Maria Boutina, 29 ans, est accusée d’avoir agi en tant qu’«agente non déclarée d’un gouvernement étranger» et de «complot» pour infiltrer des organisations politiques «en vue de promouvoir les intérêts de la Fédération de Russie», selon l’acte d’accusation, qui fait référence à une «organisation militant pour le droit au port d’arme».

Une agente russe soupçonnée de complot aux États-Unis

WASHINGTON — Un nouvel épisode des affaires russes se joue mercredi dans un tribunal de Washington où une jeune Russe adepte des armes comparaît pour avoir tenté d’infiltrer l’appareil politique américain au profit de la Russie grâce au principal lobby proarmes des États-Unis.

Maria Boutina, 29 ans, est accusée d’avoir agi en tant qu’«agente non déclarée d’un gouvernement étranger» et de «complot» pour infiltrer des organisations politiques «en vue de promouvoir les intérêts de la Fédération de Russie», selon l’acte d’accusation, qui fait référence à une «organisation militant pour le droit au port d’arme».

L’annonce lundi de son inculpation était intervenu quelques heures après le sommet entre les présidents Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki, où M. Trump avait semblé exonérer son homologue des accusations de la justice américaine sur l’ingérence de Moscou dans la présidentielle de 2016. Il est depuis revenu sur ses déclarations.

Cet enchaînement montre «l’objectif clair de minimiser l’effet positif» du sommet, a dénoncé mercredi la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, qualifiant les accusations de «tirées par les cheveux».

Maria Boutina doit comparaître lors d’une audience préliminaire à 13h30 locales devant un tribunal de Washington. Elle encourt une peine de cinq ans de prison.

L’accusation a demandé son maintien en détention pour le moment, évoquant des risques de fuite qui avaient motivé son arrestation.

Son avocat, Robert Driscoll, a réfuté les allégations, affirmant qu’elle avait «coopéré avec diverses entités gouvernementales depuis des mois».

La jeune femme aux longs cheveux roux s’est fait connaître du lobby conservateur en militant pour une organisation proarmes russe, le Droit aux armes. Originaire de Barnaul, en Sibérie, elle apparaît souvent une arme à la main sur les réseaux sociaux, dénonçant la stricte réglementation sur les armes dans son pays.

Mais les enquêteurs s’intéressent à ses multiples contacts depuis 2015 avec des responsables de la National Rifle Association (NRA), le premier lobby des armes américain, largement favorable au parti républicain. Des contacts qu’elle ne cachait pas. Des photos la montrent avec plusieurs dirigeants de la NRA et des responsables politiques républicains. En 2015, elle avait assisté à une réunion de Donald Trump, alors candidat à la présidentielle, et lui avait posé une question sur les relations avec Moscou.

Pour l’accusation, Maria Boutina aurait agi sous les ordres d’un haut responsable du gouvernement russe, identifié par la presse américaine comme Alexandre Torchine.

Vice-président de la Banque centrale de Russie et réputé proche du président Poutine, il est sous le coup de sanctions américaines depuis avril.

Il serait également «membre à vie» de la NRA, selon les médias.

Sexe et diplomatie

Entrée aux États-Unis en 2016 avec un visa étudiant pour suivre des cours à l’Université américaine (UA) dans la capitale fédérale, elle aurait profité de cette couverture pour développer des relations avec des responsables politiques américains pour créer des «canaux officieux» de communication qui pourraient «être utilisés par la Fédération de Russie pour pénétrer dans l’appareil décisionnaire national», selon l’accusation.

Il s’agissait d’établir des contacts avec des responsables républicains ou d’organiser des dîners «d’amitié et de dialogue» en vue de favoriser une «diplomatie informelle» pour réchauffer des relations alors très tendues entre les deux puissances.

Pour parvenir à ses fins, elle aurait entamé une relation amoureuse avec un ressortissant américain, identifié par les médias comme le consultant du parti républicain Paul Erickson. Mais, selon les enquêteurs, cette relation semblait n’être qu’un «aspect nécessaire de ses activités». Elle aurait ainsi proposé à une autre personne «ses faveurs sexuelles en échange d’un poste» dans un groupe d’intérêt.

L’administration Trump est embarrassée depuis plus d’un an par l’enquête sur l’ingérence russe menée par le procureur spécial Robert Mueller. Le magistrat tente également de déterminer s’il y a eu collusion entre l’équipe de campagne de M. Trump et des responsables russes pour favoriser la victoire du candidat républicain, jugé plus favorable au Kremlin qu’Hillary Clinton. Aucune preuve de collusion n’a été révélée et Donald Trump dénonce régulièrement une «chasse aux sorcières» menée par le FBI et les démocrates.

En mai 2016, M. Torchine avait notamment rencontré Donald Trump Jr., le fils aîné du président américain, lors d’un évènement organisé par la NRA.