Charles Lemire
Charles Lemire

«On veut juste rentrer à la maison»

TROIS-RIVIÈRES — Deux résidents de Shawinigan se retrouvent présentement coincés au sud de l’Inde et multiplient les démarches depuis plus de trois semaines dans l’espoir d’être rapatriés au Canada rapidement. Charles Lemire et Guylaine Quessy déplorent cependant ne pas avoir de réponse satisfaisante de la part d’Ottawa, alors que l’approvisionnement en nourriture et en eau les inquiète de plus en plus, eux qui craignent également pour leur sécurité dans ce pays surpeuplé.

Les deux amis sont arrivés en Inde le 29 janvier dernier, pour un voyage de trois mois. Charles Lemire a l’habitude de passer ses hivers à l’étranger depuis les dernières années. Or, les choses ont rapidement déboulé lorsqu’ils ont appris à la mi-mars que le Canada conseillait à ses ressortissants de rentrer le plus rapidement possible.

Ce jour-là, Charles Lemire a tenté de contacter sa compagnie aérienne, sans succès pendant au moins deux jours. Le 19 mars, British Airways, leur annonce que leur vol de retour, déjà prévu le 27 avril, a été annulé, mais qu’ils auront la possibilité de rentrer par un vol le 26 mars. Toutefois, trois jours avant ce vol, l’Inde a décrété un «lock-down» complet, empêchant tout vol intérieur ou international de décoller. Les hôtels ont fermé, les deux touristes ont été mis à la porte de l’établissement et ont été recueillis par un résident de l’endroit qui a accepté de leur louer une chambre, en attendant. Les déplacements sont à peu près impossibles, sinon que pour aller à l’épicerie une fois par trois jours, pour acheter des aliments qui laissent de plus en plus à désirer.

Les vols rendus disponibles pour le Canada partent tous de Delhi, Amritsar, Mumbai, ainsi qu’un vol à partir de Bangalore. Ce dernier aéroport, le plus proche de la région où les deux amis se trouvent, est tout de même situé à 1000 kilomètres de distance, sans possibilité de prendre un vol intérieur. La distance qui les sépare de cet aéroport a fait que malgré qu’ils aient rempli les formulaires pour être rapatriés, ils n’ont pas été contactés par les autorités pour pouvoir acheter un billet pour le Canada pour ce vol.

Guylaine Quessy

«C’est impossible de penser qu’on peut atteindre cet aéroport sans se mettre complètement à risque. On va tomber malade ou alors notre sécurité physique sera menacée», considère Charles Lemire, qui indique que l’aéroport de Trivandrum, un plus petit aéroport, est situé à moins de 30 minutes de l’endroit où ils résident présentement, et qu’ils pourraient facilement y être escortés par les policiers de l’endroit.

«J’ai su que des vols sont partis de cet aéroport vers l’Allemagne et l’Angleterre. À partir de là, on pourrait s’y rendre facilement avec l’aide des policiers. Si on pouvait, par le biais du consulat, nous permettre de prendre l’un de ces vols, on va transiter par Londres ou n’importe où en Europe pour rentrer chez nous. Ça ne me dérange pas de faire plusieurs escales, que ça prenne deux ou trois jours. On veut juste rentrer à la maison», déclare Charles Lemire.

Pour le moment, les deux amis disent être en bonne santé, et peuvent compter sur l’appui du propriétaire de la maison de chambre, qui les dépanne en cuisinant avec eux de la nourriture. Mais Charles Lemire dit s’inquiéter des tensions sociales dans le pays s’il fallait que la période de «lock-down» se prolonge. Déjà, le gouvernement a annoncé dernièrement sa prolongation jusqu’au 28 avril, et il s’attend à ce que ça se prolonge encore.

«Les gens vivent les uns sur les autres dans les grandes villes. Je commence à craindre que ça se révolte. Et la nourriture est de moins en moins belle. On a peur aussi de manquer de bouteilles d’eau un moment donné. On ne peut absolu- ment pas boire l’eau du robinet, on va se rendre malade. Je me dis que c’est ça la principale menace qui nous guette si le lock-down doit continuer encore des semaines», s’inquiète-t-il, précisant qu’un autre couple de Canadiens, originaires de Toronto, sont eux aussi coincés au même endroit et espèrent un dénouement rapide.

«Tant que je ne serai pas assise dans un avion, je ne pourrai pas être rassurée», confie Guylaine Quessy.

Au bureau du ministre des Affaires étrangères et député de Saint-Maurice, François-Philippe Champagne, on indique être en constante communication avec l’Inde afin de trouver des solutions pour rapatrier tous les ressortissants canadiens. Toutefois, on ne pouvait pas donner de détails précis concernant le cas de Charles Lemire et Guylaine Quessy.