Manon Charpentier, propriétaire de la Maison Mava.
Manon Charpentier, propriétaire de la Maison Mava.

«On est en gestion de crise constamment»: les ressources intermédiaires demandent une aide d’urgence

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Déjà jugée comme difficile, la situation des ressources intermédiaires en hébergement semble de plus en plus intenable depuis la pandémie de COVID-19, si bien que plusieurs ressources, dont la plupart hébergent des personnes âgées en perte d’autonomie ou ayant besoin d’un haut niveau de soins, craignent une rupture de services.

Et l’aide financière annoncée dans les derniers jours par le gouvernement ne semble pas contenter les propriétaires, qui ont reçu la nouvelle comme une grande déception, eux qui tentent de garder la tête hors de l’eau avec une rétention de personnel devenue pratiquement impossible en raison du niveau des salaires offerts mais également de la difficulté à maintenir les mesures de distanciation sociale pour une clientèle ayant bien souvent des troubles cognitifs.

«On est en gestion de crise constamment», image Manon Charpentier, propriétaire de la Maison Mava, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, qui héberge tout près d’une quarantaine de personnes âgées. «Notre défi est double. Il faut garder notre monde mais aussi pouvoir obtenir de l’équipement pour faire face à la crise. Présentement, même si on me donne de l’argent pour acheter le matériel, encore faut-il que je le trouve. Et là, on comprend que l’aide financière annoncée par le gouvernement ne peut pas être utilisée pour bonifier les salaires de mes employés», déplore Mme Charpentier.

De sa propre initiative, la propriétaire a choisi de hausser les salaires de son personnel qui met les bouchées doubles depuis le début de la crise, afin d’éviter de les perdre au profit du secteur public. Or, cette hausse de salaire devra se faire à ses frais, puisque l’aide publique annoncée ne pourra servir à assurer la rétention du personnel.

«Présentement, j’ai des préposées aux bénéficiaires qui se demandent pourquoi elles viendraient travailler pour 1800 $ par mois en mettant leur santé à risque, alors que le gouvernement pourrait leur verser 2000 $ par mois pour rester à la maison et s’occuper de leurs enfants. Je les comprends et je ne pourrais pas les empêcher. Présentement, tout le monde met beaucoup de cœur à l’ouvrage, mais j’ai peur de l’usure. On ne pourra pas tenir encore des semaines comme ça», croit Mme Charpentier.

Cette dernière se range derrière l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec, qui demande une aide d’urgence pour éviter qu’un réseau tout entier ne s’effondre.

«On espère que l’Association aura assez de leviers pour que le gouvernement puisse entendre raison, parce qu’on a tous l’impression que ça va éclater avant longtemps. Nous sommes vraiment le parent pauvre du système», évoque-t-elle.