Quim Torra, 55 ans, large front dégarni et forte carrure, avait défendu avec conviction la cause de l’indépendance de la Catalogne à la tribune du parlement régional en mars dernier.

L'indépendantiste pur et dur choisi par Puigdemont

BARCELONE — L’éditeur catalan Quim Torra, désigné par Carles Puigdemont pour lui succéder à la présidence de la Catalogne, est un indépendantiste pur et dur, mais sans expérience en politique.

Dès sa première entrevue vendredi après avoir été officiellement proposé comme candidat, il a annoncé que son gouvernement poursuivrait «le processus de construction de la république» de Catalogne.

Et pour marquer le caractère «exceptionnel et provisoire» de son mandat, il a ajouté qu’il décorerait la façade du siège du gouvernement d’un ruban jaune, symbole des dirigeants séparatistes en prison ou en exil.

M. Puigdemont avait été destitué de ses fonctions par le gouvernement espagnol, qui avait pris le contrôle direct de la Catalogne le 27 octobre après la tentative de sécession de cette riche région du nord-est du pays et convoqué de nouvelles élections.

Puis il avait fui l’Espagne avant le déclenchement des poursuites judiciaires qui ont conduit en prison neuf autres dirigeants séparatistes inculpés comme lui de rébellion.

Malgré son succès aux élections régionales de décembre, Carles Puigdemont a été empêché par la justice de se faire réélire comme chef de l’exécutif depuis l’étranger. Il s’est résigné jeudi à laisser la place, mais en choisissant un successeur gagné à sa cause et sans allégeance à aucun parti.

Carles Puigdemont s’est résigné jeudi à laisser la place à la présidence de la Catalogne.

Un fidèle de Puigdemont

Quim Torra «est un membre éminent de la ligne dure de l’indépendantisme», a commenté Oriol Bartomeus, professeur de Sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone.

Pour Antonio Barroso, analyste du cabinet de consultants Teneo Intelligence, Torra a un profil de «prête-nom [...] un homme très loyal à Puigdemont qui fera ce que celui-ci dira».

«C’est le candidat le plus radical qu’il pouvait trouver et le seul qui a accepté volontairement d’être sa marionnette», a lancé Ines Arrimadas, principale adversaire des indépendantistes et chef du parti libéral Ciudadanos en Catalogne.

Quim Torra, 55 ans, large front dégarni et forte carrure, avait défendu avec conviction la cause de l’indépendance de la Catalogne à la tribune du parlement régional en mars dernier.

«Pas un instant nous ne pensons renoncer, pas même d’un millimètre, à défendre la justice, la légitimité et l’honorabilité de cette cause», avait insisté le nouveau député régional.

Tweets provocateurs

En 2012, il avait été plus provocant dans des tweets effacés depuis, mais conservés par ses adversaires. «Nous sommes occupés par les Espagnols depuis 1714», avait-il écrit. «Les Espagnols ne savent que spolier.»

Il s’en est excusé vendredi. «Si quelqu’un s’est senti offensé, je demande pardon parce que ce n’était pas mon intention», a-t-il déclaré.

Le Parti socialiste catalan a regretté dans un communiqué que le bloc indépendantiste ait choisi un candidat «avec l’un des profils les plus sectaires».

Natif de la ville catalane de Blanes, sur la Costa Brava, Quim Torra a fait son entrée en politique en s’inscrivant sur la liste de Carles Puigdemont pour les élections de décembre dernier où les indépendantistes ont reconduit leur majorité en sièges.

Après une longue carrière dans la compagnie d’assurances suisse Winterthur, il avait mis à profit son indemnité de licenciement pour fonder en 2008 une maison d’édition, A Contra Vent, spécialisée dans la récupération de textes de journalistes catalans de la Seconde république espagnole (1931-1939) et en exil sous la dictature de Francisco Franco.

Il s’est alors fait un nom dans les cercles nationalistes catalans et avait fait partie de la direction de la puissance association ANC, organisatrice d’immenses manifestations indépendantistes.

Il a dirigé jusqu’en 2015 le Centre culturel du quartier barcelonais El Born, qui relayait les revendications nationalistes.

Puis il a brièvement présidé en 2015 l’association indépendantiste Omnium Cultural, avant d’en céder la présidence à Jordi Cuixart, placé depuis en détention provisoire et poursuivi pour rébellion.

+

L'AFFRONTEMENT AVEC MADRID PERSISTE

Le parlement de la Catalogne débattra samedi de l’investiture au poste de président de Quim Torra, dont l’élection permettrait de sortir de l’impasse politique, mais risque de perpétuer l’affrontement avec Madrid.

Le président du parlement catalan, Roger Torrent, a officiellement désigné candidat Quim Torra vendredi et convoqué pour samedi le débat d’investiture qui pourrait culminer lundi avec l’élection de ce dernier à une courte majorité.

Il peut compter sur 66 voix pour — 65 se prononceront contre —, mais doit s’assurer de l’abstention des quatre députés du parti indépendantiste d’extrême gauche indépendantiste Candidature d’unité populaire (CUP), qui ne voulait voter que pour Carles Puigdemont.

S’il réussit à être investi, la Catalogne récupèrera son autonomie après des mois de blocage politique. Madrid a placé la région sous tutelle fin octobre, après avoir destitué M. Puigdemont et son gouvernement dès la déclaration unilatérale d’indépendance et convoqué de nouvelles élections.

Dans un entretien télévisé vendredi, Quim Torra a promis de rétablir les orientations politiques et les organismes supprimés par le gouvernement espagnol au moment de la mise sous tutelle et d’entamer la rédaction de la Constitution de la future république catalane.

«La seule possibilité que j’envisage est d’obéir au parlement catalan», a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé s’il désobéirait à Madrid.

Tandis que Quim Torra sera chargé de la «gouvernance intérieure», Carles Puigdemont sera le «président en exil» à la tête d’un «conseil de la République».

Le premier avertissement de Madrid n’a pas tardé.

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a rappelé que l’article 155 de la Constitution, auquel il a été recouru en décembre pour prendre le contrôle de la Catalogne «pourrait resservir au besoin» si le prochain exécutif catalan ne respectait pas la loi. «J’espère que ne sera plus jamais nécessaire», a-t-il dit.