James Mattis s'adresse à la presse durant l'annonce du budget de la Défense.

Mattis obtient son budget «record», signe de son influence sur Trump

WASHINGTON — En obtenant vendredi de Donald Trump un budget en forte hausse, le ministre de la Défense Jim Mattis a remporté une victoire importante malgré, le récent départ de ses deux principaux alliés au sein du gouvernement, Rex Tillerson et H.R. McMaster.

«J’ai envisagé très sérieusement le veto», a déclaré M. Trump après avoir signé de mauvaise grâce la loi de financement de l’État fédéral.

«J’ai pensé à opposer mon veto, mais j’ai changé d’avis à cause des gains incroyables qu’on a pu faire pour le financement de l’armée», a ajouté le président américain. «C’était une question de sécurité nationale».

M. Trump avait commencé la journée par un tweet dans lequel il menaçait d’opposer son veto à ce budget de compromis.

Selon la chaîne conservatrice Fox News, M. Mattis, qui pressait le Congrès depuis des semaines de financer au plus vite la Défense, a aussitôt appelé la Maison-Blanche pour prévenir la présidence des risques de perdre toutes les hausses de budget prévues pour son ministère (environ 60 milliards de dollars).

Puis il s’est rendu en personne à la Maison-Blanche en milieu de matinée et, lorsque le président a finalement signé le document en tout début d’après-midi, M. Mattis était à ses côtés.

La loi de finances accorde à la Défense plus de la moitié des dépenses du gouvernement pour l’année budgétaire 2018 (octobre 2017-septembre 2018), soit 700 milliards $. Des dizaines de milliards de crédits supplémentaires par rapport à 2017 sont prévus pour l’achat d’équipements, et une hausse de 2,4% de la solde des militaires.

Budget «record»

«C’est un record», a affirmé fièrement M. Trump, avant de donner la parole à son ministre de la Défense. L’ex-général des Marines, qui évite soigneusement les caméras pour éviter toute friction avec l’irascible président, a brièvement remercié le Congrès et promis que chaque dollar serait dépensé «à bon escient».

«Nous avons obtenu le plus gros budget militaire de l’histoire, après plusieurs années de déclin et de financements imprévisibles», a-t-il confirmé. «Et nous aurons une armée plus forte que jamais».

Si l’on tient compte de l’inflation, le budget 2018 du Pentagone est pourtant bien inférieur à celui de 2007, qui s’élevait à 666 milliards de dollars d’alors, soit environ 785 milliards, inflation comprise.

Mais il va notamment permettre des investissements en suspens depuis plusieurs années, notamment dans la NAVY, sur-sollicitée sur les théâtres étrangers, et l’US Air Force, qui perd ses pilotes à grande vitesse car ils vont chercher des salaires plus attractifs dans le privé.

La loi de finance «va financer l’achat de navires, d’avions, d’hélicoptères, de chars et de sous-marins», a souligné M. Trump.

Surtout, en intervenant rapidement pour convaincre le président de signer un document qu’il n’aimait pas, M. Mattis a prouvé qu’il avait encore de l’influence au lendemain de l’annonce brutale du renvoi du conseiller à la sécurité nationale, H.R. McMaster, et son remplacement par le très conservateur John Bolton, ancien ambassadeur des États-Unis à l’ONU.

Le départ de M. McMaster suivait de quelques jours celui du chef de la diplomatie Rex Tillerson, également remplacé par un «faucon» partisan d’une ligne dure sur la Corée du Nord ou l’Iran. Le chef du Pentagone, isolé dorénavant, a fait savoir à de nombreuses reprises qu’il était favorable à la diplomatie.