Mme Bibi était détenue en isolement cellulaire depuis huit ans en attendant son éventuelle exécution pour avoir insulté le prophète Mahomet.

Ottawa interpellé après l’acquittement controversé d’une catholique au Pakistan

MONTRÉAL - Quelques jours après que la condamnation à mort d’une femme pour blasphème eut été cassée au Pakistan, ses proches interpellent le premier ministre canadien, en quête d’une terre d’accueil.

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L’Association chrétienne pakistano-britannique, qui a longtemps milité pour la libération d’Asia Bibi, a transmis à La Presse canadienne une vidéo présentée comme un enregistrement du mari et du beau-frère de la dame.

Les deux hommes demandent à Justin Trudeau, de même qu’au président américain, Donald Trump, et à la première ministre britannique, Theresa May, d’aider leur famille à fuir la persécution dont elle est victime au Pakistan.

L’époux de Mme Bibi, Ashiq Masih, avait précédemment affirmé en entrevue téléphonique avec l’Associated Press que sa femme et lui craignaient plus que jamais pour leur vie. Leur avocat, Saiful Malook, a déjà quitté le pays pour sa propre sécurité.

La Cour suprême du Pakistan avait provoqué une vague de contestation, mercredi, en acquittant Asia Bibi, qui est catholique, de l’accusation de blasphème qui pesait contre elle et en ordonnant sa remise en liberté.

Mme Bibi était détenue en isolement cellulaire depuis huit ans en attendant son éventuelle exécution pour avoir insulté le prophète Mahomet.

Elle avait été arrêtée en 2009 à la suite d’une querelle avec deux de ses collègues qui refusaient de boire la même eau qu’une catholique. On lui avait ensuite reproché d’avoir insulté le prophète de l’islam, ce que sa famille a toujours nié.

À la suite de son acquittement par le plus haut tribunal du Pakistan mercredi, des islamistes radicaux ont tenu trois jours de manifestations, mettant le feu à des véhicules, bloquant des routes et vandalisant des propriétés gouvernementales.

Le leader religieux Afzal Qadri a même menacé de tuer les trois juges ayant rendu la décision. Le gouvernement pakistanais a calmé le jeu en imposant à Asia Bibi une interdiction de voyager et en permettant que son dossier soit de nouveau examiné.

Dans sa quête pour trouver une terre d’accueil à Mme Bibi et à sa famille, l’Association chrétienne pakistano-britannique s’est également adressée à la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et à des députés tant libéraux que conservateurs.

Dans un courriel transmis dimanche, l’Association a fait valoir que la pertinence de la demande d’asile d’Asia Bibi et de ses proches était évidente en raison des «hordes de gens qui réclament encore sa pendaison pour un geste allégué qui n’est pas considéré comme un crime dans tout pays qui respecte et qui valorise la liberté de religion et de croyance».

Affaires mondiales Canada n’a fourni aucun détail, dimanche, sur la nature des démarches entreprises au nom d’Asia Bibi, mais a néanmoins fait part de son soulagement relativement à son acquittement.

«Nous exhortons le gouvernement du Pakistan à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité d’Asia Bibi et de sa famille», a déclaré le porte-parole Brendan Sutton.