C’est à la fin de la cérémonie que la situation s’est tendue sur les Champs-Élysées.

Un 14 juillet secoué par des gilets jaunes

PARIS — Des incidents ont opposé dimanche les forces de l’ordre à quelques dizaines de casseurs et de manifestants, dont des «gilets jaunes», sur les Champs-Élysées, à l’issue du traditionnel défilé militaire du 14 juillet.

Ces incidents ont suivi l’interpellation de plusieurs figures du mouvement des «gilets jaunes». Ceux-ci retournaient pour la première fois depuis le 16 mars sur la célèbre avenue, théâtre de plusieurs flambées de violence et devenue un secteur interdit à toute manifestation.

Le calme semblait toutefois revenu en fin de journée. «L’ordre a été rétabli», a déclaré à la presse le préfet de police de Paris, Didier Lallement.

Il a précisé que «200 casseurs» s’étaient dirigés vers les Champs-Élysées dès la fin du défilé. «Nous les avons repoussés», a-t-il dit, assurant : «les destructions sont extrêmement minimes, il n’y a eu aucun pillage».

«Macron démission»

Au total, 180 personnes ont été interpellées, selon la préfecture de police de Paris et 38 placements en garde à vue ont eu lieu, dont 13 se poursuivaient à 19h.

Plusieurs figures du mouvement de fronde contre la politique sociale et fiscale du gouvernement ont été placées en garde à vue quelques heures : Jérôme Rodrigues et Maxime Nicolle pour «organisation d’une manifestation illicite», et Éric Drouet pour «rébellion», a-t-on appris auprès du parquet de Paris.

Dans la matinée, quelques dizaines de «gilets jaunes», sans leur chasuble fluo, mais munis de sifflets et de ballons, avaient copieusement hué le passage du président Emmanuel Macron.

De petits groupes ont ensuite parcouru la grande artère en chantant «Macron démission» ou «Gilets jaunes! Ça va péter!».

C’est après la fin de la cérémonie que la situation s’est tendue : des manifestants mais aussi des jeunes gens dissimulant leurs visages sous des foulards et des capuches ont investi le haut de l’avenue en profitant de sa réouverture au public.

De nombreuses barrières métalliques, utilisées pour limiter les déplacements des spectateurs, ont été renversées, et des poubelles incendiées, conduisant les forces de l’ordre à tirer des grenades lacrymogènes.

Les policiers ont chassé peu à peu les manifestants, qui se réfugiaient dans les rues adjacentes.

Quelques vitrines de commerces ont été cassées dans des rues perpendiculaires à l’avenue.

Critiques de toutes parts

Bleu, blanc, rouge des pieds à la tête, Cid, 33 ans, s’est dit révolté par le traitement réservé aux manifestants : «On nous a [encerclé] dans la matinée, on s’est fait traiter comme des chiens. C’est eux [les forces de l’ordre] qui ont fait monter la pression».

Dans l’après-midi des bénévoles assurant les premiers secours dans les manifestations ont indiqué à l’AFP avoir pris en charge une touriste étrangère grièvement blessée à l’œil gauche.

Des images d’une femme assises par terre, un bandeau blanc sur les yeux et du sang coulant côté gauche, ont circulé sur les réseaux sociaux, mettant en cause un tir de balle de défense par les forces de l’ordre, une hypothèse que l’AFP n’a pas pu confirmer à ce stade.

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a demandé dans un tweet : «Comment est-ce possible que des #BlackBlocs et des voyous d’extrême gauche arrivent à tout saccager le jour de notre fête nationale? Pourquoi cette incompétence chronique d’un ministre de l’Intérieur?».

Après près de huit mois de mobilisation depuis le 17 novembre, où le mouvement avait fait descendre plus de 280 000 personnes dans la rue, l’essoufflement gagnait ces dernières semaines. Les «gilets jaunes» n’étaient que quelques centaines à manifester samedi dans plusieurs villes de France.