Le centre Narconon, du boulevard Parent à Trois-Rivières, a fermé ses portes il y a deux ans jour pour jour. L'organisme est toutefois encore actif au registre des entreprises.

Narconon a violé les droits de la personne

L'organisme Narconon, ce centre de désintoxication qui a été contraint de fermer ses portes il y a deux ans à Trois-Rivières, a bel et bien violé les droits humains de l'un de ses anciens patients, David Love. C'est du moins la décision rendue par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui a enquêté sur l'affaire à la suite d'une plainte formulée par Love.
Le comité des plaintes de la commission a en effet pris une résolution à l'unanimité le 16 janvier dernier, faisant état que la plainte de M. Love, qui avait séjourné au centre de Trois-Rivières entre 2008 et 2009, était recevable et demandant à Narconon de verser des dommages moraux et punitifs à David Love, ainsi qu'à deux autres patients qui auraient subi le même sort que lui.
La décision étant de nature confidentielle, elle a été révélée récemment par le journaliste et auteur Tony Ortega, qui a enquêté sur la Scientologie et a publié la résolution sur son blogue. Toutefois, les montants d'argent pour dommages moraux et punitifs déterminés par la commission ont été caviardés.
Rappelons que David Love a milité, depuis sa sortie de Narconon, pour dénoncer les agissements de ce centre, dont le fondement du traitement serait lié aux enseignements de la Scientologie.
Dans cette décision, la commission reconnaît que Narconon a «contribué à l'exploitation de la victime par maltraitance, notamment en l'obligeant à se soumettre à des pratiques humiliantes et dégradantes, en le soumettant à de mauvaises conditions d'hébergement et de nourriture et en le soumettant à des mesures forcées d'isolement et à de la coercition», peut-on lire dans le document.
On y constate également que Narconon n'aurait pas assumé adéquatement la confidentialité des informations obtenues de la part du plaignant après l'avoir incité à s'ouvrir sur des aspects très personnels de sa vie. La commission reproche aussi à Narconon d'offrir un enseignement controversé dont les pratiques ne reposent sur aucune étude scientifique établie.
Par ailleurs, la preuve documentaire et testimoniale fait état que Narconon «a contribué à l'exploitation financière de la victime, qui se trouvait dans un état de vulnérabilité, en lui facturant des sommes considérables pour un programme de désintoxication qui n'est pas reconnu scientifiquement et qui comporte des risques pour sa santé et sa sécurité, en ne lui prodiguant pas des soins adaptés à sa condition médicale malgré les sommes versées, en facturant des sommes importantes pour offrir un service par des personnes non qualifiées et en obligeant la victime à travailler et à accomplir différentes tâches sans rémunération», ajoute-t-on dans le document.
La commission soutient aussi que Narconon a transmis, avant et pendant le traitement du patient, des informations qui pouvaient l'induire en erreur sur les probabilités de succès et qui donnaient l'impression que les résultats étaient assurés.
La commission s'est par ailleurs munie d'une disposition lui permettant de s'adresser aux tribunaux si Narconon ne mettait pas en oeuvre la proposition de mesures contraignantes. Il n'a pas été possible de savoir si la commission allait se prévaloir de cette disposition ou non, le dossier étant confidentiel.
Fermeture
Rappelons que le centre Narconon de Trois-Rivières avait été contraint de fermer ses portes il y a deux ans jour pour jour, après que l'Agence de santé et de services sociaux eut refusé de lui accorder son accréditation comme ressource en toxicomanie. Des 55 critères exigés pour la certification de cette ressource, 46 correctifs de différentes natures avaient été exigés, dont 26 jugés à facteur de risque élevé.
L'Agence avait notamment constaté des méthodes non médicalement reconnues de sudation combinées à une prise massive de vitamines, des patients retenus contre leur gré et l'absence d'un suivi médical parmi les éléments déterminants dans sa décision.
Bien que l'organisme soit toujours inscrit au registre des entreprises, aucune autre demande de certification de la part de Narconon n'a été faite auprès de l'Agence de santé depuis sa fermeture en avril 2012, confirme la porte-parole de l'Agence, Anne-Sophie Brunelle.