Les autorités américaines escortant Joaquin «El Chapo» Guzman à sa sortie d’avion en janvier 2017, pour qu’il soit jugé en sol américain. M. Guzman, 61 ans, est accusé d’avoir dirigé de 1989 à 2014 le cartel de Sinaloa, du nom de la région du nord-ouest du Mexique dont il est originaire.

Le procès de «El Chapo» sous haute sécurité

NEW YORK — Le procès du narcotrafiquant mexicain Joaquin «El Chapo» Guzman, connu pour ses évasions rocambolesques et pour avoir dirigé 25 ans durant l’un des cartels les plus puissants au monde, s’est ouvert lundi à New York sous haute sécurité.

Près de deux ans après son extradition aux États-Unis en janvier 2017, «El Chapo» — «Le Courtaud», en référence à sa petite taille — est arrivé au tribunal de Brooklyn vêtu d’un complet bleu marine, sur une chemise blanche au large col style années 70.

Assisté d’un traducteur, l’homme que la justice américaine présente comme le plus puissant narcotrafiquant depuis Pablo Escobar, mort en 1993, a semblé détendu et attentif.

M. Guzman, 61 ans, est accusé d’avoir dirigé de 1989 à 2014 le cartel de Sinaloa, du nom de la région du nord-ouest du Mexique dont il est originaire.

Selon l’accusation, le cartel a expédié aux États-Unis plus de 154 tonnes de cocaïne, ainsi que d’énormes quantités d’héroïne, de méthamphétamine et de marijuana, pour une valeur estimée à 14 milliards de dollars.

Le procès a débuté par la sélection des 12 jurés et six suppléants, qui doivent être choisis d’ici vendredi parmi une centaine de personnes. Elle se déroule à huis clos, une mesure réservée aux accusés jugés dangereux.

Lundi, les avocats ont interrogé 45 jurés potentiels, en écartant 17 dont deux femmes inquiètes d’éventuelles représailles des associés d’«El Chapo».

Pour protéger les jurés, leurs noms resteront secrets, et ils seront escortés chaque jour au tribunal, à la sécurité renforcée, avec plus d’une vingtaine d’hommes en armes et chiens renifleurs visibles lundi.

M. Guzman s’est échappé deux fois de prisons mexicaines et, même s’il n’est pas jugé pour meurtre, il aurait, selon l’accusation, commandité quelque 37 assassinats.

Témoins sous protection

Au terme d’environ quatre mois d’audiences, les jurés devront décider si les preuves sont suffisantes pour déclarer «El Chapo» coupable des 11 chefs d’accusation contre lui, dont trafic et distribution de drogues, possession d’armes à feu, blanchiment d’argent, pour lesquels il plaide non coupable.

Les procureurs affirment avoir une montagne de documents à charge : quelque 300 000 pages de documents, 117 000 enregistrements audio et quantités de photos et vidéos.

Beaucoup de documents restent confidentiels, comme la liste des anciens associés, employés ou rivaux de Joaquin Guzman appelés à témoigner.

Certains bénéficient de la protection du gouvernement américain. D’autres sont détenus dans des prisons spéciales pour empêcher toutes représailles.

«El Chapo» lui-même est maintenu à l’isolement depuis son extradition aux États-Unis en janvier 2017, dans une cellule sans fenêtre, 23 heures sur 24. Les seules personnes autorisées à lui rendre visite, à travers une vitre, sont ses avocats et ses jumelles de sept ans.

Sa femme, Emma Coronel, une reine de beauté de 29 ans, qu’il a épousée quand elle en avait 17, est interdite de visite. Depuis 2017, elle a assisté à de nombreuses audiences, et devrait être présente pour les plaidoiries d’ouverture attendues le 13 novembre.

Plusieurs évasions

Arrêté une première fois au Guatemala en 1993, «El Chapo» s’était échappé en 2001 d’une prison mexicaine, caché dans un bac à linge sale.

Interpellé en février 2014, il avait réussi à s’enfuir 14 mois plus tard, par un tunnel de 1,5 kilomètre de longueur creusé sous la douche de sa cellule.

Il avait été repris en janvier 2016. Les autorités avaient retrouvé sa trace après qu’il eut reçu dans la jungle l’acteur américain Sean Penn et l’actrice américano-mexicaine Kate del Castillo, venus l’interviewer pour faire un film sur sa vie.

Même sans M. Guzman, le cartel de Sinaloa reste puissant. Son associé présumé Ismael «El Mayo» Zambada court toujours et le Mexique souffre plus que jamais de l’emprise des narcotrafiquants, avec un record d’environ 29 000 homicides en 2017.

Les États-Unis continuent à recevoir de leur voisin du sud d’importantes quantités de drogue, notamment des opiacés de plus en plus puissants, devenus une des principales causes de la mortalité américaine.

La seule tenue de ce procès est néanmoins un succès pour la justice américaine, qui n’avait jamais pu juger Pablo Escobar, abattu lors d’une opération policière à Medellin en 1993.

Les autorités américaines ont négocié longuement avec Mexico l’extradition d’«El Chapo», obtenue moyennant promesse qu’il ne serait pas exécuté. En cas de condamnation, il risque la perpétuité.