De gauche à droite: Marianne Paul, Gilles Bronchti, Georges Abdul-Nour et Sonia El Euch. Les professeurs Marc André Bernier et Andrea Bertolo ont joint le groupe par Skype et par téléphone durant l’entrevue.

Nouvel exécutif des professeurs de l’UQTR: une équipe pour changer les choses

Trois-Rivières — Les professeur(e)s de l’Université du Québec à Trois-Rivières ont élu mardi, un exécutif syndical entièrement nouveau avec un taux de participation de 56 %. Les six élus tenaient à se présenter en tant qu’équipe, car ils visent tous la même chose, c’est-à-dire rétablir le dialogue avec la direction, améliorer l’ambiance de travail et ramener l’esprit de collégialité. «C’est une ambition énorme», reconnaît le nouveau président du Syndicat, Gilles Bronchti.

Le nouvel exécutif veut «recréer une ambiance de travail saine au sein de l’Université», ajoute de son côté le professeur Marc André Bernier et faire en sorte que des événements comme le lock-out des professeurs, l’an dernier, ne se reproduise jamais. Le groupe qui vient d’être élu «ne veut pas chercher la bataille à tous coups ou les conflits à tous coups mais, au contraire, être proactif, être ouvert à la discussion avec les professeurs, avec l’administration, pour arriver à un terrain d’entente sur différents sujets», explique de son côté la professeure Sonia El Euch.

Les nouveaux élus perçoivent que de plus en plus, l’université est gérée à la verticale alors qu’un modèle traditionnel de collégialité devrait plutôt s’appliquer.

Le professeur Marc André Bernier croit que cette tendance à la gestion verticale, dans les universités, s’observe présentement dans tout le monde occidental. Le lock-out des professeurs de l’UQTR, l’an dernier, «a été une manifestation plus extrême d’une tendance lourde», analyse-t-il.

Le premier mouvement de résistance ayant donné naissance à ce groupe qui vient d’être élu est survenu à la Conférence des directeurs et directrices de départements, il y a un an. «On a fait une révolte face à cette conférence de direction départementale au mois de mars, l’année dernière, bien avant le lock-out», signale le président du Syndicat, Gilles Bronchti.

«On a commencé à sentir un certain type de gestion. On vous dit quoi faire, vous le faites. C’est fini. On est les patrons, vous êtes les employés», raconte le professeur Georges Abdul-Nour. C’était devenu, dit-il, une relation «avec des boss».

«On ne veut plus de ça», prévient Gilles Bronchti.

Si l’on en croit cette nouvelle équipe, cette forme de gestion s’est installée, au fil des ans, dans beaucoup d’universités. À l’UQTR, avec le temps, le phénomène «s’est accentué», affirme le professeur Georges Abdul-Nour, fort de ses 34 ans d’ancienneté à l’UQTR. «Avant, il y avait certaines discussions, un certain aller-retour entre nous et l’administration», raconte-t-il. L’ambiance était plus amicale et les gens mangeaient ensemble à la cafétéria, se souvient-il. Avant, dit-il, il était possible d’aller rencontrer directement les membres de l’administration. Aujourd’hui, «il faut remplir 50 formulaires, aller voir une secrétaire puis un représentant de je sais pas quoi», dit-il.

«Il est complètement absurde que l’administration ait un autre but que celui des professeurs. Il doit y avoir une communication complète», plaide Gilles Bronchti qui, avec sa nouvelle équipe, en fait désormais une mission.

Sonia El Euch reconnaît qu’on «ne peut pas complètement occulter le fait que ça prend de l’argent pour faire rouler l’université. En tant que Syndicat, on ne peut pas se mettre la tête dans le sable», dit-elle, «mais il faut trouver un juste milieu», fait-elle valoir. «C’est ça qui cause le déséquilibre» et qui fait que les parties «n’arrivent pas à se rejoindre», dit-elle. Il faut donc une meilleure connaissance des contraintes et des réalités de chacun, plaide-t-elle.

Gilles Bronchti ne jette le blâme à personne pour cette lente dérive entre les professeurs et l’administration. Les professeurs, explique-t-il, ont des horaires extrêmement chargés où ils sont partagés entre leurs recherches, leurs cours, leurs étudiants et leurs contributions à la communauté. C’est une profession qui, bien que passionnante, disent-ils, est si prenante et exigeante qu’elle rend même difficile la conciliation travail-famille, souligne au passage Andrea Bertolo.

Dans ce contexte, «une sorte de déconnexion» est survenue «qui est le fait de tout le monde. Les professeurs sont repliés sur eux-mêmes», car ils sont «surchargés de travail», explique Gilles Bronchti. Il s’en est suivi une dépendance complète de l’administration qui a dit: ‘OK, c’est nous les patrons’, résume-t-il. «On a laissé aller.»

C’est là que la sauce se gâte. «Quand l’employeur veut importer le modèle hiérarchique de l’entreprise privée en nous considérant comme des employés qui doivent obéir à ses ordres, on se retrouve devant un interlocuteur auquel on a envie de dire: ‘Qui êtes-vous pour nous dire que telle découverte est valable?’», résume de son côté Marc André Bernier.

Avec «plus d’échanges et une meilleure compréhension de part et d’autre, je pense qu’en situation problématique ou de pressions extérieures extrêmes, la façon d’aborder les solutions n’est pas du tout la même», analyse pour sa part Marianne Paul.

Le professeur Bernier rappelle que «le modèle traditionnel d’organisation de l’Université est fondé sur ce qu’on appelle la collégialité, c’est-à-dire le partage des responsabilités et le fait que la direction soit assumée notamment par les assemblées départementales. C’est le seul métier au monde où l’on finance notre employeur. L’enseignement est financé par le ministère de l’Enseignement supérieur et la recherche, par les profs qui vont chercher de l’argent», rappelle-t-il.