Les pays qui se disent champions de la démocratie, des droits humains et de la liberté font-ils preuve d’hypocrisie en soutenant de façon si enthousiaste des régimes parmi les plus corrompus, antidémocratiques et brutaux au monde? À gauche, le président français Emmanuel Macron avec le dictateur Paul Biya et à droite, le président américain Donald Trump avec le prince Mohamed Ben Salmane.

Paul et Mohamed: métier dictateur!

Jean-Marc Lord (Collaboration spéciale) Comité de Solidarité/Trois-Rivières L’élection fédérale du 21 octobre dernier au Canada est un bon prétexte pour parler de l’état de la démocratie dans le monde. Selon l’organisme étatsunien Freedom House, environ 50 % de l’humanité vit au sein d’États où il n’y a pas de démocratie. Dictatures, royaumes autoritaires ou régimes à parti unique sévissent dans de nombreux États, parfois malheureusement, avec l’appui de pays qui se disent pourtant «champions» de la démocratie et de la liberté, dont les États-Unis, le Canada ou la France. Voyons ce qu’il en est dans deux pays en particulier.

Le Cameroun de Paul Biya

Ancienne colonie française, le Cameroun est dirigé depuis 37 ans (1982) par Paul Biya. Qualifié de «dictature conviviale», le Cameroun de Biya est un État où se pratiquent couramment la censure des médias, les arrestations arbitraires, les truquages d’élections et la corruption. Tout est mis en place pour assurer au clan Biya, (famille et amis) la mainmise des ressources et des richesses du territoire. Pays d’une importance stratégique vitale pour la France en Afrique, le Cameroun est choyé par Paris qui déroule le tapis rouge au vieux président Biya à chacune de ses visites en France. Pas étonnant, puisque les multinationales qui exploitent les richesses du Cameroun sont majoritairement françaises et que les armes qu’utilise le régime Biya pour se maintenir en place proviennent aussi en grande partie de la France. Nation dont la devise est «Liberté, Égalité, Fraternité», la France n’hésite pourtant pas à soutenir sans réserve la dictature et à fermer les yeux sur les pires violations aux droits humains quand il s’agit de préserver ses intérêts économiques et stratégiques à l’étranger.

L’Arabie Saoudite de Mohamed Ben Salmane

MBS, comme on le surnomme couramment, dirige d’une main très ferme le Royaume d’Arabie Saoudite. Non seulement les Saoudiens n’ont-ils rien à dire sur la façon de gérer leur pays, mais les femmes y sont aussi victimes d’une double oppression. Juridiquement, elles sont d’éternelles mineures et doivent constamment vivre sous la tutelle de leur mari, d’un frère, voire de leur fils à la mort du mari. Dans ce royaume d’un autre âge, antidémocratique, sans liberté d’expression et brutal, on applique la peine de mort, par décapitation au sabre ou lapidation pour l’homosexualité, l’adultère, le vol. Il faut se rappeler du blogueur Raif Badawi, condamné à 1000 coups de fouet simplement pour avoir critiqué le régime. 

Quant au journaliste Jamal Khashoggi, on se souvient aussi qu’il a été tué et démembré dans le bâtiment de l’ambassade saoudienne de Turquie l’année dernière. Très probablement sur l’ordre de MBS lui-même. Assis confortablement sur les milliards de dollars que lui procurent ses immenses réserves de pétrole, le Prince Ben Salmane peut aussi compter sur le soutien enthousiaste des États-Unis, pays qui incarne pourtant la démocratie moderne et la liberté. Quant au Canada, où la démocratie et la liberté sont aussi des principes fondamentaux inscrits dans la constitution, il continue à vendre des armes aux Saoudiens qui s’en servent probablement pour réprimer les populations chiites opposées au régime ou pour leur guerre au Yémen, y semant destruction, mort, et chaos.

Ces deux exemples ne sont malheureusement que la pointe de l’iceberg. Selon de nombreuses organisations comme Amnistie internationale, Oxfam, ou International Transparency, la mondialisation de l’économie devrait au moins s’accompagner d’une mondialisation des droits humains et de la démocratie. En d’autres termes, l’argent ne justifie pas tout. Les pays libres et démocratiques devraient en conséquence éviter de faire des «affaires» et de se montrer conciliants avec des régimes autoritaires et barbares.

Pour en savoir plus: www.cs3r.org