Le balisage de la rivière Saint-Maurice tire à sa fin.

Navigabilité sur la rivière Saint-Maurice: un projet mort dans l'oeuf?

Après une première saison plus ou moins concluante, l'épineux dossier de la navigabilité de la rivière Saint-Maurice entre Shawinigan et La Tuque sera débattu à nouveau cet été. D'un côté, Tourisme Mauricie qui juge incontournable la nécessité de contrôler le débit du cours d'eau pour assurer un passage sécuritaire aux plaisanciers et de l'autre, Hydro-Québec qui maintient son impossibilité à répondre à cette demande.
Si la société d'État reste sur ses positions, les centaines de milliers de dollars investis dans le balisage de ce cours d'eau, au cours des dernières années, ne pourront servir que les intérêts des plaisanciers locaux à certaines périodes de la belle saison. Dans les conditions actuelles, impossible de vendre cette attraction aux quatre coins du Québec, soupire André Nollet, directeur général de Tourisme Mauricie.
«On n'en fait pas la promotion, tant que le niveau d'eau n'est pas régularisé», tranche-t-il. «C'est sûr que ça ne servira à rien de poursuivre le projet si on n'arrivait pas à ce niveau de collaboration.»
«C'est impossible de se fier à la nature», ajoute M. Nollet. «Il faut absolument un débit d'eau contrôlé, qui correspond aux besoins pour maintenir un niveau sécuritaire pour les embarcations. Se rendre de Grand-Mère à Saint-Roch-de-Mékinac, ça va bien. Mais la partie la plus belle, la plus sauvage, c'est entre Saint-Roch-de-Mékinac et La Tuque.»
Depuis le début de ces démarches, autant Tourisme Mauricie que les Villes de Shawinigan et La Tuque tapent du pied, souhaitant une meilleure collaboration d'Hydro-Québec. L'an dernier, le projet de balisage a enfin été réalisé, permettant aux navigateurs de suivre une voie sécuritaire sur environ 130 kilomètres.
Les appréhensions de M. Nollet se sont toutefois confirmées au cours de cette première saison. Dans des conditions optimales, cette excursion procure des souvenirs inoubliables. Mais les imprévisibles variations du débit peuvent transformer le rêve en cauchemar.
Voilà pourquoi M. Nollet revient à la charge avec les mêmes arguments en 2014.
«Nous avons fait des demandes précises à Hydro-Québec et nous espérons que nous aurons une collaboration accrue», laisse-t-il tomber. «Nous voulons un débit d'eau constant, avec des variations en deçà de 75 mètres cubes par seconde par jour.»
Rappelons que des études ont démontré que pour maintenir un parcours sécuritaire, il faut garantir un débit de 440 mètres cubes par seconde sur la rivière Saint-Maurice.
«L'an dernier, nous avons vu que nous pouvions aller de 200 à 600 mètres cubes au cours de la même journée», soulève-t-il. «Le niveau d'eau varie alors de trois pieds!»
«Nous avons formulé une demande et nous avons eu une rencontre avec la ministre (Martine) Ouellet», ajoute M. Nollet. «Naturellement, les élections sont venues chambarder les choses.»
L'an dernier, Jacques A. Chauvette, directeur de la production Des Cascades Mauricie et Centre-du-Québec pour Hydro-Québec, avait mentionné que la société d'État ne pouvait risquer d'altérer la fiabilité du réseau pour garantir un débit constant pour les plaisanciers en été. M. Nollet comprend mal cet argument, surtout que l'opération comme telle lui apparaît d'une simplicité enfantine.
«Il s'agit de le programmer!», indique-t-il. «Entre le 15 juin et le 15 septembre, il s'agit de déterminer tel niveau à un barrage et ajuster les autres en conséquence.»
Chez Hydro-Québec, Annie Beaudoin, conseillère en communication, prétend que la position exprimée l'an dernier n'a pas changé.
«Nous avons signé une entente de collaboration en 2013», rappelle-t-elle. «Hydro-Québec fournit les données de débits d'eau à la corporation de juin à septembre. C'est une entente d'une durée de cinq ans.»
Pour la question spécifique du débit, Mme Beaudoin mentionne que la société d'État n'a reçu aucune nouvelle demande formelle.
«Hydro-Québec avait déjà mentionné aux partenaires concernés, au début du projet, que c'était sûr qu'elle ne pouvait répondre favorablement à cette demande», réitère-t-elle.