«On ne peut pas tout prévenir»

C'est une immense tristesse mêlée à un profond sentiment d'impuissance qui habitaient les résidents rencontrés dans les résidences de la Mauricie à la suite du terrible incendie qui a complètement ravagé une résidence pour personnes âgées de L'Isle-Verte. Ils avouaient, par ailleurs, se sentir en sécurité dans leur établissement respectif. «Ça peut arriver dans une résidence ordinaire comme ça peut arriver dans une résidence pour personnes âgées, on ne sait jamais quand ça peut se produire. On le souhaite à personne mais, moi, je me sens en sécurité ici», confiait Françoise Houle, 85 ans, de la résidence Val-Mauricie du secteur Shawinigan-Sud. Les propriétaires de l'établissement ont d'ailleurs fait installer un système de gicleurs l'an dernier. Un investissement qui contribue grandement à renforcer le sentiment de sécurité selon certains pensionnaires. «Ici on a des gicleurs à la grandeur, donc, il y a moins de danger», se rassurait la copropriétaire Suzanne Saint-Amant.
Son mari, André Deschesnes, également copropriétaire de l'endroit, se félicitait de cette mise à niveau qui l'a obligé à sortir quelque 150 000 $ de ses poches. «On a soixante pensionnaires. C'est une résidence de grosseur similaire à celle du Havre...», laisse-t-il tomber avant d'énumérer plusieurs des mesures qui ont été mises en place pour tenter d'éviter qu'un tel drame se produise chez lui. 
À la résidence Richelieu de Trois-Rivières, Jean-Guy Lavoie, un gaillard de 83 ans, refusait de s'inquiéter outre mesure. «On entend parler que de ça. Les gens n'en reviennent pas et avec raison! De voir tant de monde... On vient le coeur gros malgré nous. Je voudrais pas que ça nous arrive mais l'avenir, on le connaît pas.»
Pour sa part, Paul-Yvon Baribeau, 86 ans, a dit n'avoir ressenti aucune incertitude lorsqu'il a pris connaissance du drame qui s'est produit dans le Bas-Saint-Laurent. «C'est plutôt mon garçon que ç'a inquiété!», lance-t-il avec un sourire en coin. La présence de gicleurs dans son studio constitue un élément
rassurant selon ce père de trois enfants.
Du côté de Louiseville, des résidentes de la résidence Saint-Laurent se disaient ébranlées mais peu craintives que des événements, comme celui survenu à la résidence du Havre, se produisent à l'établissement du boulevard Saint-Laurent Est.
«C'est un accident comme un autre, il ne faut pas s'empêcher de vivre. Ici, on est bien, on sympathise avec eux autres, mais on n'y peut rien», analyse Cécile Trudel. «Même si les pompiers étaient au coin et qu'ils me disaient que j'ai le temps de jouer une partie de cartes, je la jouerais. Ça ne m'énerve pas», lance-t-elle faisant sourire ses
partenaires de jeu.
Jeanne Lupien abondait dans le même sens. «Si on s'en fait, c'est pour rien. Il faut attendre que ça arrive. Il n'y a pas d'autres choses à faire. »
Cécile Beauregard, 92 ans, tenait des propos très rassurants. «Ici, je ne suis pas inquiète parce qu'on est bien équipé. Ils font leur possible. Ils ne peuvent pas faire plus. On est bien traité et on est en sécurité. On n'a pas de raison d'être inquiet. C'est un bête accident. On ne peut pas tout prévenir.» 
De son côté, Rita Auger, 88 ans, s'est dite un peu plus affectée par les tragiques événements qui ont ravivé en elle de douloureux souvenirs.
«Moi j'ai peur du feu. Ça m'a mise toute à l'envers. Quand j'étais jeune on a déjà passé au feu et ça m'a marqué. J'ai toujours eu peur du feu», confiait-elle. «C'est certain qu'on ne connaît pas l'avenir mais depuis que je suis ici, je me sens en sécurité mais quand il arrive des choses comme ça, ça nous rappelle que ça peut arriver.» Elle mentionne que les exercices d'évacuation lui permettent de mieux se préparer en cas d'urgence. «C'est bien fait. On sait comment s'organiser pour sortir et je peux vous dire que je ne suis pas la dernière sortie», lance-t-elle fièrement en esquissant un petit sourire.