Les enquêteurs du FBI s'intéressent à Michael Cohen (photo) dans le cadre de l'enquête russe, confiée au procureur spécial Robert Mueller, mais on ignore pour quelles raisons précises.

Soupçons croissants contre l'avocat de Trump

WASHINGTON — L'avocat personnel de Donald Trump, Michael Cohen, apparaissait fragilisé mercredi par des révélations montrant qu'il a touché des centaines de milliers de dollars, notamment d'un oligarque russe et de sociétés cherchant un accès privilégié à la Maison-Blanche.

Quel point commun y a-t-il entre le laboratoire pharmaceutique suisse Novartis, l'opérateur de télécoms AT&T et l'homme d'affaires Viktor Vekselberg, proche du Kremlin? Les trois figurent comme contributeurs des comptes bancaires de M. Cohen.

Le fait que ces paiements aient été adressés à une société-écran fondée par l'avocat ajoute à l'opacité de l'affaire et accentue les suspicions visant le juriste sous enquête pénale.

Jusqu'à cette semaine, M. Cohen, 51 ans, était surtout connu pour avoir acheté le silence de Stormy Daniels, la vedette de films X qui affirme avoir eu une liaison avec M. Trump.

On sait que les enquêteurs du FBI s'intéressent à lui dans le cadre de l'enquête russe, confiée au procureur spécial Robert Mueller, mais on ignore pour quelles raisons précises.

Documents saisis par le FBI

Le cabinet de l'avocat new-yorkais, qui s'est dit prêt à se prendre une balle à la place du président, a été perquisitionné le mois dernier, les policiers saisissant de nombreux documents.

Ces pièces à conviction sont peut-être bien liées aux paiements dévoilés par Michael Avenatti, l'avocat de Stormy Daniels.

Les sommes ont été virées au bénéfice d'Essential Consultants, un cabinet de conseil créé en octobre 2016 par Michael Cohen grâce auquel il a payé 130 000 dollars à Stormy Daniels, remboursés ensuite par M. Trump.

AT&T a reconnu mardi soir avoir engagé Michael Cohen début 2017 afin d'avoir des informations privilégiées sur les rouages internes de la Maison-Blanche.

La société cherche à acquérir le groupe de médias Time Warner, pour 85 milliards de dollars, une opération à laquelle s'oppose le gouvernement américain.

Selon Michael Avenatti, M. Cohen a reçu aussi 500 000 dollars de la firme d'investissement Columbus Nova, branche américaine du groupe russe Renova dirigé par Viktor Vekselberg.

Ce dernier figure sur une liste d'oligarques proches de Vladimir Poutine sanctionnés début avril par Washington, en réponse à l'empoisonnement d'un ancien espion russe à Londres.

À vendre: accès au président

M. Vekselberg était présent à la cérémonie d'investiture de Donald Trump, dont l'équipe de campagne est soupçonnée de s'être entendue avec Moscou pour influencer le résultat de la présidentielle 2016.

M. Avenatti accuse l'avocat personnel de Trump d'avoir indûment touché d'importantes sommes en échange de contreparties grâce à son accès à la Maison-Blanche.

«Michael Cohen ne devrait pas monétiser l'accès au président des États-Unis», a-t-il déclaré à CNN.

«Cela semble être le scénario typique de l'acte de soudoyer, dans lequel vous avez une personne proche d'un homme politique, en l'espèce le président des États-Unis ce qui est très rare, qui vend une mise en contact potentielle», a estimé M. Avenatti.

«Je ne crois pas que (M. Cohen) soit déclaré, comme il devrait l'être, en tant que représentant d'agents ou d'intérêts étrangers. C'est grave. Il a bien dû recevoir cet argent pour une raison», a poursuivi l'avocat.

Au final, M. Cohen, surnommé le «pitbull» de la tour Trump, se retrouve donc plongé au cœur d'un chaudron où mijote un sacré ragoût, composé d'infidélité conjugale présumée, de versements louches et de lobbying politique frisant apparemment la corruption.

Il semble plus que jamais sur la sellette. Certains prédisent son proche «retournement», c'est-à-dire sa coopération dans l'enquête russe en échange d'une indulgence du procureur.

Samedi soir, l'émission satirique Saturday Night Live a montré un Michael Cohen aux abois, interprété par le comédien Ben Stiller. On le voit appeler le président Trump sur une ligne écoutée par le FBI.

«Comment tiens-tu le coup en prison ?» lui demande le faux président, joué par Alec Baldwin. «Je ne suis pas en prison», répond l'avocat. «Bah, c'est l'affaire de deux semaines», rétorque M. Trump.