Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation.
Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation.

Nemaska Lithium: un passage obligé, croit le ministre Fitzgibbon

SHAWINIGAN — Le projet Nemaska Lithium demeure pertinent pour rencontrer la croissance mondiale pour la demande de véhicules électriques, mais il doit visiblement passer par une douloureuse restructuration pour assainir son plan d’affaires, selon le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

«C’est un projet qui est très important», réitère-t-il. «La compagnie décide de se protéger de ses créanciers parce que sa structure de capital, malheureusement, est très déficiente. On se rappelle l’augmentation des coûts de 375 millions $... Il y a beaucoup de gens intéressés, mais quand on regarde la structure, il y a des obligations à des taux très élevés, à 11,25 %. La société a de l’argent pour continuer pour un bout de temps. On doit considérer qu’elle a plus de chance d’avoir un nouveau financement avec une protection comme celle-là pour revoir certains arrangements avec certains créanciers.»

«La compagnie a essayé de trouver du financement additionnel avec la structure actuelle», résume le ministre. «De toute évidence, elle n’a pas réussi. Les investisseurs veulent certains réaménagements à la structure, ce que la compagnie fera au cours des prochains mois.»

En 2018, le gouvernement du Québec avait annoncé un investissement de 80 millions de dollars dans le capital-actions de Nemaska Lithium. Ressources Québec avait également souscrit un montant de 50 millions de dollars en obligations, dans le cadre d’un financement global de 1,1 milliard $ à ce moment. En février dernier, la société annonçait toutefois qu’elle devait trouver des partenaires pour affronter des dépassements de coûts de 375 millions $ pour mener à terme ses projets à la mine Whabouchi et à son usine commerciale de Shawinigan.

«J’arrive d’une tournée en Asie pour parler de véhicules électriques et c’est clair que le lithium est aussi intéressant qu’il l’était il y a six mois», indique M. Fitzgibbon. «Le prix est très bas présentement, mais c’est une aberration circonstancielle. La pénétration des véhicules est encore en croissance. Si on regarde cinq ans en avant, ce sera une denrée importante. Le lithium sera toujours une partie importante pour les batteries.»

En ce moment, on observe toutefois une surproduction à l’échelle mondiale. Le ministre de l’Économie et de l’Innovation demeure convaincu que la société minière québécoise pourra avoir sa place dans ce marché fort compétitif.

«J’ai rencontré au-delà de 40 sociétés en Asie», explique-t-il. «Quand on regarde la croissance anticipée de la conversion des véhicules à essence et électriques et qu’on regarde l’implication de cela sur le lithium, c’est clair qu’il y aura des besoins additionnels, il n’y a aucun doute.»

«Il y a beaucoup d’équipementiers qui veulent s’intégrer verticalement, en ayant une certaine participation dans une mine pour sécuriser leur approvisionnement en lithium», ajoute-t-il. «Ça demeure un numéro stratégique qu’il faut exploiter.»

Dans ce contexte, pas question d’abandonner un projet semblable, si près du but.

«Le gouvernement a toujours été intéressé et il est encore intéressé», tranche le ministre. «On cherche encore des partenaires. Le Québec est super attractif, ne serait-ce que pour son énergie propre. Nous avons un avantage compétitif.»

«Bien sûr, on veut que ça se fasse vite», termine-t-il. «Mais il n’y a pas de course non plus. Entre 2025 et 2030, on parle d’un taux de conversion de 30 % à 35% des véhicules. Le lithium est un minerai stratégique. Il n’y a pas de doute qu’il en faudra, mais nous devrons être compétitifs.»