Les locaux du centre de désintoxication Narconon se trouvent sur le boulevard Parent, à Trois-Rivières. L'organisme a beaucoup fait jaser au cours des dernières années.

Narconon de nouveau dans la controverse

Le centre de désintoxication Narconon de Trois-Rivières, dont on soupçonne les liens avec l'Église de scientologie, se retrouve de nouveau plongé au centre de la controverse.
Cette fois, c'est la sortie publique survenue cette fin de semaine d'un ancien patient devenu intervenant au sein de l'organisation qui a fait rebondir le sujet dans l'actualité.
David Edgar Love, un individu de 57 ans de la région de Montréal, vient tout juste de déposer une plainte à la Commission des droits de la personne mais aussi à la Commission des normes du travail. Toutes deux enquêtent actuellement dans ce dossier.
L'ex-employé de Narconon dit subir un stress post-traumatique depuis sa sortie du centre, en mai 2009. Le harcèlement et les menaces auraient fait partie de son quotidien à l'intérieur de l'établissement du boulevard Parent. C'est du moins ce qu'il a raconté lors d'une entrevue accordée au Soleil.
Lors de cet entretien, Love a également levé le voile sur plusieurs techniques présumément utilisées dans ce centre où les méthodes d'intervention sont calquées sur les enseignements de Ron Hubbard, fondateur de l'Église de scientologie.
Selon son récit, Narconon exigerait de ses patients qu'ils subissent un régime de purification extrême consistant à absorber une quantité importante de vitamines et à passer plus de quatre heures quotidiennement à l'intérieur d'un sauna.
Ce dernier cite également l'exercice du cendrier, qui lui rappelle de biens mauvais souvenirs.
«Je devais crier au cendrier: «lève-toi», puis «assieds-toi», jusqu'à ce qu'il obéisse tout seul, a-t-il décrit au Soleil. Mais comme je n'arrivais pas à trouver le bon ton, il fallait que je lève le cendrier moi-même, encore et encore (...) Je suis chanceux de ne pas être devenu fou.»
Silence total
David Love était toutefois beaucoup moins loquace sur son expérience, lorsque joint hier par Le Nouvelliste hier. Au bout du fil, il a systématiquement refusé de répondre à nos questions, en répétant qu'il était en processus de médiation avec Narconon et qu'une entente pourrait être scellée sous peu.
Ce silence fut aussi servi en guise de réponse hier par Marc Bernard, directeur général de Narconon Trois-Rivières. Celui-ci a toutefois promis une réaction aujourd'hui sur toute cette affaire.
Or, pour le collectif Anonymous, qui combat l'Église de scientologie, cette tournure prise par les événements ne constitue en rien une surprise.
«C'est toujours difficile de savoir ce qui se passe derrière des portes closes. Mais l'Église de scientologie utilise les organismes comme Narconon pour projeter une belle image publique. En ce moment, c'est cette image qu'elle tente de sauver», dit le militant Marc Lacasse (nom fictif).
Anonymous a d'ailleurs été en contact constant avec David Love, le soutenant dans sa démarche.
«Il est arrivé sur notre forum internet et c'était un homme qui avait un urgent besoin d'aide. C'était un individu bien placé dans l'establishment chez Narconon. Il pensait que personne n'allait le croire», raconte le représentant du mouvement.
 
Clarifier la situation
Depuis son arrivée à Trois-Rivières, Narconon est régulièrement confronté à la critique. Ce pourquoi «il faut maintenant clarifier la situation», selon la directrice générale de l'organisme COMSEP, Sylvie Tardif.
Celle qui agit également à titre de conseillère municipale a d'ailleurs eu l'occasion de visiter les locaux du centre de désintoxication, il y a quelques années.
«J'avais vu les saunas et tout cela. On m'avait expliqué le truc des vitamines et on m'avait dit que les gens pouvaient parfois être malades», explique la représentante du district Marie-de-l'Incarnation.
Puis, en 2008, Narconon a souhaité offrir un don de 1000 $ à l'organisme COMSEP qu'elle chapeaute. Elle avait alors refusé. «Devant le doute, on a préféré s'abstenir. On avait entendu parler des liens avec l'Église de scientologie, mais on ne connaissait pas ça», raconte Sylvie Tardif.
À ce moment, plusieurs autres organismes avaient critiqué Narconon, ce qui avait provoqué de vives discussions dans les médias.
Quelques mois plus tard, c'était à l'Agence de santé de la Mauricie de remettre Narconon à l'ordre du jour. Elle avait recommandé à Québec de rendre obligatoire la certification de ces organismes privés ou communautaires. Le mouvement Anonymous Québec était alors débarqué à Trois-Rivières pour appuyer cette revendication.
Narconon n'était toutefois pas au bout de ses peines. En février 2009, une nouvelle controverse surgissait au sujet de l'achat du club de golf les Vieilles Forges par de nouveaux propriétaires liés à l'Église de scientologie.
Les politiques administratives préconisées par les gestionnaires étaient aussi basées sur les principes émis par Ron Hubbard et les rencontres de formation étaient offertes par une entreprise située dans les mêmes locaux que Narconon.
«Je pense que c'est à l'Agence de pousser les choses plus loin et au gouvernement de faire les vérifications nécessaires. Ce serait sain pour les citoyens, mais pour l'organisme aussi», conclut aujourd'hui Sylvie Tardif.