Monique Dessureault aura 100 ans le 31 décembre.
Monique Dessureault aura 100 ans le 31 décembre.

Nés à quelques mois d’intervalle

Trois-Rivières — Elle est née le 31 décembre 1919. Le Nouvelliste a vu le jour 10 mois après elle, le 30 octobre 1920. Cent ans plus tard, ils sont toujours inséparables.

Monique Dessureault lit chaque matin son quotidien régional en utilisant une loupe. À près de 100 ans, sa vue n’est en effet plus ce qu’elle était, mais son ouïe est encore excellente, de même que sa mémoire. Les élections et tout ce qui se passe au gouvernement l’intéressent encore.

Elle se désole de la situation actuelle des six quotidiens régionaux du Groupe Capitales Médias. «Ils en arrachent, mais ça va revenir. Ils vont régler ça», croit-elle, forte de l’optimisme qui la caractérise. Malgré son âge vénérable, Mme Dessureault comprend que les géants du web ont quelque chose à voir avec la précarité de l’information régionale. «Ils sont tous sur Facebook et Internet», explique-t-elle.

Le web, d’ailleurs, ne l’intéresse pas. «Il faut apprendre ça étant jeune, pas rendu à notre âge», plaide-t-elle.

Cette ancienne «maîtresse» qui a enseigné dans des écoles de rangs de sa région est originaire de Saint-Stanislas. Elle a des liens de parenté avec Caleb Bordeleau dont l’histoire a inspiré un roman et la télésérie Les Filles de Caleb.

Le corps bien droit, elle s’aide un peu d’une canne pour marcher dans son appartement de la Villa St-Narcisse où elle vit aujourd’hui. À 93 ans, toutefois, elle habitait toujours seule dans la maison familiale où elle est née, à Saint-Stanislas.

Cette indépendance, elle la devait en partie à un bon voisin qui avait du talent pour les réparations. Pour le reste, entretien et même déneigement, Mme Dessureault est fière de dire qu’elle savait se débrouiller toute seule. «C’est ce qui garde en forme», explique-t-elle, ça et l’immense jardin qui lui fournissait des légumes et de quoi faire ses conserves pour tout l’hiver.

Comme c’est le cas à propos de tous les centenaires qui ont une telle forme physique et mentale, on se demande à quoi ressemble le secret de sa belle longévité. «C’est simple. Je n’ai pas fait d’abus. Avec de la volonté et du courage, on vient à bout de se rendre heureux, en se contentant de ce que la vie nous donne. Je n’ai jamais envié les autres», insiste-t-elle. «C’est de même qu’on est heureux», affirme-t-elle en apportant toutefois une nuance importante: «J’avais la santé. C’est gros, ça.»

Son passe-temps préféré, à part la lecture de son Nouvelliste, «c’est d’écouter les nouvelles. Si on n’écoute pas nos nouvelles, on va être comme dans les ténèbres», fait-elle valoir. «J’aime être au courant de toutes sortes de choses.»

La centenaire s’inquiète pour l’état de la planète et estime qu’il faut vite régler le problème de la pollution. «Les gens sont assez gâtés. Ils disent qu’il ne faut pas polluer, mais demandez-leur de ne pas prendre l’avion pour aller dans les pays chauds», et ce sera non, constate-t-elle . C’est visiblement difficile pour elle de voir tous les biens qui sont jetés. Dans son temps, «on ne jetait rien», dit-elle et le mode de vie était plus écologique. Elle se souvient du premier manteau qu’elle avait acheté pour 10 $ avec son salaire d’enseignante. «On le gardait longtemps, notre manteau», souligne-t-elle. «On avait des poules», ajoute-t-elle, à qui l’on jetait les rognures de légumes. Le cycle était bouclé lorsque ces poules donnaient des œufs.

Monique Dessureault a commencé à enseigner en 1940 alors que faisait rage la Deuxième Guerre mondiale. Elle vivait toute la semaine dans son école. «Pas d’électricité, pas d’eau courante. C’était comme dans le temps d’Émilie Bordeleau» (la cousine de son père), raconte-t-elle, les yeux brillants. On ne sent pas de souffrance dans ce souvenir qu’elle évoque. Mme Dessureault a toujours été économe et sa vie, assez frugale. «Les dettes, je ne connais pas ça», dit-elle. Pas de dettes, pas de stress, souligne-t-elle et c’est là un autre secret de sa longévité. «Le stress, ça amène toutes les maladies», prévient-elle.

L’enseignante n’a jamais voulu se marier, car à cette date, les femmes n’avaient pas le droit d’être enseignantes si elles se mariaient. Il fallait choisir entre les deux et elle a choisi ses élèves. «J’aimais mieux mes enfants que d’avoir soin d’un homme», confie-t-elle en ajoutant qu’elle «adorait faire l’école», même si ça payait 300 $ par année.

«Dans notre temps, il n’y avait pas d’enfants énervés et malades comme aujourd’hui», raconte-t-elle, et presque pas de discipline à faire. «Tout le monde était poli.» La maîtresse était grandement estimée par les parents et les enfants, se souvient-elle en se désolant de voir la situation très difficile dans laquelle les enseignants d’aujourd’hui sont plongés.

Monique Dessureault entend célébrer son anniversaire en grande. Elle a invité 90 personnes, parents, amis et anciens voisins à célébrer à la microbrasserie Le Presbytère de Saint-Stanislas, un restaurant aménagé dans l’ancien presbytère où elle a été baptisée. Et c’est elle qui paie.