Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, quittera ses fonctions à la fin du mois de février, a annoncé le président Donald Trump, jeudi.

Mattis rend les armes, mais recadre Trump

WASHINGTON — Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a démissionné de son poste, après un affrontement avec le président sur le retrait des troupes américaines de la Syrie et de profondes divergences quant à la façon de Donald Trump d'aborder les affaires internationales.

M. Trump a annoncé jeudi sur Twitter que l'ancien général quitterait ses fonctions en février et que son successeur serait nommé prochainement.

James Mattis était probablement l'un des responsables de l'administration Trump les plus respectés en matière de politique étrangère. Au cours des deux années de son mandat, il s'était notamment employé à modérer les positions intransigeantes et souvent fluctuantes du président.

L'annonce de sa démission est survenue au lendemain de la décision inattendue de M. Trump de retirer les forces américaines qui combattent Daech (le groupe armé État islamique) en Syrie, à la surprise des membres du Congrès et des alliés internationaux des États-Unis.

Dans sa lettre de démission, le secrétaire à la Défense fait allusion à ses désaccords avec M. Trump pour expliquer son départ.

La décision de retirer les troupes américaines de Syrie est considérée par certains comme un abandon des alliés kurdes des États-Unis, qui risquent de faire face à un assaut de la Turquie après le départ des soldats américains.

M. Mattis affirme aussi dans sa lettre l'importance de défendre les alliés des États-Unis, dans une critique implicite de la décision du président.

«Bien que les États-Unis demeurent un pays indispensable du monde libre, nous ne pouvons protéger nos intérêts ni jouer ce rôle de façon efficace sans maintenir de fortes alliances et faire preuve de respect envers ces alliés», a-t-il écrit.

«La force de notre nation est inextricablement liée à la force de notre système unique et complet d’alliances et de partenariats», écrit le chef du Pentagone, rappelant au président que «les 29 démocraties de l’Otan ont démontré la solidité de leur engagement en combattant à nos côtés après les attaques du 11 septembre contre l’Amérique».

La coalition antijihadiste, qui regroupe 74 pays et combat le groupe État islamique (EI) en Irak et en Syrie, en est une autre preuve, ajoute cet ancien général des Marines de 68 ans, ancien combattant des guerres en Irak et en Afghanistan, qui n’a jamais prononcé un discours sans rappeler s’être toujours battu avec des alliés à ses côtés.

Dans sa missive d’une page et demie, rendue publique par le Pentagone, M. Mattis énumère ses convictions, impliquant qu’elles diffèrent totalement de celles du président, sans toutefois mentionner explicitement le retrait de Syrie.

«Comme vous, j’ai dit depuis le début que les forces armées des États-Unis n’avaient pas pour vocation à être le gendarme du monde», poursuit-il, en référence à la justification par M. Trump de retirer au plus vite les 2000 soldats américains déployés en Syrie.

«Respect»

Mais «il faut traiter les alliés avec respect», souligne M. Mattis alors que les alliés des États-Unis en Syrie, les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde considérée comme «terroriste» par la Turquie, vont se retrouver à découvert une fois l’armée américaine partie de Syrie.

«Nous devons faire tout notre possible pour favoriser un ordre international propice à notre sécurité, notre prospérité et nos valeurs, et nous sommes renforcés dans cet effort par la solidarité de nos alliances», insiste le ministre démissionnaire, qui a choisi de quitter ses fonctions fin février, après une réunion ministérielle de l’Otan à Bruxelles.

«De même, je suis convaincu qu’il nous faut être résolus et sans ambiguïté dans notre approche envers les pays dont les intérêts stratégiques sont de plus en plus opposés aux nôtres», ajoute-t-il, citant la Russie et la Chine.

Le retrait des troupes américaines stationnées en Syrie laissera le champ libre à la Russie, qui ne cache pas sa satisfaction.

«Parce que vous avez le droit d’avoir un ministre de la Défense dont les vues sont mieux alignées sur les vôtres (...) je pense que me retirer est la bonne chose à faire», écrit l’ancien général des Marines, qui «s’engage à faire tous les efforts pour assurer une transition en douceur».

Les propos de M. Mattis et son travail à la tête de l’armée américaine ont été salués par la classe politique américaine.

«Le général Mattis donnait au président un avis qu’il aurait dû entendre», a tweeté le sénateur républicain Ben Sasse. «L’isolationnisme est une stratégie faible qui va nuire aux Américains.»

«Je pense que tout le monde dans le pays devrait lire cette lettre de démission», a commenté de son côté la démocrate Nancy Pelosi. «C’est une lettre d’un grand patriotisme, de respect pour le président, mais aussi pour ses propres valeurs», a-t-elle ajouté.