Serge Fortier est militant écologiste et membre du comité gaz de schiste de Bécancour.

«On va demander un BAPE»

Bécancour — Gestion 3LB, une filiale d’Enfoui-Bec, vient à peine d’annoncer son projet d’aménager un emplacement pour recevoir, traiter et enfouir les sols contaminés du Québec à Bécancour que déjà, les organismes de défense de l’environnement soulèvent des interrogations et font part de leurs inquiétudes.

«On va demander un BAPE» (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement), assure Serge Fortier, un militant écologiste bien connu dans la municipalité et membre du Comité gaz de schiste de Bécancour.

C’est qu’il reste beaucoup de questions sans réponses face à ce projet, explique-t-il. Par exemple, l’entreprise parle d’une durée d’exploitation des lieux de 40 ans et d’une surveillance post-fermeture de 30 ans. Or, 70 ans, c’est une vie bien longue pour une entreprise, de nos jours, plaide M. Fortier. Il faudra donc s’assurer que l’entreprise en question, si elle est autorisée à faire son projet, créera un fonds à long terme qui pourrait servir à la gestion du lieu d’enfouissement de terres contaminées si jamais elle cesse d’exister avant le terme prévu. «Si le lieu devient orphelin, il ne faudrait pas que toute cette gestion tombe à la charge des contribuables», fait-il valoir.

Rappelons que Gestion 3LB prévoit que 20 % de l’ensemble de la terre contaminée qu’elle recevra devra être enfouie puisqu’on croit n’être en mesure d’en décontaminer que 80 %.

Le biophysicien Marc Brullemans, membre du comité scientifique du Regroupement vigilance hydrocarbures, s’inquiète pour sa part de l’emplacement de cette future entreprise.

Les terrains retenus sont situés en bordure de la route 161 à près de 3 km de l’autoroute 30. La superficie du projet équivaudrait à une quinzaine de terrains de football. En situant l’emplacement sur une carte, Marc Brullemans évalue que «le site se situerait dans un habitat faunique et à proximité d’une tourbière. Est-ce vraiment le meilleur site à Bécancour?», se questionne-t-il.

Les promoteurs ont indiqué que l’eau provenant du traitement des terres contaminées sera assainie et retournée dans la nature par un ruisseau situé à l’extrémité de leurs terrains.

Marc Brullemans a des doutes. «Ici, on ne peut que se remémorer la saga du traitement des eaux usées des gazières à Trois-Rivières», rappelle-t-il. «On prétendait faire un traitement, mais finalement, on n’a fait que diluer les contaminants dans les étangs aérés pour les remettre dans l’environnement», dit-il. À ce sujet, M. Brullemans croit qu’il faudra poser plusieurs questions.

«Il faudra des garanties de traitement», renchérit pour sa part Serge Fortier. Même là, se demande-t-il, les lieux seront-ils prévus pour encaisser des inondations ou des coups d’eau sans que les contaminants se répandent dans l’environnement?

Pour Serge Fortier, les inquiétudes proviennent aussi du fait qu’il faudra investir dans la surveillance environnementale des opérations de cette entreprise. «On a la preuve qu’il n’y a pas assez d’inspecteurs», dit-il, fort de son expérience avec les gaz de schiste.

Serge Fortier s’inquiète aussi pour l’acceptabilité sociale du projet d’Enfoui-Bec puisque les terres contaminées viendront des quatre coins du Québec. Le syndrome «pas dans ma cour» est, en effet, un phénomène bien connu. Toutefois, l’arrivée d’un tel projet dans une municipalité doit être bien analysée, dit-il. Même si le projet est prévu pour se faire à bonne distance des habitations, il faudra déterminer quel impact le transport de toute cette terre contaminée aurait sur le réseau routier et les citoyens, explique-t-il.

«Y aura-t-il des émissions de gaz à effet de serre sur le site?» Et le biogaz sera-t-il récupéré? demande Marc Brullemans. «Vraiment, je crois qu’un BAPE sera une nécessité», estime-t-il.