La place Naghch-e Djahan, dans le centre historique de la ville d’Ispahan, en Iran, est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Le président Trump menace de frapper des sites culturels iraniens si la République islamique réagit militairement pour venger la mort du puissant général Qassem Soleimani.

Sites culturels iraniens menacés: Trump persiste et signe

WASHINGTON — Donald Trump a réaffirmé dimanche soir sa menace de frapper des sites culturels iraniens, malgré le tollé provoqué en Iran comme aux États-Unis où de nombreuses voix l’accusent de vouloir perpétrer un «crime de guerre».

Son chef de la diplomatie, Mike Pompeo, avait pourtant passé la matinée à marteler que les États-Unis respecteraient «le droit international» en cas de représailles contre Téhéran.

Mais loin de se rétracter, le président américain a revendiqué ses propos dans la soirée.

«On leur permet de tuer les nôtres. On leur permet de torturer et de mutiler les nôtres. On leur permet d’utiliser des bombes pour faire exploser les nôtres. Et on n’a pas le droit de toucher leurs sites culturels? Ça ne marche pas comme ça», a-t-il déclaré à des journalistes à bord de l’avion présidentiel Air Force One.

La polémique est née d’un tweet dans lequel Donald Trump menaçait de viser 52 sites si la République islamique réagissait militairement pour venger la mort du puissant général Qassem Soleimani, tué vendredi en Irak par une frappe américaine.

Ces 52 sites — en hommage symbolique au nombre d’Américains retenus en otages, à partir de la fin de 1979, à l’ambassade des États-Unis à Téhéran— sont «de très haut niveau et très importants pour l’Iran et pour la culture iranienne», avait-il souligné.

Dans une tournée frénétique des grandes matinales médiatiques américaines, Mike Pompeo s’était ensuite employé à souligner, sans contredire ouvertement le président américain, que Washington respecterait le «cadre de la loi».

«Les Américains doivent savoir que nous les défendrons toujours et nous le ferons en respectant le droit international et la Constitution américaine», a-t-il lancé sur CNN. Sur ABC, il a renchéri que «toute cible que nous pourrions frapper serait une cible légale», sans préciser les sites déjà identifiés.

Menace «immorale» 

Viser des sites culturels constituerait un «crime de guerre», ont réagi non seulement le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif mais aussi, aux États- Unis, experts juridiques, anciens diplomates et membres de l’opposition démocrate.

Des internautes postaient des images de lieux historiques emblématiques de l’Iran, qui compte une vingtaine de sites classés au patrimoine mondial par l’UNESCO, dont l’ancienne ville de Bam ou le vieux bazar de Tabriz.

Pour Nicholas Burns, ambassadeur américain à l’OTAN sous le président républicain George W. Bush, la menace de Donald Trump «est immorale et va à l’encontre des valeurs américaines».

Aujourd’hui professeur à l’université de Harvard, il a souligné que l’administration Trump avait soutenu une résolution destinée à empêcher le groupe État islamique (EI) de détruire des sites du patrimoine mondial, comme la cité antique de Palmyre, en Syrie.

Mohammad Javad Zarif a justement établi un parallèle entre les menaces de Donald Trump et l’EI.

«Un rappel à ceux qui hallucinent en rêvant d’imiter les crimes de guerre de l’EI en ciblant notre héritage culturel : durant des millénaires au cours de notre histoire, des barbares sont venus et ont ravagé nos villes, rasé nos monuments et brûlé nos bibliothèques», a-t-il tweeté.

«Où sont-ils aujourd’hui? Nous sommes toujours là.»

D’autres comparaient ces menaces à la destruction, par les talibans en mars 2001, des bouddhas géants de Bamiyan en Afghanistan.

La sénatrice Elizabeth Warren, bien placée dans la primaire démocrate devant désigner le candidat qui défiera Donald Trump lors de la présidentielle de novembre, a répondu directement au message du président sur Twitter:

«Vous menacez de commettre des crimes de guerre. Nous ne sommes pas en guerre avec l’Iran. Les Américains ne veulent pas d’une guerre avec l’Iran.»

Mais un ancien haut responsable américain s’est montré plus sceptique.

«Il me semble difficile de croire que le Pentagone fournisse à Trump des cibles qui incluraient des sites culturels iraniens», a tweeté Colin Kahl, ancien conseiller sur les questions de sécurité du vice-président démocrate Joe Biden.

«Trump se fiche peut-être des lois de la guerre, mais pas les responsables et avocats du (ministère de la Défense)... Or viser des sites culturels constitue un crime de guerre.»

+

L’IIAK MENACÉE DE SANCTIONS SI LES TROUPES AMÉRICAINES DOIVENT PARTIR

WASHINGTON — Donald Trump a menacé dimanche l’Irak de «très fortes» sanctions si les troupes américaines étaient contraintes de quitter le pays, après le vote dimanche du Parlement irakien pour réclamer leur expulsion.

«S’ils nous demandent effectivement de partir, si nous ne le faisons pas sur une base très amicale, nous leur imposerons des sanctions comme ils n’en ont jamais vu auparavant», a déclaré le président américain à bord d’Air Force One, de retour de Floride où il était en vacances.

«Elles feront apparaître les sanctions contre l’Iran comme presque faibles», a-t-il ajouté.

«Nous avons une base aérienne extraordinairement chère là-bas. Elle a coûté des milliards de dollars à construire. Nous ne partirons pas s’ils ne nous remboursent pas», a-t-il encore dit.

Le Parlement irakien a demandé dimanche au gouvernement de «mettre fin à la présence des troupes étrangères» en Irak, lors d’une séance extraordinaire en présence du premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi.

Le président américain a par ailleurs une nouvelle fois menacé Téhéran de «représailles majeures» en cas d’attaque iranienne contre des installations américaines au Moyen-Orient en réponse à l’élimination par les États-Unis du général iranien Qassem Soleimani.

«S’ils font quoi que ce soit, il y aura des représailles majeures», a-t-il déclaré.

La réponse de l’Iran à l’assassinat du général Qassem Soleimani «sera assurément militaire et contre des sites militaires», a affirmé un conseiller du guide suprême iranien, le général de brigade Hossein Dehghan, dans une entrevue accordée dimanche à CNN.