Les maires de la région espèrent qu’une interdiction de consommer du cannabis sur la place publique sera décrétée par les gouvernements.

«On va perdre le contrôle»

Trois-Rivières — Si l’on en croit les différents maires de la région, ce n’est pas demain la veille que les municipalités et villes d’ici emboîteront le pas à la Ville de Saint-Jérôme pour faire interdire la consommation de cannabis dans les lieux publics. Par contre, alors que certains préfèrent attendre de voir ce que le fédéral et le provincial imposeront, d’autres espèrent qu’une interdiction de consommer sur la place publique soit décrétée.

C’est le cas du maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, qui n’est pas en faveur d’un règlement municipal, mais qui estime que Québec devra tôt ou tard se prononcer sur cette question. À son avis, la consommation devrait être interdite sur la place publique. «Il faut que Québec agisse de façon générale pour l’ensemble de la province, que ce soit le même règlement pour tous, sinon ce sera ingérable. Et à mon avis, il faut empêcher la consommation sur la place publique, au même titre qu’on empêche la consommation d’alcool sur la voie publique. La consommation de ces produits entraîne des impacts sur la santé. Québec ne peut pas l’ignorer et doit imposer un règlement clair», signale le maire Lévesque, qui n’a jamais caché être en défaveur de la légalisation du cannabis.

Rappelons que mercredi, le maire de Saint-Jérôme Stéphane Maher a déclaré vouloir instaurer une interdiction étendue de consommer du cannabis dans les lieux publics de la ville. De son côté, l’Union des municipalités du Québec a plaidé pour que Québec donne les coudées franches aux villes, leur permettant d’établir une réglementation qui répondra à leurs attentes.

Une vision que ne partagent pas, du moins pour l’instant, les maires des différentes villes de la Mauricie et du Centre-du-Québec à qui Le Nouvelliste a pu parler. Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour, est même d’avis qu’il s’agit là d’une démarche qui pourrait semer la confusion la plus totale. «Si on se met à légiférer chacun chez soi, on va perdre le contrôle. Ça va créer de la confusion dans la population et ce sera ingérable. À mon avis, cette question dépasse la question municipale», croit M. Dubois. Un avis partagé par le maire de Shawinigan, Michel Angers, qui estime que Saint-Jérôme met la charrue avant les bœufs dans ce dossier.

«On va attendre de voir ce qui va se passer, les règles qui seront dictées par Ottawa et les restrictions imposées par Québec. Il y a assurément un certain encadrement qui va se faire, mais en tant que municipalité, a-t-on simplement le droit de l’interdire? Je me le demande», indique-t-il.

Pour Michel Angers, il ne faudrait surtout pas tomber dans le piège d’une prise de position municipale quant à la légalisation du cannabis. «On n’a pas à dire si on est ou non en accord avec cette loi», signale celui qui a l’intention d’avoir des discussions avec l’UMQ mais aussi avec son conseil municipal lorsque les règles entourant la légalisation du cannabis seront connues.

À Louiseville, bien que le maire Yvon Deshaies se soit maintes fois prononcé en faveur de la légalisation du cannabis, il indique ne pas vouloir bouger en tant que Ville, du moins pas pour le moment en ce qui concerne la réglementation municipale sur la consommation du cannabis dans les lieux publics. «Je suis pour la légalisation, je suis pour l’implantation d’une usine de production de cannabis chez nous. Mais pour le reste, je laisse faire le fédéral. Ils ont ça dans les mains et je vais attendre de voir ce qu’ils vont décider. On ne sait même pas encore quand ce sera légal. Ils sont tellement mêlés qu’ils nous mêlent nous-mêmes. Pour le moment, moi je ne touche plus à rien, mais si un problème devait survenir lorsque ce sera implanté, c’est bien certain que nous ne resterons pas les bras croisés et que nous allons réagir», ajoute M. Deshaies.

À Nicolet, la mairesse Geneviève Dubois se dit elle aussi en attente de voir ce qui sera imposé par le fédéral et le provincial. «Mais je pense qu’à long terme, ce serait bien que le conseil s’assoit ensemble et ait une réflexion sur notre position. Nous allons devoir faire face à des questions d’ordre de protection, de sécurité publique et de santé. Je souhaite que dans les prochaines semaines ou les prochains mois, on prenne un temps d’arrêt et qu’on y réfléchisse ensemble», a-t-elle fait savoir.

