C’est clairement plus par les routes et les postes frontaliers que les quatre stupéfiants nommés par le président Trump lundi entrent aux États-Unis, et non par les zones plus ou moins sauvages non surveillées où le mur serait construit.

Vérification faite: un mur «anti-drogue»?

L’AFFIRMATION: «Notre frontière sud est un pipeline pour de grandes quantités de drogues illicites, incluant la méthamphétamine, l’héroïne, la cocaïne et le fentanyl», a déclaré le président américain, Donald Trump, lors de son discours à la nation de mardi soir. M. Trump plaidait alors pour l’érection d’un mur à la frontière mexicaine afin de stopper l’entrée aux États-Unis de ce qu’il décrit comme un flot ininterrompu d’immigrants illégaux, de criminalité et de drogue. La réforme proposée par M. Trump inclut également d’autres mesures, comme l’ajout d’agents et de ressources à la frontière, mais il a décrit le mur comme «absolument critique pour la sécurité frontalière» et a indiqué que le mur se repayerait lui-même en réduisant les coûts sociaux liés à la drogue.

LES FAITS

Il ne fait aucun doute qu’une grande partie des drogues qui entrent aux États-Unis passent par la frontière mexicaine, comme M. Trump l’a dit. Il ne fait pas davantage de doute que les quantités impliquées sont impressionnantes : en date du 31 août dernier, l’Agence américaine de protection des douanes et des frontières (CBP) s’enlignait pour saisir un total (annualisé) de près de 600 tonnes de drogues diverses. Et c’est sans compter, bien sûr, les stupéfiants qui passent sans se faire prendre.

En termes de quantités, la principale drogue saisie par les services frontaliers américains est la marijuana. Les dernières données pour 2018 montrent que les patrouilles frontalières (chargées de la surveillance entre les postes frontières) en ont saisi environ 1,5 fois plus que les agents qui travaillent aux douanes elles-mêmes. De ce strict point de vue, M. Trump semble avoir raison.

Cependant, il y a de moins en moins de marijuana qui traverse la frontière mexicaine depuis quelques années, et la chute est très prononcée : près des deux tiers de moins (- 63 %) depuis 2013. Selon un rapport du Cato Institute, cela s’explique par la légalisation du cannabis dans plusieurs États américains, la production interne ayant remplacé le plus clair du trafic transfrontalier illégal.

Et pour les quatre stupéfiants nommés par le président américain lundi, c’est clairement plus par les routes et les postes frontaliers qu’ils entrent aux États-Unis, et non par les zones plus ou moins sauvages non surveillées où le mur serait construit. Toujours d’après le CPB, au 31 août dernier, les douaniers américains avaient saisi 7,5 fois plus de cocaïne que les patrouilles frontalières, 9 fois plus d’héroïne, 6,5 fois plus de méthamphétamine et 4 fois plus de fentanyl.

Cela concorde avec ce que disait en octobre dernier un rapport de la Drug Enforcement Administration (bit.ly/2KJlKNI, p. 99) : «La méthode la plus communément employée par ces [organisations criminelles transfrontalières mexicaines] implique de transporter les drogues illicites par les [points d’entrée officiels] dans des voitures ayant des compartiments cachés ou dans des camions-remorque, au milieu de marchandises légales.»

LE VERDICT

Déformant. L’idée qu’un mur nuirait au passage de la drogue n’est pas totalement dénuée de sens, puisque les trafiquants de cannabis (principal stupéfiant de cette contrebande, en poids) semblent souvent éviter les postes frontières. Mais les statistiques de saisies montrent que les autres drogues entrent très principalement par les douanes, ce qui signifie qu’un mur ne changerait pas grand-chose. Cependant, d’autres mesures proposées par M. Trump, comme l’embauche de nouveaux agents frontaliers, pourraient aider à cet égard.

Précision : une version antérieure de ce texte a été modifiée afin de corriger le moment du discours de M. Trump, soit mardi soir (et non lundi soir). Mes excuses.