Des travailleurs de la clinique d'évaluation de la COVID-19 ont aussi travaillé au CHSLD Cooke.
Des travailleurs de la clinique d'évaluation de la COVID-19 ont aussi travaillé au CHSLD Cooke.

Mouvement de personnel persistant entre une clinique d'évaluation de la COVID-19 et le CHSLD Cooke

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Tandis que des cas de COVID-19 apparaissent dans différentes installations dédiées aux soins des aînés de la région, Le Nouvelliste a appris que des infirmières et des aides de services affectés à la clinique d'évaluation de la COVID-19 du Centre Cloutier-du Rivage ont fait des heures supplémentaires au CHSLD Cooke au cours de la dernière semaine, et que d'autres iront encore y travailler dans les prochains jours.

«Si c'est logique administrativement parlant, ça n'a aucune logique clinique», s'insurge Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale de la FSSS-CSN. «On n'envoie pas des travailleurs d'une clinique de dépistage vers un endroit où on soigne les gens les plus vulnérables du réseau, c'est la dernière chose à faire. On va espérer qu'ils ne perdent pas le contrôle comme ils l'ont fait au Laflèche», déclare la syndicaliste. 

Au CIUSSS MCQ, on convient que des infirmières puissent être appelées à prêter main-forte dans les CHSLD, avec les précautions d'usage, mais qu'autrement, le personnel d'une clinique d'évaluation est dédié à ce lieu et ne devrait pas normalement bouger. «Il nous faudrait des noms pour faire les vérifications qui s'imposent», soutient Guillaume Cliche, agent d'information au CIUSSS MCQ. «S'il y en a qui passent à travers le filtre, il faut remédier à la situation», maintient-il.

De son côté, Nathalie Perron, présidente de la FIQ-SPSMCQ, relate son incrédulité quand une infirmière lui a fait part de son affection la semaine prochaine au CHSLD Cooke, après avoir travaillé au centre d'évaluation de Cloutier-du Rivage. Elle estime que ce dernier est un «point chaud» de la contagion. «C'est là que tout le monde qui a des symptômes va se faire tester», souligne-t-elle. L'infirmière, qui ne devait pas subir de test avant d'aller travailler à la résidence Cooke, devra finalement se soumettre à une procédure de dépistage avant son quart de travail, a-t-elle appris dimanche. Il semblerait que les autorités sanitaires viennent de revoir leur protocole.

Par ailleurs, la directive de mobilité de personnel à laquelle on dit avoir mis fin doit visiblement être abordée avec nuance. Dans une note de service interne datant du 22 avril, concernant les dernières orientations du réseau régional du système de santé et dont Le Nouvelliste a obtenu copie, on peut lire que la mobilité des travailleurs de la santé n'est pas permise, mais seulement à l'intérieur d'un même cadre de travail. «Une personne qui accepte un quart à temps supplémentaire dans un secteur différent de sa première unité d'affectation doit se changer d'uniforme ou mettre une jaquette de protection par-dessus son uniforme entre les deux quarts de travail», peut-on lire dans la note.

Devant des messages apparemment contradictoires provenant des autorités, concernant le mouvement de personnel, des syndicats de la région, sous l'égide de la CSN, décriaient encore vendredi «une gestion de crise déconnectée». On déplorait «la distance entre le décisionnel et l'opérationnel».

Multipliant les exemples, Nathalie Perron raconte encore qu'une infirmière ayant récemment travaillé au CHSLD Mgr Paquin de Saint-Tite, un foyer d'éclosion reconnu, a été affecté au centre d'hébergement temporaire de l'École nationale de police, à Nicolet, dédié à des patients atteints de la COVID-19. On devra redoubler de prudence face au nombre croissant de travailleurs malades dans le réseau, plaide celle qui dit commencer à mettre en doute l'efficacité des équipements de protection. «C'est tu normal qu'on ait autant de cas que ça? L'Institut national de santé publique devrait se poser des questions», laisse-t-elle tomber.

Du côté du CIUSSS MCQ, on affirme tenir à un minimum les déplacements de personnel, et que si ceux-ci sont nécessaires, ils sont faits d'une «zone froide» vers une «zone chaude». «Sinon, il faut qu'il y ait un changement d'uniforme complet», précise toutefois Guillaume Cliche. Quant à la clinique de dépistage du Centre Cloutier-du Rivage, l'agent d'information plaide que c'est peut-être dans ces lieux que la vigilance et la prudence sont les plus importantes. Il soutient par ailleurs que ce n'est pas une «zone chaude». Il en veut pour preuve qu'une seule infirmière affectée à l'un de ces points de service ait reçu un diagnostic positif à la COVID-19 depuis leur déploiement dans la région. L'agent d'information déclare que les mesures de protection mises en place sont efficaces, pour peu qu'elles soient respectées, même si, convient-il, «le risque zéro n'existe pas».

Dans la grande région de la Mauricie-et-Centre-du-Québec, 181 travailleurs du réseau de la santé ont contracté la COVID-19 depuis le début de la pandémie, selon les données officielles. Du nombre, 65 sont maintenant rétablis.