Marie-Louise Tardif, directrice générale du Parc de l’Île Melville.

«On connaît le personnage»

SHAWINIGAN — Au lendemain de la sortie sur la place publique de cinq présumées victimes d’inconduites sexuelles de la part de Robert Trudel, les réactions continuent de fuser de toutes parts dans la région. Si les cinq femmes ont accepté de témoigner de leur histoire à Radio-Canada Mauricie, il s’en trouve également plusieurs pour confirmer, sous le couvert de l’anonymat, que les agissements de l’individu étaient bien connus à Shawinigan et dans tout le milieu artistique et touristique.

«On connaît le personnage», est notamment une phrase qui est souvent revenue au cours des nombreux échanges téléphoniques avec différents intervenants de la région, qui ont toutefois préféré conserver l’anonymat. Que ce soit pour des commentaires déplacés, des gestes inappropriés ou encore des agissements qui en ont laissé plusieurs mal à l’aise, la réputation de Robert Trudel dans le milieu semble le suivre depuis plusieurs années.

Celui qui a incarné Amos Daragon sur le spectacle du même nom, Daniel Touchette, avait déjà fait quelques sorties publiques concernant la sécurité entourant la production des spectacles à la Cité de l’énergie. Le comédien était d’ailleurs intervenu auprès de la ministre Julie Boulet pour faire connaître son histoire, lui qui a été blessé au cours du spectacle et qui a subi un choc post-traumatique et une dépression suivant ces événements.

«Ce n’était pas rare de le voir dans les loges des comédiens au moment où on se changeait. Il regardait surtout les filles. Pour plusieurs, c’était difficile de parler parce qu’elles avaient peur de perdre leur travail. Il y a eu des menaces», a-t-il lancé au Nouvelliste.

Daniel Touchette avait, affirme-t-il, lui aussi reçu des menaces de la part de Robert Trudel lorsqu’une porte du décor s’est refermée sur sa main, un accident qui aurait facilement pu être évité croit l’artiste. On lui aurait notamment demandé de ne pas contacter l’Union des artistes ni la CNESST pour rapporter l’incident, au risque de perdre son emploi. Un travail qu’il a de toute façon perdu, cinq jours après la fin des représentations du spectacle en 2015, par un courriel de Robert Trudel qui lui annonçait que ses services ne seraient plus retenus pour la saison suivante.

La ministre du Tourisme et députée de Laviolette, Julie Boulet.

«J’ai fait l’erreur de céder à la pression et de me laisser influencer et convaincre, malgré les années d’expérience accumulées dans le domaine, pour ne pas perdre mon travail. J’en paie grandement le prix aujourd’hui», avait-il écrit dans une lettre racontant son histoire. Une histoire qui avait été démentie à l’époque par Robert Trudel, qui envisageait même d’envoyer une mise en demeure au comédien.

Devant les nouvelles dénonciations et toujours convaincu d’être dans son droit, Daniel Touchette envisage aujourd’hui de poursuivre l’homme et l’organisation.

Subventions
Cet hiver, la ministre Julie Boulet avait confirmé l’octroi d’une subvention à la Cité de l’énergie pour la présentation de son spectacle Nezha du Cirque Éloïze, attendu cet été. L’enquête de Radio-Canada Mauricie était alors entamée depuis quelques mois, et Mme Boulet confirme qu’elle en avait entendu parler. Elle estime toutefois que l’organisation, au-delà des individus, devait recevoir cette aide financière.

«J’avais eu des ouï-dire, sans plus. Et la situation n’avait pas évolué. Rappelons qu’il n’y a toujours pas d’accusations. Il faut dissocier l’organisation du personnage et, à ce titre, le financement a été remis à la Cité de l’énergie. Nous ne pouvons pas, à cause d’une seule personne, priver une organisation complète de financement auquel elle a droit pour son bon développement et pour faire rayonner la région», croit Julie Boulet.

Pour la directrice du parc de l’île Melville, Marie-Louise Tardif, il serait difficile, dans l’état actuel des choses, que Robert Trudel puisse reprendre son poste, et ce, malgré le fait que pour le moment, aucune accusation n’ait été portée contre lui.

«Qu’il y ait enquête ou non, le témoignage de ces victimes est véridique. Ce serait déplacé qu’il revienne, dans les circonstances», a-t-elle simplement commenté, sans vouloir élaborer davantage.