Selon les statistiques officielles, la ville de Moscou a dépensé cette année la somme record de 120 millions $ dans l’usage d’un sel de déneigement controversé appelé «réactif».

Le «réactif» empoisonne la vie des Moscovites

MOSCOU — Des premiers flocons de novembre au dégel en avril, une armée de déneigeurs envahit les rues de Moscou. Leurs armes : des pelles, mais aussi une avalanche de produits antigel, inoffensifs selon la mairie, mais critiqués par de nombreux habitants de la capitale russe.

Connus sous le nom de «réactif», ces sels de déneigement sont répandus sur les trottoirs et les routes de Moscou après le passage des déneigeuses et des camions-bennes chargés de neige.

«La Russie sans la neige, ce n’est pas la Russie», énonce Alexeï Babounachvili, alors que derrière lui un camion déverse 30 m3 de neige sale dans une cuve remplie d’eau chaude.

M. Babounachvili dirige un centre où est déposée la neige accumulée. Trois employés y fracassent des blocs de glace en train de fondre. L’eau rejoint ensuite le système d’assainissement moscovite.

Pour faire fonctionner la mégapole moscovite, qui compte officiellement 12 millions d’habitants, la mairie de Moscou a beaucoup eu recours ces dernières années au «réactif».

Si certains, comme Alexeï Babounachvili, se limitent à dire qu’il «abîme les chaussures et les pneus», d’autres s’en inquiètent davantage. Sur Internet et dans les conversations quotidiennes, de nombreux habitants se plaignent de cette substance composée de sel, de granulés de marbre, de chlorure de calcium et d’acide formique, qu’ils accusent d’être toxique.

En 2009, une étude de chercheurs de l’université de Moscou avait conclu que le «réactif» était nuisible pour les sols, les tuyaux, les vêtements et qu’il pouvait irriter la peau.

Les autorités, au contraire, affirment que la substance est inoffensive et que sa composition est régulièrement améliorée. Il y a deux ans, un expert a même mangé un bout de pain saupoudré de «réactif» lors d’une émission à la télévision publique russe, pour prouver qu’il n’était pas nocif...

Chien malade

«C’est dégoûtant», lâche Ksenia Schmidt, 20 ans, une étudiante interrogée par l’AFP dans le centre de Moscou. «Mon chien est tombé malade à cause du “réactif”», affirme-t-elle. «C’était horrible. Le vétérinaire nous a dit que c’était sans doute un empoisonnement dû au sel».

Pour protéger les pattes de leurs animaux, des propriétaires n’hésitent pas à les vêtir de «chaussons» ou à éviter les zones badigeonnées de «réactif».

L’opposant Ilia Iachine accuse le maire de la capitale russe d’empoisonnement, dans une vidéo publiée cet hiver intitulée «Sergueï Sobianine empoisonne Moscou avec un réactif. Pourquoi ?»

Il y affirme que l’usage de ce réactif à Moscou est lié à d’onéreux contrats signés avec des hommes d’affaires ayant les faveurs de la municipalité.

Selon les statistiques officielles, la ville de Moscou a dépensé cette année la somme record de 120 millions $ dans l’usage de ce sel de déneigement.

«Nettoyer ses chaussures»

«Ce qui est utilisé à Moscou est testé auparavant par des experts», assure Andreï Sokolov, le directeur adjoint du service des routes de la capitale russe.

«Si nous n’utilisions pas de substances déneigeantes, il serait matériellement impossible de récolter tout de suite la neige ou de nettoyer la voirie», argue-t-il.

Pour ce fonctionnaire, il suffit de «nettoyer ses chaussures» pour éviter les effets indésirables du «réactif», ce qu’il indique faire une fois par semaine.

Près de 60 00 agents et 14 000  véhicules sont employés par le service des routes de Moscou pour le déneigement, sans compter les travailleurs d’autres services ou d’entreprises privées.