La crue des eaux printanière de 2017 débutait en avril pour aboutir à ce résultat en mai 2017 à Yamachiche.

«On se demandait où ça allait s’arrêter»

TROIS-RIVIÈRES — «L’an passé, on avait tellement tous les éléments pour avoir ce genre de situation qu’on se demandait où ça allait s’arrêter.»

Sébastien Doire se souvient très bien du printemps catastrophique de 2017 concernant la saison des inondations en Mauricie, au Centre-du-Québec et dans plusieurs autres régions du Québec. Dès le début avril, la Sécurité civile était aux aguets: la pluie tombait de jour en jour, laissant des dizaines et des dizaines de millimètres d’eau qui allaient gonfler les rivières et le fleuve Saint-Laurent à des niveaux nettement au-dessus de la norme.

Les grandes quantités de pluie, ajoutées à un hiver très neigeux et à des températures chaudes, sont les éléments qui ont contribué à faire du printemps 2017 une saison d’inondations d’une ampleur que la région n’avait pas subie depuis 40 ans.

Sébastien Doire, directeur régional de la Sécurité civile.

«C’était difficile de venir voir le coup, se rappelle M. Doire, le directeur régional de la Sécurité civile. On annonçait de la pluie tous les jours et à long terme. C’était de jour en jour et de semaine en semaine. On se disait que ça allait arrêter, mais ça recommençait.»

Selon M. Doire, le premier signe de l’arrivée de la crue des eaux printanière provient de la route Langue-de-Terre à Maskinongé. Ce secteur situé en zone inondable est souvent le premier à vivre avec de l’eau sur le chemin et sur le terrain des propriétés.

«C’est le signe que le dégel commence, que le niveau du fleuve et celui des cours d’eau commencent à gonfler. Quand on a vu qu’à Langue-de-Terre et ailleurs, ça a commencé à surgir, on savait que ça allait commencer.»

Le maire de Maskinongé, Roger Michaud.

Roger Michaud, le maire de Maskinongé, connaît très bien le phénomène des inondations printanières dans le secteur de Langue-de-Terre, lui qui habite dans la partie sud de la municipalité. Ce pêcheur commercial se souvient des journées de pluie à répétition qui ont influencé le niveau d’eau, mais aussi le moral des citoyens.

«Je me souviens que le 7 avril 2017, l’eau a monté presque d’un pied dans une journée à Langue-de-Terre. Il pleuvait beaucoup en 2017. Et ce qui a écœuré le monde est le temps qu’il faisait. L’année passée, il faisait froid, il pleuvait, les gens ne pouvaient pas aller dehors. Quand il fait beau, même lorsqu’ils sont inondés, les gens lisent leur journal sur le perron, ils font leurs commissions en chaloupe et ils savent que ça va durer deux à trois semaines», raconte M. Michaud, dont la Municipalité a bénéficié comme tant d’autres du soutien des Forces armées canadiennes.

La crue des eaux printanière de 2017 a duré beaucoup plus longtemps que deux ou trois semaines. Il y avait encore de l’eau sur une portion de Langue-de-Terre à la deuxième semaine du mois de juin. C’est sans compter les autres sinistrés dont la propriété borde le fleuve Saint-Laurent en Mauricie et au Centre-du-Québec, les débordements de cours d’eau au Centre-de-la-Mauricie et en Haute-Mauricie. La rivière Saint-Maurice s’est même étendue jusqu’à la route 155 à la hauteur du kilomètre 97.

Jean-François Blais

Jean-François Blais l’a vécue de près, la crue des eaux. Propriétaire d’une résidence en bordure du lac Saint-Pierre à Yamachiche, M. Blais rappelle que le secteur peut être épargné durant deux ou trois ans avant d’être inondé. Les citoyens ont l’habitude de printemps mouillés, mais pas de l’ampleur connue il y a un an.

«Au début, je vivais ça sereinement, car c’était déjà arrivé. Mais je me souviens d’un samedi où c’est devenu plus dramatique. Je suis devenu plus nerveux. J’ai eu peur pour ma maison, mes biens. Mais après, ça se place. On s’y fait et on se retrousse les manches. Je refuse de vivre avec cette angoisse. On a vécu des années à cet endroit avant que l’événement dramatique arrive. C’est une belle place et c’est agréable. On est conscient de la possibilité que ça arrive, mais on ne vit pas dans cette peur-là. Et on se prépare plus!»

Un printemps plus tranquille

Même si Dame Nature peut réserver des surprises, la crue des eaux printanière de 2018 devrait être plus tranquille que celle vécue en 2017.

La météo est le premier facteur qui joue en faveur d’un printemps moins chaotique. Les précipitations de neige ont été nombreuses durant le dernier hiver, mais la quantité semble moindre que la masse de neige accumulée en 2017. 

Le froid qui marque le printemps jusqu’à présent fait sacrer bien du monde, mais permet une fonte de la neige en douceur. De plus, la région a été épargnée par des pluies fortes.

«On est encore en période de températures hivernales, mentionne le directeur régional de la Sécurité civile, Sébastien Doire. Ce n’est rien à comparer à l’an passé et on n’a pas eu l’effet El Niña qui apporte des périodes de pluie. Le facteur pluie sera constaté quand il fera plus chaud. Mais théoriquement, il devrait y avoir moins de pluie.»

