Joyce Echaquan
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Mort de Joyce Echaquan: une quête de réponses et de solutions

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
LA TUQUE — C’est toute une communauté qui a été ébranlée par les événements entourant la mort de Joyce Echaquan et la vidéo troublante diffusée sur les réseaux sociaux. Une immense vague de solidarité et de sympathies déferle depuis lundi, mais des questions persistent. On veut que la lumière soit faite sur les événements, mais aussi que cesse une bonne fois pour toutes la discrimination envers les autochtones.

«Je comprends votre peine immense, il va sans dire, et votre colère aussi. Il est légitime, en effet, de ressentir de tels sentiments partagés, vu les circonstances. Je les partage avec vous entièrement», a lancé le chef de la communauté atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa sur sa page Facebook.

Ce dernier promet qu’il va s’assurer que toute la lumière soit faite sur les événements entourant le décès de Joyce Echaquan, mais il appelle aussi au calme.

«Également, permettez-moi que je vous demande, pour cela, de ne pas laisser votre colère vous envahir, au point de perturber ce qui doit advenir. Car ce qui doit émerger de cette terrible perte est la cessation sans compromis de la discrimination dont sont victimes les autochtones au travers les institutions qui les servent dans cette société. Que cette énergie qui gronde en vous ne vous détruise pas, au contraire... sachez la mettre au service d’une cause plus grande encore que vous-mêmes et nous-mêmes, malgré la peine et le présent désarroi, et vous trouverez la paix en votre cœur», a-t-il écrit.

Rappelons que Joyce Echaquan, âgée de 37 ans, est morte à l’hôpital de Joliette, lundi, dans des circonstances troublantes. Elle a été victime de propos dégradants peu avant son décès, comme le témoigne une vidéo qui a été largement diffusée sur les médias sociaux.

«Quand j’ai vu la vidéo, je suis resté figé et j’ai eu un instant de peur extrême. Il y avait la panique, je ne savais pas quoi faire. On se sent impuissant. Ça m’a glacé la sang», raconte son cousin Réginald Echaquan.

Ce dernier assure que la situation est loin d’être unique en son genre. Il y a de graves problèmes à l’hôpital de Joliette selon lui.

«On a déjà fait des plaintes écrites à l’hôpital, on n’a jamais eu de retour, ça n’a jamais abouti. On n’était pas entendu et on ne voulait pas nous entendre», note Réginald Echaquan.

Plusieurs membres de sa famille sont décédés à l’hôpital de Joliette, dont un cousin récemment, et la situation actuelle soulève des questions.

«Alors on se demande, est-ce que c’est la maladie qui l’a emporté ou la médication qu’on lui a donnée ? […] La vidéo sème le doute sur beaucoup d’autres décès qu’il y a eus dans cet hôpital».

De congédier une infirmière ne réglera pas la situation, selon lui, c’est comme mettre un diachylon sur une plaie ouverte jusqu’à l’os.

«Le problème est beaucoup plus profond que ça. L’infirmière qui a été congédiée, c’est juste un bouc émissaire. Il faut remonter plus loin. Ce n’est pas juste Joyce qui a subi ces choses-là. Ce qui est malheureux avec Joyce, c’est que ça lui a été fatal», souligne M. Echaquan.

«Il faut dire aussi qu’il y a des infirmières qui sont très compétentes et très humaines», ajoute-t-il.

Réginald Echaquan a été très touché par la vague de solidarité qui s’est manifestée aux quatre coins de la province. Il espère qu’un changement de mentalité va s’amorcer dans la société, qu’il y aura une réflexion profonde sur les peuples autochtones et que le gouvernement se réveille.

«Ça nous encourage beaucoup. Ça nous encourage à dénoncer et à nous exprimer. […] Maintenant, on sent que la société veut changer. Malheureusement, les gouvernements refusent de reconnaître le racisme systémique. Pour avoir des changements, il doit y avoir une reconnaissance des erreurs», a-t-il conclu.

Un «wake-up call»

La mort de Joyce Echaquan est un «wake-up call», estime pour sa part le grand chef de la Nation atikamekw, Constant Awashish.

«Je pense que l’abcès est crevé, a-t-il déclaré à La Presse. C’est un wake-up call pour tout le monde, les Premières Nations comme les Québécoises et les Québécois. Maintenant, il faut juste s’assurer que le message passe bien.»

M. Awashish réagit avec prudence à cet évènement tragique pour lequel il manque un grand nombre de réponses. «Ce n’est pas vrai que tous les Québécoises et les Québécois sont racistes. Mais il y a encore du racisme, il faut l’admettre, il ne faut pas se mettre la tête dans le sable.»

Le grand chef s’interroge toutefois sur les suites que le bureau du coroner et le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière vont donner à cet évènement, et réclame une enquête de la Sûreté du Québec. «À la lumière de la vidéo, il pourrait y avoir des éléments criminels là-dedans», dit-il.

Par ailleurs, la direction du CISSS de Lanaudière n’a pas répondu aux questions sur le sort réservé aux autres employés qui ont prodigué des soins à Mme Echaquan. Une première infirmière a été congédiée mardi, mais selon le grand chef Constant Awashish, «il y aurait trois personnes vraiment impliquées dans l’évènement».

De son côté, la SQ précise que son rôle, dans ce dossier, n’est pour l’instant qu’un rôle d’appoint. «Présentement, c’est une enquête qui est menée par le coroner et lui nous a demandé l’assistance pour aller rencontrer des gens, a dit la sergente Éloïse Cossette. Quand il y a décès, au départ, c’est toujours une enquête du coroner. Et parfois, on est dans une enquête clairement criminelle. Mais dans le cas de l’hôpital, on est en assistance au coroner.»

Avec La Presse