Les restaurateurs, tout comme plusieurs autres commerces et organismes de la région, retiennent leur souffle.
Les restaurateurs, tout comme plusieurs autres commerces et organismes de la région, retiennent leur souffle.

«On n’a pas les moyens de tomber en zone rouge!» - le maire Michel Angers

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — «Être en zone orange, c’est sérieux, parce qu’on a maintenant un pied dans la zone rouge. Mais je veux être clair: on n’a pas les moyens de tomber en zone rouge! Alors que ça fasse notre affaire ou pas, c’est le temps de se conformer aux règles de la Santé publique».

C’est en ces termes que le maire de Shawinigan, Michel Angers, s’est exprimé mardi, alors que plusieurs commerçants, restaurateurs et organismes de la région ont témoigné de leur crainte de basculer dans les prochains jours au niveau d’alerte maximal, ce qui se traduirait par la fermeture de bars, salles à manger de restaurants, musées, salles de spectacle, cinémas et bibliothèques, comme c’est actuellement le cas à Montréal, Chaudières-Appalaches et dans la Vieille-Capitale.

Or, cette perspective fait grincer des dents plusieurs restaurateurs qui, bien qu’ils comptent se plier à toutes les décisions de la Santé publique, se demandent une fois de plus pourquoi leur industrie est visée. «Ça m’inquiète et je trouve qu’on ne frappe pas sur les bonnes personnes. Si on dit qu’on écoute la science, il faut aussi reconnaître que les foyers d’éclosion ne sont pas dans les restaurants. C’est dans les rassemblements privés», considère Martin Harvey, propriétaire du restaurant Pacini de Trois-Rivières, qui dit souhaiter que le gouvernement élabore un plan de match à long terme, basé sur les choix collectifs qu’on fait de garder les écoles ouvertes et les milieux de travail en activité.

«Ici, on se plie déjà à toutes les mesures, et nos clients nous le disent qu’ils se sentent en sécurité. Mais là, je n’ai aucune idée si on va basculer dans le rouge demain ou même dans une semaine. J’ai des milliers de dollars de produits périssables dans mes frigos. Au printemps dernier, on avait perdu tous les produits périssables. Si on nous fait passer en zone rouge à 24 heures d’avis, est-ce que je vais encore tout perdre», se questionne-t-il.

À Shawinigan, la Rôtisserie Saint-Hubert continue d’opérer sa salle à manger et son service de livraison, mais dit déjà se préparer en prévision d’une fermeture de sa salle à manger si la Santé publique devait l’exiger. «On est bien supporté par le réseau Saint-Hubert. Déjà dans la province, on a 67 restaurants qui sont en zone rouge et on se base sur leur expérience. C’est tellement incertain d’une journée à l’autre et le niveau de stress pour nos employés, ce n’est pas évident», évoque Jean Nadeau, propriétaire de la rôtisserie, qui dit espérer qu’on n’en arrive pas là. «On a mis toutes les mesures en place, on respecte à la lettre toutes les règles», rappelle-t-il.

Michel Angers, maire de Shawinigan.

Mardi matin, le maire Michel Angers a pu s’entretenir avec la Santé publique, lui qui souhaitait qu’on lui explique clairement ce qui justifiait que la région ait pu basculer de la zone verte à la zone orange en une seule journée. «Ça a eu l’effet d’un électrochoc. J’aurais souhaité qu’on fasse comme la grande région de Québec et qu’on procède par MRC, mais la Santé publique a pris cette décision. Mais si nous devions basculer au rouge, les conséquences seraient désastreuses pour nos commerces. Je ne vous cache pas que j’ai une grande inquiétude et je crains l’impact que ça aurait pour les commerçants et les restaurateurs touchés», indique-t-il.

À Nicolet, la mairesse Geneviève Dubois constate que contrairement à la première vague, on doit composer maintenant avec l’exaspération des citoyens, qui se traduit bien souvent par de l’impatience. «Je peux les comprendre, ça engendre de l’irritabilité. Les gens sont fatigués de vivre dans l’incertitude. On aimerait tous sentir que les efforts sont payants», constate Mme Dubois, indiquant que la municipalité est en constante communication avec la MRC pour tenir en place les outils d’aide aux entrepreneurs, si une fermeture massive de certains commerces devait survenir.

Autres régions

À Trois-Rivières, le copropriétaire de l’Épi buvette de quartier se préparait, mardi, en vue d’une possible fermeture. Simon Lemire ne cache pas qu’il appréhende que la région bascule dans la zone rouge, et envisage d’ici là de refuser les clients qui habitent en zone rouge et qui pourraient être tentés de venir manger au restaurant dans une autre région alors qu’ils ne peuvent le faire dans leur propre région.

«Le message du gouvernement est nébuleux, parce qu’on recommande fortement de ne pas passer d’une région à l’autre, mais on ne l’interdit pas non plus. Je suis en réflexion pour voir si, dans mes réservations, je ne déciderais pas de refuser les clients qui proviennent de zones rouges. Je crois qu’il ne faut pas prendre de chance. Éthiquement parlant, mais aussi pour protéger mon personnel et pour la communauté, je crois que c’est la chose à faire», considère M. Lemire, qui travaille à l’élaboration d’un plan afin de pouvoir rester en affaires si les restaurants devaient fermer les salles à manger de nouveau. Ce plan comprend notamment l’élaboration d’un menu gastronomique en formule à emporter, mais aussi des boîtes à lunch, étant donné que la plupart des milieux de travail continueraient d’opérer en zone rouge.

Musée

Au Musée POP de Trois-Rivières, on se pliera aux mesures qui seront dictées par la Santé publique, peu importe le moment de la décision, même si on dit se questionner à savoir si un environnement comme un musée est le plus à risque de générer une éclosion.

Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet.

«Oui, on se pose la question. Mais on va respecter à la lettre ce qui sera décidé. Pour nous, par contre, ça veut dire beaucoup d’incertitude quant aux impacts d’une seconde fermeture, et ça devient très difficile de pouvoir faire des prévisions», considère Mme Therrien.

Au printemps, le Musée POP a fermé ses portes du 15 mars au 20 juin. Mais la réouverture n’a pas forcément été synonyme de reprise à 100%, notamment en raison de l’absence de touristes de l’étranger durant la saison estivale.

«En juillet et août, on a accueilli l’équivalent de 30% de la clientèle par rapport à l’année précédente. À l’automne, ce sont surtout des groupes scolaires. Nous avions déjà quelques réservations, mais certaines qui provenaient d’écoles qui sont maintenant en zone rouge ont été annulées», mentionne Valérie Therrien.

Trois-Rivières

La Ville de Trois-Rivières et le maire Jean Lamarche ont convoqué les médias mercredi matin à un point de presse qui fera état des mesures prises par la Ville pour faire face à la deuxième vague.

«Le mot d’ordre que je donne à nos gens est que ce n’est pas vrai qu’on retourne à la case départ. On entame la deuxième vague avec nos acquis et notre expérience. On ne se met pas de lunettes roses: un reconfinement ferait mal. Mais on contrôle ce qu’on peut contrôler et nous allons gérer cette seconde vague comme on a géré la première, avec la mise en place de multiples actions pour la relance économique, en partenariat avec le provincial et le fédéral», signale le maire Lamarche.

Jean Lamarche, maire de Trois-Rivières