À Maskinongé, la route Langue-de-Terre est recouverte d’un peu d’eau depuis quelques jours, surtout sur sa partie la plus basse. Roger Michaud se fie à son expérience du secteur du lac Saint-Pierre pour prévoir lui aussi une crue des eaux nettement moins intense et plus courte.

«Ça va durer entre trois et quatre semaines. Je suis certain de mon coup: le lac Saint-Pierre a été haut tout l’hiver. Ce n’est pas parce qu’il y a eu de la pluie, comparativement à l’an passé. C’est parce que l’eau des Grands Lacs a été envoyée. Si le lac peut en prendre un peu, ça va aider. Et ça va arriver. On annonce du froid et on arrive vers le milieu d’avril. Ça va fondre tranquillement», indique le maire de Maskinongé et pêcheur commercial.

L’aéroglisseur de la Garde côtière a eu le temps de déglacer l’entrée des rivières cette année. Plusieurs rivières sont à l’eau libre. Cela va aider une région comme le Centre-du-Québec qui a reçu davantage de pluie que de neige au cours des derniers jours, contrairement à la Mauricie où l’hiver s’accroche les pieds, principalement en Haute-Mauricie.

«Il y a beaucoup de neige au nord de La Tuque et on n’a pas connu de dégel comme au Centre-du-Québec et dans les régions plus au sud. Mais ça va bien. On reste aux aguets avec les municipalités du nord de la Mauricie», ajoute M. Doire.

Ce dernier souhaite que les citoyens touchés par la crue des eaux de 2017 aient retenu les bons et moins bons coups de la dernière saison. «Il faut essayer d’être mieux préparé d’une année à l’autre, soit par la formation, par la diffusion de l’information. Mais malgré la préparation, c’est Dame Nature qui aura le dernier mot.»

Toujours des glissements de terrain à réparer

La région a non seulement été touchée par de sévères inondations au printemps de 2017, elle a été victime de plus de 40 glissements de terrain. Les glissements survenus entre autres à Sainte-Ursule, à Sainte-Geneviève-de-Batiscan et à Bécancour ont été corrigés, mais les citoyens de Saint-Maurice et ceux de la paroisse de Saint-Célestin doivent prendre leur mal en patience concernant deux glissements majeurs qui ont arraché deux routes.

Le 14 avril 2017, le rang Saint-Joseph à Saint-Maurice subissait un important glissement, celui-ci créant un cratère de 300 pieds carrés. Près d’un an plus tard, le trou est encore là et la route est toujours fermée à la circulation.

La Municipalité de Saint-Maurice a dû patienter jusqu’à la veille de Noël pour recevoir le certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement. Ce document est nécessaire afin de procéder à des travaux à proximité d’un cours d’eau. Mais sa réception à une date aussi avancée dans la froide saison fait en sorte que le ponceau de cette route n’a pu être vérifié avant que l’eau se transforme en glace.

«Le ruisseau avait gonflé, car il était bloqué par la terre et on ne voyait pas le ponceau. Cet hiver, on a dégagé le ruisseau en enlevant la terre par étapes. Mais avec le froid, ça a créé un pan de glace. L’eau dans le ponceau est encore gelée», observe Gérard Bruneau, le maire de l’endroit, qui n’a toujours aucune idée du montant des travaux à faire.

Il faudra attendre que la nature collabore pour faire dégeler cette glace. Avant de réparer la route, la Municipalité doit savoir si le ponceau doit être remplacé ou non. Si le déplacement du tracé de la route est aussi incontournable, il faudra négocier avec le propriétaire d’une terre agricole pour acquérir une parcelle de terrain. La Municipalité devra soumettre le dossier à la Commission de la protection du territoire agricole du Québec tout en discutant avec la Sécurité civile afin de connaître les subventions gouvernementales applicables à son dossier.

Tous les délais requis pour passer à travers ces différentes étapes s’ajoutent à l’appel de soumissions, ce qui fait dire au maire Bruneau que la situation pourrait durer encore plusieurs mois et être réglée seulement en 2019.

Saint-Célestin doit aussi prendre son mal en patience concernant le glissement de terrain survenu le 22 mai. 

Ce glissement a emporté une partie du rang Saint-Michel. Le ministère des Transports a fait réaliser les plans et les travaux de correction ont commencé à la fin du mois de février. Les travaux d’empierrement allaient bon train jusqu’au 14 mars, alors qu’un glissement de terrain s’est produit.

«Le ministère des Transports ne veut pas prendre de risque. Il fait une autre analyse sur le terrain pour monter d’autres plans. On va mettre plus de pierres en s’en allant vers Précieux-Sang», explique la directrice générale de la paroisse de Saint-Célestin, Gisèle Plourde.

L’empierrement supplémentaire coûtera plus de 400 000 $. Cette facture va s’ajouter aux travaux initiaux de 1,1 million de dollars. Saint-Célestin va absorber 20 % des coûts.

Les travaux devraient reprendre vers la mi-juin. Tout devrait être terminé vers la mi-juillet.