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Ce que prévoit le gouvernement

Le gouvernement du Québec laissera chaque ville décider si elle veut être plus restrictive et empêcher la consommation de cannabis dans certains parcs ou dans les rues. Le projet de loi 157 prévoit que les joints de cannabis pourront être fumés aux mêmes endroits où la cigarette est permise, soit à l’extérieur, à neuf mètres des édifices. La consommation de cannabis sera toutefois interdite sur les terrains des écoles, des cégeps et des universités. Si les municipalités veulent être plus sévères, elles auront le droit d’agir en vertu de leur compétence actuelle. «Le respect de l’autonomie des villes est un élément auquel on attache beaucoup d’importance. Mais on étudie comment les villes qui veulent interdire le cannabis dans certains lieux pourraient être soutenues par le gouvernement», indique Alexandra Régis, attachée de presse de Lucie Charlebois, ministre de la Santé publique.  Le Soleil

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Ailleurs au Québec

À Sherbrooke

À Sherbrooke, le maire Steve Lussier se dit «grandement» préoccupé par la légalisation prochaine du cannabis. Mais il n’est pas encore en mesure de dire si Sherbrooke imitera Saint-Jérôme dans une démarche visant à interdire la consommation dans les lieux publics. «Actuellement, on dispose de très peu d’informations, ne serait-ce que sur les effets secondaires du cannabis, dit-il. Ce sont des informations qu’il faut aller chercher avant de se prononcer.» «Je lis beaucoup là-dessus et ce que je comprends, actuellement, c’est qu’ultimement, ce sont les villes qui vont être responsables. Or, on n’a rien comme redevances encore. Et ça, c’est le bout qui me fatigue un peu. »  La Tribune

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Trop tard pour réagir, selon le maire de Granby

Si le maire de Saint-Jérôme aimerait interdire la consommation de cannabis dans les lieux publics de sa municipalité, le maire de Granby, Pascal Bonin, croit pour sa part qu’une telle réglementation serait très difficile à appliquer. «Avez-vous pensé la responsabilité qu’on donnerait aux villes et le capharnaüm que ça serait dans les événements ? À un moment donné, si tu légalises, tu légalises, point. Je trouve qu’il est tard pour sonner les clochettes», affirme le maire. «C’est beau en théorie, mais je pense qu’en pratique, ça ne s’applique pas. Une fois qu’une personne peut aller chercher la substance d’une façon légale et la consommer d’une façon légale, comment voulez-vous la délégaliser ou la mettre en infraction quand elle est consommée à l’extérieur dans un lieu public ?» relève Pascal Bonin. La Voix de l’Est

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Lévis consultera ses citoyens

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, consultera les citoyens avant d’élaborer un règlement. «Nous allons former un comité de travail et il va y avoir des soirées de consultation dans les trois arrondissements. On va prendre le pouls, assure-t-il. «Est-ce qu’on est capable d’avoir dans les parcs le même contrôle qu’on a pour l’alcool, questionne-t-il encore, en faisant référence au règlement sur la paix et le bon ordre déjà en vigueur dans chaque ville de la province. Chose certaine, il veut s’assurer pouvoir faire respecter une éventuelle interdiction. «C’est beau dire qu’on ne le permet pas. Mais avant d’être restrictif, il faut voir notre capacité réelle à appliquer la réglementation», précise-t-il. Le Soleil

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Gatineau encore incertaine

La Ville de Gatineau n’a pas encore statué sur la question du cannabis dans les lieux publics. La conseillère Renée Amyot, qui préside la commission Gatineau ville en santé, rappelle qu’un groupe de travail a été mis en place avant même l’adoption du projet de loi sur la légalisation du cannabis au Canada par la Chambre des communes. Le groupe de travail gatinois «s’est penché sur différents aspects, par exemple le volet sur l’urbanisme et le zonage pour les lieux de distribution et de vente, etc.» note Mme Amyot. Parmi «l’inventaire des enjeux» à traiter se trouve aussi celui de la consommation dans les lieux publics. Le Droit

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Saguenay vise les lieux publics

Le conseil de Saguenay analysera la possibilité d’adopter une réglementation municipale visant à encadrer la consommation du cannabis dans les lieux publics de son territoire, incluant ses propriétés comme les habitations à loyer modique (HLM). Interrogée sur le sujet, la mairesse Josée Néron mentionne que la Ville devra évidemment se prononcer sur les problèmes des lieux de consommation et de cohabitation entre fumeurs et non-fumeurs de cannabis, afin de sauvegarder les droits des citoyens qui ont fait le libre choix de ne pas consommer. « De toute façon, nous aurons à statuer puisque des personnes cogneront à notre porte »,
affirme-t-elle. Le Quotidien