Le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions (à gauche) a renvoyé le directeur adjoint du FBI Andrew McCabe (à droite), vendredi.

Limogeage choc au FBI: Trump applaudit, avalanche de critiques

WASHINGTON - Donald Trump s’est ouvertement réjoui du limogeage de l’ex-numéro deux du FBI, Andrew McCabe, saluant le départ forcé de sa bête noire comme «un grand jour pour la démocratie» là où beaucoup dénonçaient une véritable vendetta politique.

Ravivant les inquiétudes sur les velléités de la Maison-Blanche de mettre un terme à l’enquête russe du procureur spécial Robert Mueller,l’avocat personnel du président américain, John Dowd, a dit espérer que le ministère de la Justice suivrait l’exemple du renvoi de M. McCabe et refermerait cette enquête.

C’est en reprenant l’expression «Vous êtes viré» qui a fait ses grandes heures de vedette de la téléréalité que Donald Trump a ponctué peu après minuit, sur Twitter, cette saga politique bien réelle.

«Andrew McCabe VIRÉ, un grand jour pour les hommes et les femmes du FBI qui travaillent dur - Un grand jour pour la démocratie».

Cible depuis des mois des critiques virulentes des conservateurs américains et de Donald Trump lui-même, Andrew McCabe --qui avait quitté en janvier ses fonctions de directeur adjoint du FBI, mais restait un employé de la police fédérale américaine-- a appris son licenciement à 48 heures à peine de pouvoir toucher, en fêtant ses 50 ans, sa retraite de haut fonctionnaire policier.

Guerre contre Mueller

Sa réponse ne s’est pas fait attendre.

Se déclarant victime d’une «guerre» menée par l’administration Trump contre le FBI et contre l’enquêté du procureur spécial, Andrew McCabe a dénoncé «une entreprise sans précédent, conduite par le président lui-même», pour le «chasser» de son poste, et «détruire (sa)  réputation».

Andrew McCabe avait dirigé le FBI par intérim de mai à août 2017, après le licenciement spectaculaire par Donald Trump du directeur James Comey. Le président l’a souvent accusé d’être trop proche de James Comey, ainsi que des démocrates, son épouse ayant fait campagne sous cette étiquette dans une élection en Virginie.

Il avait enquêté sur les courriels de Hillary Clinton. Une investigation que la candidate malheureuse contre Trump accuse d’avoir sapé ses chances de remporter la présidentielle, mais dont certains conservateurs déplorent aussi qu’elle ait été classée sans suite.

«Voici la réalité: je suis isolé et traité de la sorte pour le rôle que j’ai joué, les décisions que j’ai prises et ce dont j’ai été témoin après le limogeage de James Comey», a encore accusé M. McCabe.

Donald Trump avait d’ailleurs profité de son tweet samedi soir pour tacler à nouveau l’ancien patron du FBI. «Le moralisateur James Comey était son chef et a fait passer McCabe pour un enfant de choeur. Il savait tout des mensonges et de la corruption qui régnait aux plus hauts niveaux du FBI ! »

Manque d’honnêteté ?

C’est après une enquête interne du FBI que le ministre de la Justice, Jeff Sessions, a annoncé son licenciement, mettant un terme à des semaines de suspense. Jeudi encore, Andrew McCabe avait plaidé sa cause auprès du ministère pendant près de quatre heures, selon le Washington Post.

Mais les services du FBI ont établi que M. McCabe avait fait des révélations non autorisées aux médias et avait «manqué d’honnêteté sous serment», une grave accusation.

La décision de limoger M. McCabe a été prise «après une enquête complète et équitable», a martelé Jeff Sessions. Le détail des faits retenus contre lui n’a pas encore été rendu public.

Dans son communiqué, Andrew McCabe défend ses communications avec un journaliste, expliquant qu’elles appartenaient aux prérogatives de sa fonction.

Et comme lui, son avocat dénonce l’intromission directe de la Maison-Blanche dans cette affaire avec «les offensives répétées du président» --sa porte-parole Sarah Sanders l’avait encore qualifié jeudi de «mauvais acteur»-- en affirmant que ces attaques se sont «accélérées quand il a été révélé que M. McCabe serait entendu comme témoin contre le président».

Poubelles de l’histoire

Un ancien ministre de la Justice du démocrate Barack Obama, Éric Holder, s’est inquiété samedi sur Twitter d’une décision «dangereuse».

S’il admet qu’il est trop tôt pour juger du fond des accusations, «le calendrier semble cruel et apparaît comme une capitulation compromettant l’indépendance du ministère de la Justice afin de satisfaire un président au comportement de plus en plus erratique qui ne devrait avoir jouer aucun rôle ici»

L’ancien chef de la CIA sous Barack Obama, John Brennan, a eu des mots encore plus forts.

«Lorsque l’étendue complète de votre vénalité, de votre turpitude morale et de votre corruption politique sera connue, vous occuperez votre juste place parmi les démagogues déshonorés dans les poubelles de l’histoire», a-t-il lancé à l’attention du 45e président des États-Unis.