«On est en situation de crise»

Trois-Rivières — La situation difficile qui prévaut dans les urgences de la région en ce début d’année ne fait qu’accentuer la pression sur le personnel infirmier, déjà épuisé des conditions dans les différents établissements du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec. Voilà le cri du cœur lancé mercredi par le Syndicat des professionnels en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), qui représente plus de 5000 infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes dans la région.

Selon la présidente du syndicat, Nathalie Perron, il n’est pas rare depuis les derniers mois de voir arriver dans ses bureaux des membres épuisés, en pleurs, et dans certains cas qui quittent la région pour aller travailler ailleurs, là où on leur offre des conditions plus intéressantes selon elle. «On peut dire qu’on est en situation de crise à peu près partout», constate celle qui confirme que le taux d’assurance salaire est présentement de 8,1 %, soit près du double de ce qu’il était il y a quelques mois. «Et lorsqu’on se retrouve en situation de débordement du côté des urgences, on augmente le personnel à l’urgence, qui est le même que sur les étages, et on répartit la charge de travail davantage. Ça signifie des soins aux patients qui sont coupés, mais surtout la sécurité des patients qui est en jeu et des infirmières qui sont mises à risque», indique Mme Perron.

Cette dernière rapporte que la semaine dernière, un employé qui venait d’effectuer deux quarts de travail de suite en temps supplémentaire obligatoire, a eu un accident de voiture en rentrant à la maison après 16 heures au travail. «Heureusement, la personne n’a pas été blessée et n’a blessé personne autour, mais ça démontre qu’on joue avec la santé et la sécurité de notre monde et du public», croit-elle.

Du côté du CIUSSS-MCQ, on se dit conscient que les employés travaillent très fort en cette période achalandée dans les urgences, et que la saison de la grippe entraîne aussi des possibilités d’infection chez le personnel, mais que la situation du taux d’occupation tend à s’améliorer et qu’on a bon espoir que ça enlèvera aussi de la pression sur le personnel médical.

Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnels en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ).

«Lorsqu’une absence est signifiée, notre but est de la remplacer. Mais il est vrai que lors des fins de semaine et des périodes de congés fériés, c’est un défi supplémentaire. Il nous faut adapter l’organisation du travail en fonction des employés sur place, mais aussi de leurs conditions de travail. Ce n’est qu’en tout dernier recours que nous optons pour le temps supplémentaire obligatoire, et c’est toujours fait dans une optique de s’assurer de la sécurité des usagers», indique Valérie Provencher, agente d’information au CIUSSS-MCQ, qui rappelle que tous les efforts sont mis pour libérer les personnes en temps supplémentaire obligatoire dès que cela est possible.

Mme Provencher indique que l’établissement est proactif au niveau de l’embauche de nouveau personnel, et que des événements comme celui du recrutement de type participatif qui se tenait cette semaine à l’hôtel Montfort de Nicolet en est un bel exemple, tout comme les formations intensives et reconnaissances des acquis pour l’embauche de préposés aux bénéficiaires.

Actuellement, le syndicat estime à plus de 300 le nombre de postes vacants sur le territoire. Depuis son entrée en fonction, en avril dernier, Nathalie Perron constate que plus de 40 personnes ont quitté leur emploi, soit pour une autre région ou à la retraite, mais n’ont pas été remplacées. Et bien qu’elle reconnaisse que des efforts sont déployés pour le recrutement de nouvelles infirmières, les conditions qui sont offertes aux nouvelles embauchées ne suffisent pas à régler le problème.

«On leur offre du temps partiel, ou encore des heures sur les trois chiffres de travail et dans deux établissements différents, alors que dans les autres régions, elles peuvent travailler dans un seul établissement et sur deux quarts de travail», constate la présidente du syndicat, relatant que parmi toutes les infirmières auxiliaires présentement en poste au CIUSSS MCQ, seulement 28 % sont à temps plein. Cette statistique grimpe à 52 % lorsqu’il est question des infirmières.

«La solution, elle passe par une meilleure gestion des ressources, mais surtout en comblant plus de postes à temps plein pour enlever de la pression sur le personnel déjà en place», croit Mme Perron, qui ajoute que le syndicat doit rencontrer la partie patronale la semaine prochaine afin de faire le point sur la situation et de trouver des solutions.

Urgences
Mercredi après-midi, les urgences des établissements de Trois-Rivières, Shawinigan, Louiseville, Drummondville et Victoriaville affichaient un taux d’occupation de plus de 100 %, allant jusqu’à 163 % à Victoriaville. Valérie Provencher rappelle toutefois qu’en cette période d’intense activité grippale, ce n’est pas inhabituel de connaître de tels taux d’occupation. «C’est usuel pour cette période de l’année», confirme-t-elle.

Mme Provencher signale toutefois que l’activité grippale semble sous contrôle, même si le nombre de cas est important partout en région. On note d’ailleurs une amélioration dans le taux d’occupation des urgences depuis la semaine dernière, selon elle.