Christine Hallquist, 62 ans, est mère de trois enfants. Ingénieure de formation, elle était une figure publique connue bien avant d’effectuer sa transition vers son identité de femme.

Une première femme transgenre gouverneure d’un État américain?

NEW YORK — Ingénieure, militante de la cause environnementale, patronne, Christine Hallquist attire d’abord l’attention de tout un pays pour son identité sexuelle, qui pourrait faire d’elle la première femme transgenre gouverneure d’un État américain.

Mardi, celle qui se faisait encore appeler Dave il y a moins de trois ans, a remporté la primaire démocrate du Vermont, et représentera donc le parti, le 6 novembre, face au gouverneur sortant, le républicain Phil Scott.

«MOMENT HISTORIQUE!» s’est réjoui en lettres capitales sur Twitter le Victory Fund, une organisation qui soutient les candidats LGBT en politique.

Quelque 1,4 million de personnes s’identifient comme transgenre aux États-Unis, soit 0,58 % de la population, selon une étude du Williams Institute (Université UCLA), publiée en juin 2016.

Christine Hallquist a bien conscience que sa candidature et son image la dépassent largement et dit accepter ce rôle d’étendard, même si elle ne l’a pas choisi.

Mais cette femme de 62 ans, mère de trois enfants, dit se préoccuper surtout de son État, le Vermont, et de ses habitants, dans le cadre de ce qui demeure un scrutin local. La question de son identité sexuelle «ne vient pas dans la conversion», dit-elle de ses contacts avec les Vermonters.

Un État aux deux visages

Celle qui a voté républicain par le passé affirme vouloir attirer à elle les électeurs ruraux comme les citadins, dans un État aux deux visages.

Le Vermont est, en effet, l’un des États les plus progressistes du pays, notamment où la détention de cannabis est légale, engagé dans la transition énergétique, mais aussi l’un des plus portés sur les armes.

Pour avoir ratifié, en avril, une nouvelle loi imposant un contrôle drastique des ventes d’armes, Phil Scott a dû faire face à un violent mouvement de rejet.

S’il reste favori pour conserver son siège de gouverneur, cette grogne l’a néanmoins fragilisé auprès de sa base républicaine.

Christine Hallquist a-t-elle évité le thème des armes dans son programme de campagne. Couverture santé universelle, moyens supplémentaires face à la crise des opiacés, gratuité des études supérieures dans le public, les propositions ont de quoi séduire un de ses soutiens : l’ancien candidat à la primaire démocrate présidentielle et élu du Vermont au Sénat, Bernie Sanders.

Figure publique

Résidente de cet État depuis plus de 40 ans, Christine Hallquist était une figure publique bien avant d’entrer en politique, mais aussi bien avant d’effectuer sa transition vers son identité de femme.

Ingénieur de formation, nommé pdg d’une compagnie d’électricité en 2006, Dave Hallquist a milité durant des années pour la lutte contre le changement climatique.

Son fils, Derek, a voulu lui consacrer un documentaire, intitulé Denial. Mais après plusieurs mois de tournage, un autre changement s’est invité sur le tournage, celui qui a mené à la transition officielle de Dave, devenu Christine fin 2015.

«Depuis que j’ai six ou sept ans, je sais que c’est une partie de moi», expliquait-elle à la station locale de la chaîne publique PBS. «J’ai compris qu’il fallait que je le cache et je l’ai plutôt bien fait», ajoutait-il, au point de se marier et d’avoir trois enfants. 

Depuis presque trois ans, Christine Hallquist ne se cache plus et, mis à part quelques menaces sur les réseaux sociaux, elle rencontre plus de soutien que de rejet, dit-elle.