Alexandre Benoit est ingénieur en informatique.

Non-voyant et employé de Microsoft

NICOLET — Réussir ses études d’ingénieur en informatique et se trouver tout de suite un emploi dans son domaine chez Microsoft est déjà un exploit en soi. Le Nicolétain Alexandre Benoit vient de terminer ses études à l’Université de Sherbrooke et part au mois de mars pour travailler au campus de Redmond, dans l’État de Washington, chez le géant informatique. L’élément le plus extraordinaire de son histoire, toutefois, c’est que le jeune homme de 23 ans est non-voyant.

Il court presque dans les marches, chez lui, pour aller chercher son précieux anneau d’ingénieur qu’il veut porter pour la photo, de même que son portable et montre comment il a fait pour réussir ses études. Mis à part le fait qu’il a eu une moyenne générale de 96 % au secondaire, une cote R de 35,5 au collégial et une cote de 4,3 à l’université, Alexandre Benoit est plus à l’aise avec le clavier de son portable qu’avec le braille qu’il avoue maîtriser beaucoup moins bien. Les touches de son clavier, il les connaît par cœur et son ordinateur est pourvu d’un logiciel qui lui lit absolument tout ce qu’il y a dans son écran.

Alexandre n’a pas toujours été aveugle. Il était en deuxième année d’université lorsqu’il l’est vraiment devenu au point de ne pouvoir percevoir que le contraste des zones de lumière et de noirceur. Dès sa naissance, toutefois, sa vue était affectée par l’amaurose congénitale de Leber. «La seule chose que je trouve difficile, c’est de ne pas pouvoir me déplacer comme je veux. Des fois, j’aimerais aller courir dans le quartier», dit-il. Il doit, à ce chapitre, se contenter du tapis roulant au gym.

Son handicap visuel ne l’a jamais empêché de faire ce qu’il aime. «J’ai joué de la batterie et j’ai donné des concerts au secondaire. Là, je me suis acheté un synthétiseur et je suis en train d’apprendre le piano», raconte-t-il. Sa vue déficiente a eu une grande influence sur sa personnalité. «Avant, j’avais peur du changement», dit-il. Aujourd’hui, il fait plutôt du changement, de l’inconnu et de l’imprévu ses alliés. «C’est ça qui est motivant», fait-il valoir.

Alexandre écrit avec agilité et rapidité le mot de passe de son ordinateur. Une petite voix de femme qui parle en accéléré le guide et lui indique ce qu’il y a à l’écran. D’habitude, pour mieux entendre ce guide auditif, il travaille avec des écouteurs. C’est lui qui choisit la vitesse à laquelle parle la voix.

La spécialité d’Alexandre, c’est le langage de programmation C#. Il peut également travailler en C++ et en Java, mais moins en Python qui n’est pas pensé pour un programmeur non-voyant. «Il s’agit de maîtriser un premier langage et les autres s’apprennent en une semaine», fait-il valoir. «Ce n’est pas comme apprendre une nouvelle langue», nuance-t-il en sentant notre étonnement.

Grâce au système vocal, le jeune informaticien est donc capable d’analyser un programme informatique avec ses oreilles au lieu de ses yeux. Afin de prouver l’efficacité du logiciel, il ouvre devant nous le site web du Nouvelliste et choisit quelques textes qui sont lus à haute voix par son indispensable ordinateur.

Pour réussir ses études à l’Université de Sherbrooke, il lui fallait demander à ses professeurs les textes des lectures obligatoires en Word ou en PDF pour que son logiciel puisse lui luire. C’est ainsi, s’amuse-t-il à dire, qu’il étudiait «les deux pieds sur le pouf» ou «en faisant autre chose...», façon de parler.

C’est vrai que le jeune homme s’adonne de son mieux à la cuisine en prenant moult précautions pour ne pas se brûler et en portant des gants en mèche pour ne pas se couper.

On peut se demander comment un aveugle pourra se rendre chez Microsoft tout seul pour travailler. Après tout, pas moins de 35 000 personnes y évoluent et il faut utiliser une voiture pour s’y promener d’un bout à l’autre. Il n’y a rien là pour le faire paniquer car, par un hasard extraordinaire, un de ses bons amis a aussi été embauché et ils vivront ensemble là-bas, ce qui l’aidera à découvrir les lieux. «Microsoft a une philosophie d’inclusion», explique-t-il. L’entreprise met des personnes au service de ses employés non-voyants (car il ne sera pas le seul là-bas) afin de les guider dans ce vaste campus et ses impressionnants bâtiments.

À Sherbrooke, Alexandre avait également eu la chance de partager un appartement avec de vieux amis. La vie sait prendre soin, semble-t-il, de ceux qui ont confiance en elle.

Alexandre Benoit avait de si bonnes notes qu’il était difficile pour lui de choisir. «J’aurais aimé faire médecine. D’une certaine façon, ma vue m’a aidé à choisir», fait-il valoir.

À peine est-il embauché par Microsoft qu’Alexandre se plaît à rêver à un autre avenir. «J’aimerais un jour démarrer mon entreprise», dit-il. Le projet est encore flou. Il en caresse l’idée juste «parce que c’est un défi».

Malgré tout, son plus grand rêve serait que les progrès dans le domaine des cellules souches lui permettent un jour de retrouver la vue. En attendant, il mord à belles dents dans cet avenir prometteur qu’est le sien.