Dr Richard Proulx

«On ne laisse pas un milieu qu’on aime»

Saint-Léonard-d’Aston — Le Nouvelliste avait rendez-vous avec le Dr Richard Proulx, notre Tête d’affiche de cette semaine. Le populaire médecin de la Coop Solidarité santé de Saint-Léonard-d’Aston est retardé de plus d’une demi-heure. «Il part à l’instant de Drummondville», indique la secrétaire de la clinique. C’est qu’il était en visite chez un patient... à domicile.

Oui, ça existe encore, des médecins qui se rendent à domicile. C’est une très grande rareté, toutefois, surtout lorsque, comme lui, on prend soin de 2500 patients. Le Dr Proulx est dans ses dossiers la semaine, parfois le soir et même quelques heures les week-ends.

Reconnu pour sa bonne humeur, son optimisme et sa minutie, le médecin de 66 ans est une véritable tornade d’énergie et un passionné de sa profession même s’il avoue lui-même que toutes ces heures de travail ne font pas une vie la mieux équilibrée.

Fils d’un boucher de Sainte-Brigitte-des-Saults, il a choisi la médecine au lieu de l’agriculture par passion pour la science, mais aussi pour les humains.

Il aboutit à l’ancienne clinique, rue de la Station, à Saint-Léonard-d’Aston, en 1978. L’endroit est finalement passé au feu et la clinique a dû déménager. La situation n’était guère mieux en termes d’espace dans les nouveaux locaux qui coûtaient une petite fortune à garder, «4200 $ par mois», se souvient-il. Peu à peu, la petite équipe médicale rétrécit comme une peau de chagrin. Certains médecins partent, d’autres décèdent.

Lorsqu’il n’en resta plus que trois, en 2008, l’idée de fermer boutique a commencé à être sérieusement envisagée, car il n’y avait même pas d’espoir d’obtenir de la relève.

Âgé alors de 55 ans, le Dr Proulx aurait pu s’en aller lui aussi, tout laisser tomber et prendre une retraite bien méritée. Or, c’est très mal le connaître de penser qu’il aurait abandonné les gens de son patelin. «On ne laisse pas un milieu qu’on aime», plaide notre Tête d’affiche.

Richard Proulx décide donc de prendre son bâton de pèlerin. Voyant que la population tenait à ce service en milieu rural, il a mis la main à la pâte pour aller convaincre les gens d’affaires d’investir dans un projet de clinique coopérative. Travaillant toujours à plein temps auprès de ses patients, il allait à la rencontre d’investisseurs potentiels sur ses heures de lunch. Or, l’homme déteste quêter, même si c’est pour une bonne cause. Néanmoins, il l’a fait. «Je mangeais dans mon auto», raconte-t-il, histoire de gagner du temps. «J’allais téter au conseil municipal», se souvient-il en riant un peu de la chose avec le recul. C’est qu’un tel projet devait s’appuyer sur des gens solides et le Dr Proulx est conscient qu’il représentait une bonne caution pour le faire avancer. «On a eu un million $ en un an de sollicitation», se réjouit-il. La Fondation Jean-Pierre-Despins est venue donner un sérieux coup de main.

C’est ainsi qu’est né le Groupe de médecine de famille de Saint-Léonard-d’Aston.

Non content d’y pratiquer la médecine, le Dr Proulx supervise également le travail de médecins résidants de l’Université de Sherbrooke. Son implication touche aussi la Coopérative de santé de Pierreville qu’il a prise sous son aile.

Le Dr Proulx tient à nous faire visiter la clinique, sa cafétéria, sa réception bien équipée, chaque bureau de médecin et même la salle des chirurgies mineures qui évite aux patients des déplacements à l’hôpital puisqu’on y fait aussi des prélèvements. Il se réjouit de la réforme Barrette qui a permis de recruter plusieurs jeunes médecins pour occuper tous ces locaux. «Nous sommes huit maintenant», se réjouit-il.

Au fil de la visite, il montre les nombreuses œuvres d’art dont il a fait l’acquisition, dont une toile de Tex Lecor, pour décorer la clinique.

Le Dr Proulx ne le cache pas, il a maintenant le goût de diminuer de façon importante ses activités professionnelles afin de pouvoir profiter de ses autres passions, l’art, le sport et ses petits-enfants.