«Ça fait moins de deux ans que je suis président et j'ai déjà fait entrer deux juges à la Cour suprême», Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, s'est vanté Donald Trump.

Trump place des juges conservateurs partout

WASHINGTON — Pour séduire les conservateurs, Donald Trump a nommé des juges fédéraux fidèles à leurs valeurs dans l'ensemble des États-Unis, accélérant encore la cadence à l'approche des élections délicates de mi-mandat.

«Ça fait moins de deux ans que je suis président et j'ai déjà fait entrer deux juges à la Cour suprême», Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, s'est vanté le dirigeant républicain en rassemblement électoral lundi soir au Texas.

«On a aussi battu un record de juges fédéraux», a-t-il ajouté, en plaisantant sur le fait que seul George Washington, le premier président des États-Unis, avait fait mieux en nommant «100 % des juges» du pays. «On ne le battra jamais, mais on s'en approche!»

Selon la Constitution américaine, le président nomme à vie les juges de la Cour suprême et les juges fédéraux, dans les tribunaux d'appel ou de première instance. Il revient ensuite au Sénat de les confirmer.

Depuis son investiture, Donald Trump a obtenu la confirmation de 84 juges, contre 43 sur la même période pour son prédécesseur démocrate Barack Obama. Et il en a nommé plus de 50 autres, qui attendent le feu vert du Sénat.

Tous ont été retenus pour leurs vues conservatrices, «parfois brûlantes», «du genre à rendre nerveuses certaines personnes», selon l'ancien avocat de la Maison-Blanche Don McGahn, qui a quitté son poste à l'été.

Des nouveaux promus se sont déjà distingués, ici en refusant une affaire de discrimination raciale au travail, là en plaidant pour déplafonner les dons lors des campagnes électorales.

«On peut déjà sentir la différence» au niveau des tribunaux d'appel, s'est réjoui la semaine dernière le ministre de la Justice Jeff Sessions.

Conscient d'imprimer une marque durable sur l'appareil judiciaire, Donald Trump considère ces nominations comme «l'une des choses les plus importantes» de son action, «peut-être même la plus importante».

Postes vacants

À l'approche des élections législatives du 6 novembre, ces brassées de nouveaux juges galvanisent les électeurs conservateurs.

Les chrétiens évangéliques et les républicains traditionalistes avaient pourtant observé avec scepticisme l'ascension de Donald Trump, un milliardaire marié à trois reprises qui n'était pas connu pour sa ferveur religieuse.

Lors de la campagne présidentielle de 2016, il a pourtant gagné leur soutien en promettant de nommer à la Cour suprême des juges opposés à l'avortement et favorables au port d'arme à feu, et plus globalement de choisir des juges ayant une approche conservatrice du droit.

À son arrivée au pouvoir, il a pu s'appuyer sur un Sénat dominé par les républicains qui, de 2014 à 2016, avait bloqué les candidats présentés par Barack Obama, si bien que 107 postes de juges étaient vacants.

Profitant d'un abaissement du seuil requis (majorité simple contre majorité des trois cinquièmes jusqu'en 2013), les sénateurs républicains ont alors confirmé quasiment tous les magistrats choisis par le nouveau président.

Un candidat a toutefois dû jeter l'éponge à cause de ses lacunes juridiques, quand un autre a renoncé après la découverte d'anciens écrits favorables au Ku Klux Klan.

«Bourrer les tribunaux»

Les sénateurs républicains pourraient toutefois perdre leur majorité lors du scrutin du 6 novembre. Il ne leur resterait alors que deux mois avant l'entrée en fonction des nouveaux élus pour confirmer la cinquantaine de juges en attente.

Ils viennent donc d'enclencher la vitesse supérieure, faisant fi des usages en vigueur à la chambre. Quinze juges ont été confirmés d'un coup à la mi-octobre juste avant que le Sénat ne se mette en congé.

Et la commission judiciaire du Sénat continue d'auditionner les candidats de Donald Trump malgré l'interruption de la session parlementaire.

«La commission judiciaire est la seule qui mène encore des auditions», a déploré mercredi la sénatrice Dianne Feinstein, après que des juges choisis par Donald Trump eurent été entendus en présence de... deux sénateurs.

«Les républicains bafouent toutes les règles pour bourrer les tribunaux avec des candidats jeunes et idéologues qui vont affaiblir les droits et les protections des Américains pendant des années,» a regretté cette figure démocrate du Sénat.

S'il garde le contrôle de cette chambre, Donald Trump pourrait aller beaucoup plus loin. Plus de 150 postes de juges fédéraux sur 860 devraient être à pourvoir d'ici la fin de son mandat.