Quelque 20 000 personnes, selon les organisateurs, étaient rassemblées à Paris, mais on comptait peu de participants de moins de 30 ans.

Les jeunes absents du rassemblement contre l’antisémitisme en France

PARIS — Plusieurs milliers de personnes ont manifesté mardi soir à Paris pour protester contre l’antisémitisme, encore illustré par la profanation d’un cimetière juif dans l’est de la France. Mais les jeunes, déploraient de nombreux manifestants, étaient peu nombreux à s’être déplacés.

«Les jeunes sont de moins en moins concernés, ils s’en fichent. Ça me dégoûte mais je leur en veux pas, ils ne sont pas assez bien informés.» Elias Hufnagel, 16 ans, est venu place de la République pour se rappeler de «ses ancêtres juifs». Et à l’endroit de ses camarades absents, il se souvient qu’«il y a le foot ce soir...»

Si les organisateurs ont compté quelque 20 000 personnes, à Paris, au milieu des pancartes barrées de «Non à la banalisation de la haine» ou «Juifs attaqués, République en danger», il y avait peu de participants de moins de 30 ans mais beaucoup de plus vieux.

«Je pensais avoir inculqué une culture historique, je me suis trompée : l’enseignement de la Shoah ne parvient pas à toucher tout le monde. Je le prends pour moi et très mal», déplore Anne-Françoise, 64 ans, une retraitée de l’enseignement qui ne souhaite pas donner son patronyme.

«Mes grands-parents sont morts à Auschwitz et mes parents ont choisi la France. Heureusement qu’ils ne sont plus là, car ils ne survivraient pas à ce qui se passe», dit-elle, une pancarte «#ça suffit» à la main.

À quelques mètres des personnalités politiques, dont le premier ministre Édouard Philippe, confinées dans un espace réservé, quelques jeunes gens ont tout de même pris part au rassemblement.

«En ce moment, je ne peux pas dire que je suis fière d’être Française», soupire Maya Vincent, 14 ans, collégienne à Montreuil, dans la banlieue parisienne.

Avec son étoile de David autour du cou, dans le métro, on lui dit parfois qu’elle ne devrait «pas être là». «Et en général, personne ne réagit», se désole-t-elle.

La Shoah

Sandrine, 50 ans, qui travaille comme cadre administratif dans une université, estime que «l’enseignement de la Shoah est de plus en plus compliqué dans certains établissements, voire impossible. C’est pour ça que la transmission est difficile aujourd’hui».

Dans une ambiance calme, voire recueillie, chacun a voulu témoigner de son indignation après les insultes antisémites proférées samedi lors d’une manifestation de «gilets jaunes» à Paris, la profanation mardi d’un cimetière juif en Alsace, dans un contexte de hausse généralisée (+ 74 %) des actes antisémites en 2018.

Drapé de bleu, blanc, rouge, les couleurs nationales, Jonathan Beltar s’insurge : «On s’en prend aux hommes, aux femmes, aux enfants et maintenant aux cimetières : c’est sans fin».

Ce gestionnaire immobilier de 39 ans fait en outre observer que «les juifs sont une toute petite minorité en France et ils sont les champions du monde des victimes d’agressions : c’est catastrophique».