Les moyens de pression des policiers s'accentuent. Depuis quelques jours, le bas de l'uniforme a été remplacé par des pantalons de combat ou encore des jeans.

Moyens de pression des policiers: la Ville interviendra

Les policiers de Trois-Rivières devront bientôt dire au revoir aux autocollants qu'ils ont apposés sur leurs autopatrouilles en protestation au projet de loi numéro 3 du gouvernement Couillard. La Ville de Trois-Rivières s'apprête à faire l'embauche d'une firme qui retirera les étiquettes, avant de refiler la facture au syndicat.
Depuis deux semaines, les policiers arborent sur leur veste pare-balles et sur leur voiture cet autocollant noir sur lequel on peut y lire: «On n'a rien volé (nous)», une fronde directe envers le Parti libéral qui compte, par cette loi, séparer la facture des déficits dans les régimes de retraite à 50-50 entre les employés et les villes.
Cette entreprise pourrait passer rapidement à l'action, peut-être même aujourd'hui, puisque, après les policiers, c'est maintenant les pompiers qui sont passés à l'action en imitant leurs collègues.
«La facture va être refilée aux différents syndicats concernés. Aujourd'hui (lundi), nous avons vu que certains camions de pompiers ont commencé à être recouverts d'autocollants», explique le porte-parole de la Ville, Yvan Toutant.
Celui-ci dit comprendre l'élan de solidarité des employés contre la loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées du secteur municipal, mais qu'au final, la cible n'est pas la bonne. On ne parle pas ici de manifestations dans le cadre de négociations d'une convention collective.
«On comprend les travailleurs, mais ce qu'on leur dit, c'est de ne pas faire cela sur les équipements de la Ville de Trois-Rivières. Lorsqu'ils font cela, ils s'attaquent aux citoyens. Ce n'est pas Trois-Rivières qui a fait cette loi, c'est Québec, alors manifestez à l'endroit de Québec.»
Alors que les élus espèrent que les moyens de pression des syndiqués iront en décroissance, la tendance est toutefois inverse. Après les autocollants, les pantalons avec un motif de camouflage ont fait leur apparition à la taille des agents de la Sécurité publique de Trois-Rivières. Une rencontre entre le service des ressources humaines, la direction de la Sécurité publique ainsi que la direction de la Ville a eu lieu à ce sujet, hier.
«Est-ce qu'on tolère? On ne peut pas dire que nous sommes d'accord avec le fait qu'ils portent cela. Quelle est la meilleure façon de passer un message? Je n'en ai aucune idée, mais on regarde la possibilité de faire des réprimandes», note M. Toutant.
La rumeur laisse aussi entendre que les cols bleus et blancs de Trois-Rivières opteront eux aussi pour des moyens de pression dans les prochains jours.
À la Société de transport de Trois-Rivières, les chauffeurs d'autobus ont quant à eux troqué l'habit conventionnel pour une tenue de civil.
Il a été impossible de joindre le président de l'Association des policiers et pompiers de Trois-Rivières, Louis Lesage, afin de savoir si les membres des forces de l'ordre allaient obtempérer. La semaine dernière, son collègue, le vice-président Serge Mailloux, avait toutefois déclaré que «les autocollants sont là pour rester» et que «s'ils veulent qu'on aille plus loin, on va aller plus loin. Mais c'est pas le but, on veut pas partir en guerre contre la Ville.»
Ironiquement, celui-ci avait aussi mentionné que contrairement à d'autres villes, les policiers trifluviens n'étaient pas «hyper durs» dans leurs moyens de pression, puisqu'ils ne portaient pas de pantalons de combat. La donne a changé depuis.
Une loi qui ne fait plaisir à personne
La Ville et ses employés pourront au moins s'entendre sur une chose, le projet de loi numéro 3 ne fait pas l'unanimité.
«Cette loi nous rend un peu inconfortable. Que ce soit les cols bleus, les cols blancs, les policiers ou les pompiers, [le partage des fonds de retraite] est à 50-50. C'est une loi qui a été faite pour venir en aide à Montréal et Québec», rappelle M. Toutant.
Celui-ci comprend mal la sortie des employés municipaux puisque ces termes sont déjà ceux inclus dans les conventions collectives trifluviennes.
«On comprend les travailleurs, mais on n'est pas la pire ville au Québec, parce que lors de nos années fastes, nous n'avons pas pelleté par en avant. Notre déficit n'est pas comme à Montréal», conclut-il.