Le site de l’ancienne papeterie Belgo ressemble toujours à une zone de guerre, quelques semaines avant la date d’échéance pour la fin du nettoyage.

Nettoyage du terrain de la Belgo: Angers toujours déterminé

SHAWINIGAN — Autant personne n’aurait imaginé la vitesse avec laquelle le virage entrepreneurial s’est effectué depuis l’annonce de la fermeture de l’usine Belgo, autant personne ne pouvait prévoir que le site ressemblerait à une zone de guerre dix ans plus tard.

Comme il s’y était engagé en campagne électorale, le maire de Shawinigan, Michel Angers, n’attend que le début de l’année 2018 pour passer à l’action. En principe, selon la transaction civile signée par la Ville et le propriétaire du site, Recyclage Arctic Béluga, en 2014, tous les travaux de nettoyage doivent être complétés au plus tard le 31 décembre 2017. Cet engagement est devenu impossible à respecter, convient le président de l’entreprise, Alain Gélinas.

«Le terrain est à moi et la Belgo, je fais ça à temps perdu», explique-t-il. «Quand je n’ai pas d’ouvrage pour mes travailleurs, c’est là que je les envoie.»

«Il doit nous rester pour à peu près trois mois de travail», estime M. Gélinas. «Ce ne sera donc pas fait (le 31 décembre).»

L’homme d’affaires ajoute que son entreprise entrera en communication avec la Ville au cours des prochaines semaines pour voir la suite des choses. Il ne doit pas s’attendre à ce que le maire fasse preuve d’une grande ouverture pour négocier quoi que ce soit.

«Je suis encore scandalisé», témoigne M. Angers. «Je trouve que c’est une situation inacceptable. Dix ans plus tard, se retrouver avec un endroit qui ressemble à un quartier bombardé de Beyrouth, des moitiés de bâtiments éventrés, des pierres partout...»

«La compagnie (AbitibiBowater) a vendu ça au plus offrant», rappelle le maire. «Ça faisait partie de sa stratégie. (AbitibiBowater) s’est débarrassée de ses responsabilités en vendant ça à un ferrailleur qui a ramassé le fric.»

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a fait parvenir douze avis de non-conformité à l’entreprise depuis mai 2013 pour des infractions reliées principalement à de l’entreposage illégal de matériaux ou des délais non respectés. Ce qui n’a pas empêché Recyclage Arctic Béluga de conserver le même rythme de démolition et de nettoyage. 

«En janvier, on va se mettre en marche», réitère le maire. «Ce n’est pas vrai que les citoyens de Shawinigan vont payer pour du monde qui a ramassé le fric. En théorie, on devait utiliser ce site pour faire du développement économique, avec notamment le centre de serveurs! Nous avons acheté l’usine Laurentide et je sais à quel point on peut faire de l’argent avec ça. Nous avons vendu de l’équipement et nous avons sauté facilement le million de dollars. On ne peut pas laisser un site comme ça et ne pas s’en occuper. Des gens devront prendre leurs responsabilités.»

La transaction civile entre la Ville et Recyclage Arctic Beluga prévoit que si l’entreprise ne respecte pas son contrat, Shawinigan pourra exiger le montant équivalant à la valeur des travaux à compléter, sans excéder 700 000 $.

«Qui est responsable de cette situation?», questionne M. Angers. «Recyclage Arctic Beluga? Produits forestiers Résolu? Il va arriver quelque chose. Il y a des obligations, des poursuites possibles. On verra en janvier.»