Yves Julien aura un nouveau procès.
Yves Julien aura un nouveau procès.

Nouveau procès pour le pilote d'avion Yves Julien: la famille de la victime secouée

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
LA TUQUE — La décision de la Cour d’appel d’ordonner un nouveau procès dans le dossier du pilote d’hydravion, Yves Julien, a secoué la famille de la victime de l’accident survenu en 2011 au lac Geofffrion, en Haute-Mauricie. Surprise et déception, mais surtout un retour à la case départ pour de longues procédures judiciaires.

«J’étais très déçu d’apprendre la nouvelle, surpris aussi», lance d’entrée de jeu Gilbert Grenier, le frère de la veuve.

Rappelons que la Cour d’appel a conclu dans son jugement que le juge David Bouchard avait erré en qualifiant de non pertinente l’analyse des trajets GPS de l’hydravion soumis par l’expert de la défense lors du procès.

«J’ai suivi le procès et le juge était entêté sur ces données GPS. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi, mais j’imagine qu’il avait ses raisons. [...] C’est le seul point en litige. Est-ce qu’honnêtement ça aurait pu changer quelque chose au procès, je ne le sais pas. Ça aurait pu servir autant à la défense qu’à la Couronne», a indiqué M. Grenier qui a assisté à toutes les audiences du procès et de la Cour d’appel.

La déception était également palpable pour le procureur de la Couronne qui avait mené le procès en janvier 2017.

«Nous sommes très déçus. La Cour d’appel nous a donné raison sur toute la ligne. Nous avions demandé que les données GPS soient déposées, de consentement avec la défense, et le juge a refusé. Aujourd’hui, l’absence de ces données est la raison de l’ordonnance d’un nouveau procès. Nous ne pouvons qu’être très déçus», a commenté le procureur de la Couronne, Me Éric Thériault.

Claude Bélanger, 54 ans, est mort dans l’accident d’hydravion. Sa femme n’avait pas assisté au procès. Elle avait confié au Nouvelliste en 2017 en être incapable en raison d’une charge émotionnelle trop grande. Elle le suivait par l’entremise de son frère.

«De retomber là-dedans ce ne sera pas facile (pour elle)», avoue Gilbert Grenier.

Ce dernier compte bien être encore présent lors des audiences du nouveau procès, peu importe la date.

«Je pense aussi aux témoins dans tout ça. Tout comme moi, ils avancent en âge. J’espère qu’ils seront encore disponibles pour venir témoigner. Ce n’est pas toujours drôle pour eux autres», insiste M. Grenier.

Rappelons que le 16 septembre 2011, Yves Julien avait entrepris un voyage en hydravion à partir de l’aéroport de Saint-Hyacinthe pour se rendre à son chalet du lac Geoffrion en Haute-Mauricie. Il était alors accompagné de Claude Bélanger, un ami de longue date.

À ce moment, Yves Julien ne détenait qu’un permis d’élève-pilote, et ce, depuis le 15 juillet 2011. Il savait qu’il lui était interdit d’avoir un passager à bord de l’appareil et de voler de nuit. Il avait le droit de piloter un avion en solo, mais toujours sous la direction et la surveillance d’un instructeur.

Dans les semaines précédant l’accident, il avait tout de même volé seul à 16 reprises dont quatre vols au lac Geoffrion, mais sans jamais communiquer avec son instructeur et sans qu’aucune envolée ne soit surveillée par celui-ci.

C’est dans ce contexte qu’Yves Julien et son passager sont arrivés au lac Geoffrion vers 19 h. Le pilote a tenté d’amerrir à quatre reprises, mais sans succès. Lors de sa dernière tentative à 19 h 32, soit trois minutes avant la tombée de la nuit, l’appareil a piqué du nez et percuté l’eau. M. Bélanger est mort sur le coup et Yves Julien a subi des blessures sérieuses.

Au terme d’un procès de huit jours, le pilote avait été déclaré coupable de négligence criminelle causant la mort et condamné à 42 mois de pénitencier.