Le guide de pêche Thierry Rimbault critique le règlement municipal sur le lavage des bateaux au lac des Piles.

Navigation sur le lac des Piles: un règlement de lavage critiqué

SHAWINIGAN — La «privatisation» du lac des Piles: c’est en ces termes qu’un guide de pêche de la région qualifie la difficulté qu’il a d’avoir accès au plan d’eau, autour duquel il réside pourtant. Il met en cause les tarifs et les modalités de mise à l’eau à la marina du lac des Piles, mais également le nouveau règlement sur le nettoyage des bateaux qui arrivent d’un autre plan d’eau.

Depuis le mois de mai, la Ville de Shawinigan oblige les plaisanciers qui souhaitent mettre leur embarcation à l’eau sur le lac des Piles à la faire laver par une entreprise certifiée du secteur. La Ville de Shawinigan a mandaté deux entreprises, Shawinigan Marine et Bateaux Jean Nobert, pour faire ce lavage certifié. La marina de Grand-Mère, fraîchement inaugurée, offre également ce service, pour lequel les plaisanciers doivent bien sûr débourser. Le tout, pour éviter la contamination du lac des Piles, qui est l’une des deux seules sources d’eau potable de Shawinigan.

Or, le guide de pêche Thierry Rimbault affirme avoir eu de la difficulté à faire ce lavage dans des délais raisonnables, lui qui amène des touristes sur différents plans d’eau de la région. Il critique le fait qu’aucune station de lavage n’ait été installée près de la marina et dit s’être fait poser plusieurs lapins par l’une des deux entreprises mandatées pour faire le lavage des embarcations, ce qui l’a forcé à annuler des excursions. «Le lavage des bateaux ne me pose aucun problème: ça fait 10 ans que je lave mon bateau quand je change de lac, indique-t-il. En tant que biologiste de formation, je considère que ça va de pair avec le respect de l’environnement. Ce n’est pas le fond qui me dérange, c’est la forme. C’est la méthode qui est mise en place qui est inutile et coûteuse. Je ne comprends pas l’acharnement de la Mairie à imposer un règlement qui ne sert à rien.»

M. Rimbault accuse également la Ville de Shawinigan de faire du favoritisme en permettant aux usagers du lac des Piles, soit les résidents qui disposent de leur propre rampe de mise à l’eau, d’obtenir une vignette leur permettant d’éviter à avoir à fournir un certificat de lavage aux autorités si leur embarcation demeure sur le lac. Il craint que ces résidents profitent de ce privilège pour faire fi de la réglementation et aller et venir d’un plan d’eau à l’autre sans faire laver leur bateau. Enfin, il affirme que, puisque le certificat de lavage est valide pour 48 heures, il n’empêche pas un plaisancier d’aller sur un autre plan d’eau pour ensuite revenir sur le lac des Piles.

«On dit que ce règlement-là, c’est pour protéger la prise d’eau, mais vu comment c’est fait, ça ne protège pas la qualité de l’eau, ça limite seulement les gens de l’extérieur qui veulent venir profiter du lac. Les délinquants que je vois sur le lac, c’est plutôt les résidents avec leurs bateaux de wake, qui font des vagues qui endommagent les berges, et ceux dont la fosse septique se vide dans le lac», accuse M. Rimbault.

Le guide de pêche en a également après la marina du lac des Piles, anciennement la Marina Provost, rachetée l’an dernier par Danny Umansky, un homme d’affaires originaire de Shawinigan. Il trouve les tarifs de mise à l’eau, qui varient entre 50 $ et 100 $ selon qu’on est résident et membre de l’Association des résidants du Lac-des-Piles ou non, de stationnement et de location de quais beaucoup trop élevés.

Le bilan, pour M. Rimbault, des conséquences de ces hausses de prix et des problématiques qu’il a vécues avec le nouveau règlement municipal, est peu réjouissant. Le guide de pêche estime avoir perdu près de 7000 $, notamment en annulant une dizaine de réservations, ce qui le pousse à dire qu’il compte quitter la région pour poursuivre ses activités ailleurs.

Depuis le mois de mai, la Ville de Shawinigan oblige les plaisanciers qui souhaitent mettre leur embarcation à l’eau sur le lac des Piles à la faire laver par une entreprise certifiée du secteur.

«J’attends la fin de la saison pour comptabiliser mes pertes. Ensuite, je vais contacter mes partenaires, les hôtels et les gîtes, et leur expliquer pourquoi mes opérations vont s’arrêter dans la région, parce qu’ils doivent le savoir. Il me semble qu’en Mauricie, on n’a pas les moyens de perdre des entreprises. Je vais certainement déplacer mes opérations dans une autre région», souligne M. Rimbault.

Pas de passe-droit

Du côté de la Ville de Shawinigan, on rappelle que le nouveau règlement était réclamé par les riverains, pour protéger l’eau et l’écosystème du lac des Piles. Le directeur des communications de la Ville, François St-Onge, dit d’ailleurs fortement douter que des résidents profitent de leur statut et de leur vignette pour contourner le règlement. «Je pense que bon nombre de propriétaires riverains n’ont pas de descente à l’eau, avance-t-il. La marina sert donc de point de contrôle. Et il n’y a pas de passe-droit avec la vignette: un riverain qui sort son bateau du lac doit avoir une attestation que son bateau a été lavé s’il veut l’y remettre à l’eau plus tard.»

M. St-Onge souligne également que la Ville n’a aucun contrôle sur les tarifs exigés par la marina, puisqu’il s’agit d’une entreprise privée. La Ville n’a pas non plus l’intention d’aménager une nouvelle rampe de mise à l’eau sur le lac des Piles, du moins pas pour les embarcations motorisées.

Joan Hamel, présidente de l’Association des résidants du Lac-des-Piles, trouve pour sa part exagéré de parler de privatisation du lac qui serait orchestrée par les riverains et la Ville de Shawinigan. «J’ai de la misère avec ce discours-là. Les embarcations sont les bienvenues au lac des Piles. Mais c’est important de protéger cette source d’eau potable», insiste-t-elle.

Elle reconnaît toutefois que certains membres de son association se sont plaints de ratés dans la mise en application du règlement municipal sur le lavage des bateaux. Elle assure qu’un suivi sera fait sur les améliorations à y apporter.

«On a bien entendu les plaintes, on en prend bonne note et on a souvent des discussions avec la Ville de Shawinigan. Sur la procédure de lavage, il va y avoir des améliorations», promet-elle.

Sur les tarifs de la marina, Mme Hamel abonde dans le même sens que François St-Onge. Elle dit avoir constaté une augmentation des tarifs, mais croit toutefois que les prix exigés se comparent à ceux qui le sont à d’autres marinas de la région.

«Il y a eu une augmentation, c’est vrai, mais c’est le propriétaire de la marina qui décide, pas nous, ni la Ville. M. Umansky a refait tous les quais, il a tout rénové, et il a fait ça dans un contexte écoresponsable. Il a mis beaucoup d’argent là-dedans», argumente-t-elle.