Le candidat à la Cour suprême américaine Brett Kavanaugh devant le Sénat la semaine dernière.

Le juge Kavanaugh fait un pas de plus vers la Cour suprême

WASHINGTON — Le juge Brett Kavanaugh a franchi vendredi une nouvelle étape sur la route semée d'embûches de la Cour suprême, avec un premier vote de procédure favorable au Sénat, qui ouvre la voie à un vote final de confirmation peut-être dès samedi.

Les sénateurs, qui ont le dernier mot sur les nominations à vie au sein de la plus haute juridiction des États-Unis, ont voté la clôture des débats avec 51 pour et 49 contre.

«Je suis très fier du Sénat américain», a immédiatement tweeté le président Donald Trump, qui a choisi Brett Kavanaugh en juillet et lui a apporté depuis un soutien indéfectible.

Le vote des sénateurs donne une indication du rapport de force mais ne reflète pas automatiquement l'issue du vote final, les sénateurs n'étant pas liés par leur premier choix.

Les républicains disposent d'une courte majorité à la chambre (51 sièges sur 100), mais trois de leurs membres avaient laissé planer le doute sur leurs intentions jusqu'à la dernière minute. Jeff Flake, et Susan Collins ont finalement voté pour clôturer la procédure. Lisa Murkowski a voté contre.

Un démocrate, Joe Manchin, a aussi rompu avec son groupe, en votant «oui».

La candidature de Brett Kavanaugh, un fervent défenseur des valeurs conservatrices, divise fortement l'Amérique. Des accusations d'abus sexuels remontant à sa jeunesse ont encore renforcé les tensions.

La haute cour est l'arbitre des questions de société les plus épineuses aux États-Unis : peine de mort, droit à l'avortement, lois sur les armes à feu, mariage homosexuel... L'entrée de Brett Kavanaugh, 53 ans, en son sein, placerait les juges progressistes en minorité pour de nombreuses années.

À l'ouverture des débats vendredi, la sénatrice démocrate Dianne Feinstein a rappelé cet enjeu. «Le président Trump a promis de nommer à la Cour suprême des opposants à l'avortement qui défendent le droit au port d'armes». «Le juge Kavanaugh remplit ces critères», a-t-elle assuré.

Les Républicains ont eux dénoncé une «campagne de destruction» menée contre le juge. Rejeter sa candidature reviendrait à valider «la loi de la foule», a estimé le républicain Chuck Grasley, chef de la commission judiciaire du Sénat.

Débats vifs

Les débats, vifs, ont dépassé l'enceinte du Capitole.

Des milliers de manifestants ont défilé jeudi à Washington pour demander aux sénateurs de voter contre le juge Kavanaugh. Certains sont entrés dans un bâtiment du Sénat pour tenter de faire plier les sénateurs indécis et environ 300 ont été brièvement arrêtés. Des femmes avaient aussi, plusieurs jours auparavant, interpellé le sénateur Jeff Flake dans un ascenseur du Congrès.

La Maison-Blanche les a vivement critiqués vendredi.

«Les manifestants [...] qui hurlent dans l'ascenseur sont des professionnels qui ont été payés pour donner une mauvaise image des sénateurs. Ne vous laissez pas avoir!» a tweeté vendredi le président Trump. «Regardez aussi toutes les pancartes identiques faites par des professionnels. Payées par Soros et d'autres», a-t-il ajouté.

La fondation du milliardaire américain d'origine hongroise George Soros finance plusieurs ONG dans le monde, allant de la défense des droits de l'homme à l'aide aux réfugiés. Il est la cible régulière de la droite dure européenne, notamment du Premier ministre hongrois Viktor Orban, et d'une partie de l'extrême droite américaine.

Deux vérités irréconciliables

Brett Kavanaugh, un brillant magistrat, était en bonne voie d'être confirmé, quand une femme est sortie de l'ombre à la mi-septembre pour l'accuser d'une tentative de viol remontant à une soirée entre lycéens en 1982.

Lors d'une audition suivie par 20 millions d'Américains, Christine Blasey Ford, une universitaire de 51 ans, s'est dite sûre «à 100%» d'avoir été agressée par le jeune Kavanaugh. En colère et offensif, le magistrat s'est dit tout aussi certain de son innocence.

Démarche extrêmement rare pour un candidat à la Cour suprême, ce dernier s'est expliqué dans une tribune publiée par le Wall Street Journal sur ce ton «tranchant».

«J'ai dit des choses que je n'aurais pas dû dire. J'espère que tout le monde peut comprendre que j'étais là-bas en tant que fils, mari et père», a-t-il justifié.

Confronté à deux vérités irréconciliables, le Sénat avait, sous la pression d'élus indécis, demandé un complément d'enquête au FBI, qui a rendu sa copie mercredi soir. Le rapport a conforté les républicains, mais laissé les démocrates sur leur faim.

«Cette enquête n'a trouvé aucune trace de comportement inapproprié», a estimé le républicain Chuck Grassley.

«Ce qui est notable avec ce rapport, ce n'est pas ce qui est dedans, mais ce qui n'y est pas», a rétorqué la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, dénonçant une enquête «incomplète».