Julien Collet s'est fracturé la cinquième vertèbre cervicale en s'amusant dans un lac alors qu'il avait 16 ans.

Noyades: «Des anecdotes à raconter, plutôt que des drames»

Bien que depuis les 30 dernières années, le nombre de tragédies ait considérablement chuté dans la province, Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage, profite de la 21e Semaine nationale de prévention de la noyade, qui se déroulera du 20 au 26 juillet, pour rappeler que dans la plupart des cas, elles auraient pu être évitées. La Mauricie se classe cinquième au compteur des régions comprenant le nombre le plus élevé de noyades dans la province.
«Nous avons 21 noyades au Québec jusqu'à maintenant, comparativement à 35 à pareille date l'an dernier». Même si ce bilan est encourageant, M. Hawkins répète que chaque noyade en est une de trop. «Si les gens prenaient le temps de suivre nos conseils de sécurité, ils auraient des anecdotes à raconter plutôt que des drames à faire vivre à leurs proches.»
Juste derrière les Laurentides, la Montérégie, l'Outaouais, qui comptent toutes 47 noyades depuis 2008, et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui en dénombre 34, la Mauricie enregistre 33 décès attribuables à la noyade, dont deux depuis juin dernier. 
Dans la région comme dans le reste du Québec, la majorité des cas arrivent dans les rivières et dans les lacs. Dans ces milieux souvent non surveillés, les gens ne portent pas leurs vestes de flottaison et ils vont se baigner dans des endroits tout à fait inappropriés. 
«Ne pas porter sa veste de flottaison, c'est l'équivalent de ne pas porter sa ceinture au volant. Pensez-vous que quelqu'un qui ne porte pas sa ceinture de sécurité en voiture a le temps et le réflexe de la mettre avant un accident? C'est la même chose avec la plaisance et la veste de flottaison.» 
Hawkins rappelle que plusieurs facteurs complexes sont à prendre en considération dans la baignade, comme la force des courants ou les mouvements tourbillonnaires, appelés vortex.
En Mauricie, 31 des 33 noyés depuis 2008 sont des hommes. Au Québec, les femmes représentent environ 14 % des décès par noyade. Est-ce que les hommes sont plus téméraires? «Il y a plusieurs raisons comme la témérité, le taux de pratique de sports nautiques ou la surestimation des capacités de natation», répond M. Hawkins.
Sur les 33 noyés, seulement quatre avaient moins de 18 ans, tous les autres étaient donc des adultes, normalement plus conscients des dangers. «Il y a une forme d'insouciance.»
Le message que lance la Société de sauvetage est multiple: porter sa ceinture de sauvetage, garder les enfants à portée de main, ne pas se baigner seul, spécialement pour les personnes âgées et ne pas consommer d'alcool dans les sports aquatiques et nautiques. Heureusement, la sensibilisation semble faire son bout de chemin. «En 1983, on dénombrait 202 noyades dans une année au Québec. L'année dernière on en a eu 51. Alors nécessairement, il y a quelque chose qui s'est passé.»
Une vie qui bascule
Cette semaine de prévention de la Société de sauvetage a des échos bien particuliers pour Julien Collet, qui doit vivre avec une paraplégie partielle depuis un accident arrivé alors qu'il s'amusait dans un lac, l'été de ses 16 ans. Bien que cette paralysie ne soit pas visible parce que non totale, c'est-à-dire qu'il lui reste encore de la motricité et de la sensibilité du côté dit paralysé, Julien en vit encore avec les conséquences tous les jours. «Les gens ne voient pas ma paralysie, c'est moi qui vis avec.»
Il jouait alors à la courte échelle dans «cinq pieds d'eau» et il a plongé, «comme on fait tous quand on pense que l'eau est assez creuse». Il se rappelle les sept mois d'hospitalisation et de réadaptation en plus d'une opération aux vertèbres qu'il a dû endurer. À la suite des dommages faits à sa moelle épinière, les médecins n'étaient pas en mesure de dire s'il allait pouvoir remarcher. 
«Ça a pris deux mois avant que je puisse bouger mon gros orteil.» C'est après un travail acharné, jour après jour, semaine après semaine, qu'il a commencé à voir des améliorations. «J'avais 16 ans, ça a pas mal ralenti mes études.»
Le jeune homme aujourd'hui âgé de 25 ans et dont la famille est originaire de Trois-Rivières se rappelle aussi des cas plus graves que lui qu'il a rencontrés à l'hôpital. 
Il se considère chanceux de pouvoir marcher à nouveau et même de pouvoir faire certains sports. 
«Avant, quand je voyais des gens en chaise roulante, je ne pouvais pas concevoir ce qui leur était arrivé. J'ai passé par ce cauchemar-là, maintenant je sais.»  Il conclut en insistant sur le fait que le prix à payer est trop grand pour prendre un risque quel qu'il soit.