Maduro investi pour un second mandat dans un Venezuela en crise

Le président Nicolas Maduro a prêté serment jeudi pour un second mandat de six ans à la tête du Venezuela, considéré comme illégitime par une partie de la communauté internationale, dans un pays rongé par une crise profonde et toujours plus isolé.

«Je jure, au nom du peuple vénézuélien […] je jure sur ma vie», a déclaré M. Maduro qui a reçu l'écharpe présidentielle des mains du président du Tribunal suprême de justice (TSJ), affilié au régime, lors d'une cérémonie à Caracas.

Le chef de l'État, 56 ans, n'a pas prêté serment devant le Parlement, seule institution aux mains de l'opposition.

Peu avant, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton, a indiqué que les États-Unis ne reconnaîtraient pas "l'investiture illégitime de la dictature Maduro". "Nous continuerons d'augmenter la pression sur ce régime corrompu, de soutenir l'Assemblée nationale démocratique et d'appeler à la liberté et la démocratie au Venezuela", a tweeté John Bolton.

L'Organisation des États américains (OEA) doit tenir une session extraordinaire jeudi sur la situation dans le pays sud-américain.

L'Union européenne (UE) et les pays du Groupe de Lima -qui rassemble depuis 2017 des pays d'Amérique latine et le Canada- ont également annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas le deuxième mandat du président vénézuélien, réélu le 20 mai lors d'un scrutin boycotté par l'opposition.

Ni l’Union européenne ni les pays du Groupe de Lima, à l'exception du Mexique, n'ont envoyé de représentants pour assister à la cérémonie, à laquelle participent les présidents de la Bolivie, de Cuba, du Salvador, du Nicaragua et des représentants de pays alliés comme la Chine, la Russie et la Turquie.

Héritier politique de l'ex-président Hugo Chávez (1999-2013), l'ancien chauffeur de bus et ancien syndicaliste gouverne d'une main de fer, appuyé par une Assemblée constituante composée de fidèles du régime et soutenu par les militaires, auxquels il a donné un énorme pouvoir économique.

Agonie et prospérité

Dans les rues de Caracas, la désespérance et la résignation sont palpables, alors que de nombreux Vénézuéliens sont asphyxiés par la plus grave crise économique de l'histoire moderne du pays, pourtant doté des plus grandes réserves de pétrole au monde.

"Cela va prolonger encore davantage l'agonie que nous vivons ces dernières années. Tout s'est profondément dégradé, les biens et les services de base sont chaque jour plus inaccessibles", se lamente Mabel Castillo, une infirmière de 38 ans.

La débâcle économique devrait encore s'aggraver, selon plusieurs experts. Outre les pénuries d'aliments et de médicaments, les Vénézuéliens doivent faire face à une hyperinflation qui, selon le FMI, atteindra 10 millions de % en 2019.

Et l'exode le plus important de l'histoire récente d'Amérique latine devrait se poursuivre: l'ONU estime que 2,3 millions de Vénézuéliens ont déjà fui leur pays depuis 2015, et prévoit que ce chiffre grimpe à 5,3 millions en 2019.

Sous le mandat de Nicolas Maduro, l'économie s'est réduite de moitié et le pays devrait encore connaître un repli de 5% en 2019 selon le FMI.

La production de pétrole, qui représente 96% des revenus, a chuté à 1,4 million de barils/jour, niveau le plus bas depuis 30 ans.

Mais le président a promis la prospérité : «Je m'engage à réaliser tous les changements nécessaires au Venezuela pour la prospérité économique», a-t-il déclaré mercredi.

Opposition divisée

La réélection de Nicolas Maduro a donné lieu à une succession de sanctions des États-Unis et de l'UE contre le chef de l'État et le premier cercle du pouvoir.

Parallèlement, les analystes prévoient une plus grande pression sur son gouvernement alors que les pouvoirs conservateurs se multiplient en Amérique latine.

Mercredi, M. Maduro a menacé les pays du Groupe de Lima de représailles diplomatiques s'ils ne revenaient pas dans les 48 heures sur leur position.

Avec l'appui de Washington, et à l'exception du Mexique, le Groupe de Lima a exhorté le 4 janvier Nicolas Maduro à renoncer à son deuxième mandat et à transférer les pouvoirs au Parlement. Un encouragement à mener un coup d'État a dénoncé Caracas.

Samedi, le Parlement, qui a salué la déclaration du Groupe de Lima, s'est déclaré seul pouvoir légitime, annonçant qu'il allait former un gouvernement de transition.

Pour les analystes, aucun changement n'est cependant à attendre, avec une opposition diminuée et fracturée, une population qui a peur de se mobiliser et préfère quitter le pays.

«Si le début du nouveau mandat accentue légèrement l'isolement (du gouvernement), il est peu probable que cela modifie significativement la dynamique de la politique interne», estime le cabinet Eurasia Group.

Face à la menace d'un isolement plus grand et d'une poursuite des sanctions, Nicolas Maduro s'est aussi rapproché davantage de ses alliés, parmi lesquels l'Iran et la Corée du Nord.

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CHRYSTIA FREELAND DÉNONCE LA «DICTATURE» DE NICOLAS MADURO AU VENEZUELA 

OTTAWA — La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a déclaré que l'investiture du président vénézuélien Nicolas Maduro, jeudi, a totalement établi sa dictature.

Les remarques de Mme Freeland alignent le Canada sur la communauté internationale en condamnant la victoire électorale de M. Maduro, jugée frauduleuse et illégitime.

Mme Freeland affirme que «la souffrance du peuple vénézuélien ne fera qu'empirer s'il continue de s'accrocher au pouvoir illégitimement».

Le Canada a pris des mesures pour limiter ses relations diplomatiques avec le Venezuela et a imposé des sanctions à 70 responsables du régime.

La crise politique et économique du Venezuela a forcé trois millions de personnes à fuir le pays à la recherche de nourriture, de soins de santé et d'autres services de base depuis 2015.

Le Canada a fourni une aide humanitaire de 2,2 millions $ au Venezuela et est membre du Groupe de Lima qui tente d'exercer des pressions internationales sur le pays sud-américain.

Nicolas Maduro a été assermenté jeudi pour un second mandat.

En plus du Canada, 17 gouvernements d'Amérique latine et les États-Unis ont rejeté la légitimité du prochain mandat de M. Maduro. La plupart des pays d'Europe et d'Amérique latine n'ont pas envoyé de représentants à l'assermentation.

Mais le président cubain Miguel Diaz-Canel, le président bolivien Evo Morales et le président d'une région séparatiste de la Géorgie Anatoli Bibilov ont été parmi les rares dirigeants étrangers à avoir assisté à la cérémonie, à la Cour suprême du pays.

Dans un discours prononcé après son assermentation, M. Maduro a affirmé que 94 pays avaient envoyé des représentants à son inauguration. Il a promis de poursuivre l'héritage du défunt président Hugo Chavez et a accusé les États-Unis d'essayer de déclencher des troubles par le biais de sanctions économiques croissantes.

«Le Venezuela est au centre d'une guerre mondiale menée par les impérialistes nord-américains et ses alliés», a déclaré Nicolas Maduro, un ancien chauffeur d'autobus. «Ils ont essayé de transformer une inauguration normale en une guerre mondiale.»

Nicolas Maduro, 56 ans, nie être un dictateur et blâme souvent le président Donald Trump, qu'il accuse d'avoir mené une guerre économique destructrice contre le Venezuela.