Marie-Pier Beaudry-Bergeron
Marie-Pier Beaudry-Bergeron

Ne surtout pas abandonner ses poules

TROIS-RIVIÈRES — Depuis le début du confinement imposé par la pandémie de COVID-19, le grand public en milieu urbain a développé un intérêt subit pour l’élevage des poules pondeuses au point où les stocks sont maintenant épuisés.

Marie-Pier Beaudry-Bergeron, la fille du propriétaire de la Meunerie Acadienne, à Bécancour, a vendu toutes ses poules pondeuses en trois semaines à peine, du jamais vu, à sa connaissance, dans l’histoire de l’entreprise. «Même aujourd’hui, on reçoit encore des appels de gens qui cherchent des poules pondeuses», dit-elle. «J’appelle ça la folie du papier de toilette 2.0. Les gens ont peur de manquer d’œufs», dit-elle.

«Beaucoup de gens se sont jetés là-dessus, mais beaucoup ne savent pas comment s’occuper des poules», constate-t-elle.

«Une cliente est venue, la semaine passée et nous disait qu’elle ne voulait s’occuper des poules qu’une fois par semaine» alors qu’il faut s’en occuper tous les jours. «On a une grosse inquiétude», confie-t-elle. Mme Beaudry-Bergeron craint que les gens finissent pas abandonner leurs poules d’ici la fin de l’été «alors qu’une poule, ça se garde l’hiver sans problème. Il suffit d’être équipé pour le faire», plaide-t-elle. «Les gens n’ont pas conscience de ça. Ils ont eu du temps durant le confinement et se sont dit qu’ils pourraient acheter des poules et à l’hiver, ils vont nous rappeler pour nous demander de les reprendre, mais on ne les reprend pas», prévient-elle, certaine que les poules abandonnées finiront dans l’estomac des coyotes.

L’achalandage, à la Meunerie Acadienne, a doublé depuis le début du confinement, signe que «l’adoption d’animaux a été très populaire, pendant la pandémie. Les gens avaient des projets d’avoir des chiens ou des chats et ils se sont lancés parce qu’ils avaient du temps. Ils ont réalisé que c’était un peu plus de trouble que ça en a l’air. Lorsqu’ils vont recommencer à travailler, ils risquent de les abandonner parce que ça va être trop de travail», craint-elle.

Certes, l’entreprise se réjouit de connaître un accroissement de ses affaires. «On est content, parce qu’on n’a jamais roulé autant que ça. On n’était pas prêt à avoir autant d’achalandage en magasin», dit-elle. Toutefois, Mme Beaudry-Bergeron a pris la peine de discuter avec la Société protectrice des animaux face à ce nouvel engouement.

Du coté de la SPA Mauricie, le président Daniel Cournoyer, se veut rassurant. Il indique que des ententes ont été prises avec des fermiers de la région. Les gens, même ceux de Bécancour, n’ont pas à abandonner leurs poules dans la nature, ou tout autre animal d’ailleurs, pour s’en départir, dit-il.

Même si Bécancour ne fait pas encore partie des municipalités desservies par la SPAM, l’organisme répond quand même aux appels d’urgence et il sera possible de lui confier des poules dont on ne peut plus s’occuper, dit-il. «On ne laisse tomber aucune municipalité», assure M. Cournoyer.

La Ville de Trois-Rivières, rappelons-le, avait un projet-pilote, au printemps, qui aurait permis à une cinquantaine de citoyens de se mettre à l’élevage de deux à cinq poules urbaines pondeuses, cette année. Le projet visait notamment à éduquer les citoyens désireux de se lancer dans ce genre d’activité à le faire correctement afin, notamment, d’assurer le bien-être de ces animaux. La formation devait être donnée conjointement par le MAPAQ, la SPA Mauricie et la Ville.

D’une durée d’un an, ce projet-pilote a été mis sur la glace à cause du confinement imposé par la COVID-19 et aussi du fait qu’il y a maintenant pénurie de poules pondeuses dans la région, indique le porte-parole de la Ville, Guillaume Cholette-Janson. Malgré cette pause, la Ville s’intéresse aux poules et elles font partie de son Plan d’agriculture urbaine déposé en 2019. «Une bonne partie de la population est rendue là, mais il faut que ce soit structuré pour que ce ne soit pas fait de n’importe quelle manière», dit-il.

Déjà, plusieurs propriétaires situés sur le territoire desservi par la SPAM possèdent des poules et M. Cournoyer indique qu’aucun signalement n’a été fait. On en trouve même dans plusieurs districts de la Ville de Trois-Rivières «qui ne sont pas nécessairement en zone agricole», précise M. Cournoyer. «Il doit y en avoir quelques centaines qui en ont et on n’a vraiment pas de plaintes.»