L’Observatoire de Champlain.

«On veut un observatoire du 21e siècle»

Trois-Rivières — L’Observatoire astronomique du Cégep de Trois-Rivières à Champlain sera fermé, cet été, en raison d’une importante détérioration de la bâtisse. Cette détérioration ne date toutefois pas d’hier même si elle a été aggravée par les difficiles conditions climatiques de l’hiver dernier. Selon le directeur du Cégep de Trois-Rivières, Louis Gendron, l’édifice n’avait pas été construit pour résister au temps. C’est malgré tout un outil pédagogique important et un attrait touristique pour la région, reconnaît-il. C’est pourquoi le Cégep tente de convaincre le gouvernement du Québec d’investir dans la construction d’un nouvel observatoire, un projet de 800 000 $.

«On veut un observatoire du 21e siècle», a indiqué au Nouvelliste M. Gendron. En ce moment, 60 % de la bâtisse, construite en 1980, est vouée à la démolition, dit-il. Seules les portions en béton pourraient être épargnées. Réparer l’existant représenterait un investissement de quelque 250 000 $.

Tant qu’à reconstruire, le Cégep croit que l’édifice pourrait en même temps être aménagé pour donner des cours et contenir des salles qui permettraient d’accueillir des jeunes du primaire et du secondaire et accentuer ainsi sa mission d’outil scientifique car, rappelle-t-il, le milieu de l’éducation tente d’intéresser les jeunes à la science par tous les moyens.

Le Cégep avait déposé son projet de 800 000 $ sous l’ancien gouvernement libéral, mais n’avait pas eu de suite. Il profite donc de l’arrivée d’un nouveau gouvernement pour tenter de relancer ce dossier.

La ministre régionale, Sonia LeBel, a déjà mobilisé le cabinet du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour faire avancer ce dossier. Mme Lebel a indiqué que des gens du cabinet viendront constater l’état de l’édifice dès la semaine prochaine.

La ministre reconnaît que le projet proposé par le Cégep «nous emballe», dit-elle tout en ajoutant qu’il est encore beaucoup trop tôt pour se prononcer sur le genre de décision qui sera prise. «On est au rendez-vous.» Si la réponse est non, «on va vous l’expliquer», dit-elle.

Mme LeBel ajoute qu’elle était déjà au travail, dans ce dossier, avant même que soient constatés les dégâts infligés par la saison hivernale. «On est à la croisée des chemins», reconnaît-elle. Il est trop tôt, ajoute la ministre, pour parler de délais dans le dénouement de ce dossier.

M. Gendron indique avoir reçu beaucoup d’appels de la part des ministères mobilisés par la ministre LeBel. «Je n’ai jamais reçu autant d’appels de ministères», dit-il, visiblement encouragé.

C’est que des observatoires astronomiques de cette taille, au Québec, il n’en pleut pas, fait valoir le directeur du Cégep.

«Il y a plusieurs années que nous savons que l’Observatoire a besoin d’importants travaux de modernisation en raison de l’âge du bâtiment», indique M. Gendron.

L’établissement d’enseignement, victime des nombreuses coupes en éducation des dernières années, n’a pas les moyens d’investir dans un tel projet, précise-t-il. Si le gouvernement n’investit pas, le Cégep ne pourra pas le faire, assure-t-il et encore moins assumer les frais récurrents associés à une telle installation qui sont, selon lui, de l’ordre de 30 000 $ par année. Louis Gendron rappelle qu’à défaut de disposer d’un tel financement récurrent, l’ouverture de l’Observatoire de Champlain en période estivale, au cours des dernières années, s’est faite avec l’aide du député en place et de subventions obtenues à la pièce.

Le côté touristique de cet attrait ne relève pas non plus de la mission du Cégep, rappelle-t-il. L’outil scientifique, lui, est d’un grand intérêt pour la promotion des sciences chez les jeunes, estime-t-il.

La sécurité du public étant primordiale, le Cégep a donc décidé de suspendre temporairement les visites estivales pour la saison 2019.

«En raison des fortes précipitations de neige que l’on a connues cet hiver et de l’état dans lequel était déjà la bâtisse, nous avons constaté des problèmes au niveau de la toiture, du revêtement extérieur ainsi que de la passerelle», indique le Cégep.

Entre 700 et 1200 personnes profitaient chaque été des animations organisées à l’Observatoire afin d’initier le grand public à l’astronomie. Ces activités génèrent des emplois pour les étudiants qui se spécialisent dans le domaine.

Ce n’est pas la première fois que le Cégep est contraint de fermer cette installation scientifique au grand public. Ce fut le cas entre 2003 et 2006 puis en 2015, faute de financement.

En 2017, le Cégep parlait déjà du caractère vieillissant et de montants importants qu’il faudrait investir pour sauver cette infrastructure scientifique. On avait alors failli suspendre à nouveau les activités estivales. C’était une période difficile, il faut le rappeler, à cause des importantes restrictions budgétaires imposées par l’ancien gouvernement au milieu de l’éducation.