Le  centre d’hébergement Roland-Leclerc.
Le centre d’hébergement Roland-Leclerc.

«On est laissé à nous-mêmes»

TROIS-RIVIÈRES — Le décès d’un octogénaire après une chute au Centre Roland-Leclerc a interpellé un agent de sécurité qui a déjà œuvré dans des établissements de santé de la région. Il estime que la formation n’est pas suffisante et que les agents n’ont d’autre choix que «d’apprendre sur le tas».

«On est laissé à nous-mêmes, et on doit faire du mieux qu’on peut sans jamais avoir vraiment de consignes claires sur ce que nous avons à faire. Nous sommes souvent dans le néant», déplore-t-il.

Il a demandé à conserver l’anonymat étant donné qu’il œuvre toujours dans ce domaine. Il a obtenu son permis d’agent de sécurité après une formation de 70 heures. Il n’y avait rien de spécifique par rapport aux établissements de santé. Il croit que les agents devraient tous obtenir une formation supplémentaire qui leur permettrait de mieux intervenir en situation d’agressivité. «On est laissé à nous-mêmes et cela en est même dangereux. On n’a pas de radio dans les chambres, on n’a pas de back up, parfois ça prend une demi-heure avant qu’on vienne nous aider même si la personne est en crise. On improvise.»

Les patients en crise peuvent d’ailleurs leur donner du fil à retordre. «Une fois sur trois, on se fait frapper.»

Lui-même a été engagé un matin et l’après-midi, il se retrouvait dans une chambre d’un établissement de santé. «On m’a mis là, on ne m’a rien expliqué. On m’a dit: ‘‘Surveille la madame’’. On apprend à se débrouiller par nous-mêmes. Le personnel infirmier et les préposés sont débordés alors on n’est pas aidé. On se fait taper sur les doigts pour les choses qu’on ne fait pas correctement, mais on est dans l’inconnu aussi.»

Les agents de sécurité sont souvent témoins des impacts du manque de personnel. Il se souvient d’une dame qui avait été amenée sur la toilette par une préposée qui a ensuite quitté la chambre. «La madame après une demi-heure, elle veut se lever de la toilette. Légalement, on n’a pas le droit d’y toucher et on n’a pas le droit de l’aider. Mais un moment donné, je lui ai mis sa couche et je l’ai aidée à retourner à son lit parce que j’ai un cœur. Je ne veux pas la laisser là à poireauter.»

Selon lui, bien des événements dont il a été témoin pourraient faire les manchettes. «On pourrait faire quelques articles juste avec mes expériences et tout ce que j’ai vu.» Pour rien au monde, il ne retournerait travailler dans un établissement de santé, affirme-t-il. «Jamais je ne retournerais en centre hospitalier ou en CHSLD, peu importe le salaire.»