qui déferle actuellement sur les réseaux sociaux est légitime, elle trahit les failles du système de justice et les victimes méritent d'être entendues et d'être crues. Si la démarche engendre de fausses accusations et de la diffamation, le phénomène demeure marginal, soutiennent-elles, la justice départagera le vrai du faux, le temps venu.

«Selon ce qu'on a comme information, il y a 600 000 cas d'agression sexuelle par année au Canada, sur ces 600 000 cas, il n'y en a que 5% qui sont dénoncés à la police, et sur ces 5%, il n'y a que 3 cas sur 1000 qui vont finir par une condamnation de l'agresseur», s'indigne Samya Lemrini, une des organisatrices de la marche et juriste de formation. Pour elle, les inquiétudes soulevées de part et d'autre quant à de possibles dérapages ou de fausses accusations, dans un contexte où les pages de dénonciation se multiplient sur les réseaux sociaux, sont une préoccupation qui relève de la culture du viol. «Dénoncer quelqu'un, ça prend pas mal d'énergie. Je ne vois pas comment quelqu'un pourrait inventer ces choses-là», renchérit Juliette Roberge, une autre organisatrice de l'événement et étudiante en droit. «Les victimes en ont assez», martèle encore Mme Lemrini.

Élizabeth Leblanc-Michaud, Samya Lemrini et Juliette Roberge, organisatrices de la marche de samedi.

Le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Trois-Rivières était présent au départ de la marche, face à l'entrée de l'UQTR, pour donner de l'information. «Notre mandat est d'accompagner les victimes dans leur démarche de reprise de pouvoir», explique Bénédicte Taillefat, intervenante au CALACS. Elle aussi se refuse à qualifier le mouvement de dénonciations qui souffle sur le Québec, y voyant surtout le symptôme d'un mal sociétal. «On ne pense pas que ce soit un tribunal populaire qui est en train de se passer, on pense plutôt que ce sont les victimes qui ont besoin de nommer et de faire en sorte qu'il y ait un changement de culture qui soit effectif», fait-elle valoir.

Bénédicte Taillefat, intervenante au CALACS, voit dans la vague de dénonciation de violences sexuelles qui déferle sur le Québec le symptôme d'un mal sociétal.

Pour Mme Taillefat, toute victime qui dénonce son agresseur s'expose à un risque, que ce soit sur les réseaux sociaux ou par les voies plus officielles. L'organisme où elle œuvre ne privilégie pas de démarche plus qu'une autre, mais s'inscrit dans un processus d'accompagnement, indique-t-elle. «On leur donne des explications sur le processus judiciaire, sur les bénéfices comme sur les côtés négatifs. Même chose pour une dénonciation publique, c'est sûr qu'on les invite fortement à aller se renseigner auprès de Juripop, l'organisme qui fait de l'accompagnement judiciaire, pour qu'elles s'informent sur leurs droits et les risques auxquels elles peuvent s'exposer si jamais elles nomment quelqu'un sur les réseaux sociaux», relate l'intervenante.

De son côté, Jimmy Simard, intervenant et responsable des activités chez Emphase MCQ, rappelle que le fléau des violences sexuelles touche aussi les hommes. «Au Québec, un sur homme sur dix a été agressé sexuellement avant ses 18 ans», maintient-il. L'organisme qui apporte du soutien aux hommes ayant subi des agressions sexuelles dans la région depuis 2014 aurait accompagné plus d'une centaine d'hommes depuis sa fondation. Cette clientèle serait d'autant plus difficile à rejoindre du fait des tabous encore plus grands dans la société à son égard. À l'instar des différents intervenants rencontrés à la marche de samedi, M. Simard voit dans la parole déliée par le biais des réseaux sociaux l'occasion pour les victimes de rompre un silence qui ronge de l'intérieur. Selon lui, l'anonymat relatif que confère une telle démarche n'est pas étranger à l'effervescence du mouvement actuel. «C'est très difficile de briser le silence», soutient-il.

Jimmy Simard, intervenant chez Emphase MCQ, rappelle que le fléau des violences sexuelles touche aussi les hommes.