Sur cette photo datant d'octobre 2016, on aperçoit Emmanuel Macron (alors candidat à la présidence) et à sa droite son chef de la sécurité, Alexandre Benalla

Macron embarrassé par un collaborateur violent

PARIS — Une polémique sur les violences commises par un collaborateur du président français Emmanuel Macron continuait d’enfler vendredi, au risque d’éclabousser le sommet de l’État, avec plusieurs gardes à vue, mais aussi l’audition révélée du directeur de cabinet de M. Macron, resté silencieux, malgré la pression croissante.

Mis en cause après la diffusion de vidéos le montrant frappant un manifestant le 1er mai, Alexandre Benalla, un proche du chef de l’État et adjoint de son chef de cabinet, a été placé en garde à vue vendredi, et son licenciement a été annoncé par la présidence pour tenter d’endiguer le scandale.

Cette garde à vue a été décidée pour des faits de violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public, usurpation de fonctions, port illégal d’insignes réservés à l’autorité publique et complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection, a-t-on appris de source judiciaire.

Le 1er mai, M. Benalla était invité comme observateur dans le dispositif policier pour encadrer les défilés de la fête du Travail, mais il a été filmé en train de frapper des manifestants.

Le palais présidentiel de l’Élysée, mis au courant dès le lendemain, l’a mis à pied et l’histoire en serait probablement restée là si elle n’avait pas été dévoilée mercredi par le quotidien Le Monde, provoquant une vague d’indignation.

Depuis, révélations et réactions s’enchaînent: trois policiers, dont deux hauts gradés, ont été suspendus pour avoir transmis à M. Benalla des images de vidéosurveillance, ce que le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a «lourdement» condamné.

Un gendarme réserviste qui était avec M. Benalla lors des faits a lui aussi été placé en garde à vue.

Surtout, le directeur de cabinet du président, Patrick Strzoda, a été entendu jeudi comme témoin, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier.

En sus de l’enquête préliminaire de la justice, une autre, administrative, a été lancée jeudi par la police des polices et une dernière par l’Assemblée nationale.

Le Monde a par ailleurs affirmé vendredi que M. Benalla disposait d’un «prestigieux logement de fonction», dans un quartier chic de Paris, et d’une voiture avec chauffeur.

L’affaire risque de dégénérer en scandale d’État et d’emporter la promesse d’une «République exemplaire» faite par Emmanuel Macron. C’est «la plus grave crise à laquelle Emmanuel Macron est confronté depuis le début de son quinquennat», en 2017, a estimé le quotidien Le Parisien.

«Affaire d’État»

Car si M. Benalla a été suspendu sans salaire pendant deux semaines en mai, soit la sanction «la plus grave» pour un chargé de mission à l’Élysée, selon le porte-parole de la présidence, la justice n’a elle été saisie qu’une fois la vidéo des violences mises en ligne par Le Monde.

Ce, alors que «tout officier public ou fonctionnaire» est obligé de dénoncer à la justice des faits délictuels.

Des députés ont accusé vendredi le ministre de l’Intérieur de «mensonges», après de nouvelles informations de presse laissant entendre que M. Collomb était au courant des violences de M. Benalla.

«Est-ce qu’il a encore la capacité à être ministre de l’Intérieur?» s’est demandé Olivier Faure, le patron du Parti socialiste (opposition).

Pour le numéro un des députés LR (droite, opposition), Christian Jacob, «le coeur de l’État [...] est atteint».

«C’est une affaire d’État incontestablement», a renchéri Éric Coquerel, député LFI (gauche radicale).

En fin de journée le premier ministre Édouard Philippe a appelé à la «responsabilité» face à «l’obstruction parlementaire» et la «récupération politique», alors que les parlementaires de tous les groupes d’opposition réclament de l’entendre sur ce sujet.

Le président avait fait de la moralité de la vie politique un des points forts de son quinquennat, rappelle Arnaud Benedetti, spécialiste en communication politique à l’Université Paris-Sorbonne.

«Son accession à la tête de l’État promettait une république morale, transparente, exigeante, un souffle frais», écrit-il dans le quotidien Le Figaro.

«Cette affaire marque la fin de son discours sur la République exemplaire», a abondé le président de LR Laurent Wauquiez.