La tour Eiffel Tower a Paris, jeudi  
La tour Eiffel Tower a Paris, jeudi  

Le coronavirus, en hausse «exponentielle», a contaminé plus d’un million de personnes

PARIS — Le cap du million de cas de COVID-19 officiellement déclarés dans le monde a été franchi jeudi, avec, sur les dernières semaines, une nette accélération des contaminations et des décès qui témoigne de la progression exponentielle de la pandémie.

Que disent les chiffres les plus récents ?

Au moins 1 000 036 cas d’infection, parmi lesquels 51 718 décès ont été détectés dans 188 pays et territoires, selon un bilan mondial jeudi.

Sur les 7 derniers jours, autant de nouveaux cas ont été diagnostiqués dans le monde que lors des 86 jours précédents. Le nombre de décès recensés a doublé depuis le 27 mars. À ce jour, au moins 186 000 malades sont considérés comme guéris.

Mais les données publiées partout dans le monde, aussi bien en terme de cas que de décès sont loin de refléter exactement la réalité.

Nombre de pays ne testent que les malades dans un état grave — certains comme la Finlande reconnaissent eux-mêmes que leurs bilans sont largement sous-évalués, avec un nombre réel de cas dans le pays qui pourrait être jusqu’à 30 fois plus élevé. En ce qui concerne les morts, certains états n’incluent par exemple pas les décès survenus dans les maisons de retraite.

Mais la croissance des chiffres montre la propagation dramatique de la maladie à travers la planète.

Avec 542 191 cas recensés, dont 37 715 décès (respectivement 54 % et 73 % des totaux mondiaux), l’Europe, qui comptait encore moins de 10 000 cas le 7 mars, est aujourd’hui le principal foyer de la pandémie.

La progression y a été fulgurante ces dernières semaines : en un peu plus de dix jours, le nombre des décès a été multiplié par 7, pour dépasser les 37 000 le 2 avril.

Mais elle l’est désormais aussi aux États-Unis, devenus le 27 mars le pays le plus touché dans le monde en nombre de cas.

Les États-Unis, qui ne comptaient officiellement que 68 contaminations le 2 mars, en enregistrent désormais plus de 234 000. Depuis le 28 mars, en seulement cinq jours, ces cas recensés dans le pays ont doublé.

Le nombre de décès y suit une évolution similaire : les États-Unis ont enregistré leur premier décès le 1er mars et en déplorent aujourd’hui 5607. Ce nombre a doublé sur les 3 derniers jours.

Tout le monde avec un masque à New-York, demande le maire

D'ailleurs, le maire de New York Bill de Blasio a demandé jeudi aux habitants de la ville de se couvrir le visage lorsqu’ils sortent de chez eux, une première dans la ville la plus touchée par le coronavirus aux États-Unis.

«Ça peut être une écharpe, quelque chose que vous avez fabriqué chez vous, un bandana», a expliqué l’édile lors d’un point de presse, mais cela «n’a pas besoin d’être un masque de professionnel».

New York a enregistré 1562 morts du coronavirus depuis le début de la pandémie, selon des chiffres publiés jeudi en fin de journée par les autorités sanitaires de la ville, et approche des 50 000 cas positifs (49 707).

Le maire a expliqué que la décision de demander aux habitants de se couvrir le visage avait été prise sur la base d'une étude publiée par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), autorité de santé nationale aux États-Unis.

Cette étude met en évidence des cas de transmission du virus à Singapour par des personnes asymptomatiques. L'étude indique que la transmission pourrait notamment intervenir par la seule respiration.

«Il a été montré que la parole et d'autres activités vocales, comme le chant, peuvent générer des particules dans l'air, avec une propension liée au niveau sonore», expliquent les auteurs de l'étude, publiée mercredi.

C'est un revirement pour les autorités, qui ont longtemps indiqué, sur la base des recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et du CDC qu'il n'était pas nécessaire de porter un masque, à moins de présenter des symptômes du coronavirus.

L’Italie et l’Espagne meurtries

Seules l’Italie et l’Espagne affichent un bilan plus lourd à ce jour en terme de morts.

L’Italie (115 242 cas, 13 915 décès) et l’Espagne (110 238, 10 003) sont aussi avec les États-Unis les pays qui comptent plus de cas déclarés qu’en Chine, foyer initial de la contagion où les chiffres officiels montrent un fort ralentissement depuis plus d’un mois (81 589 cas, dont 3 318 décès au total, 31 seulement depuis une semaine).

Sur 100 décès en Europe, près de 36 sont aujourd’hui enregistrés en Italie et 27 en Espagne.

Dans ces deux pays, les mesures de confinement de la population semblent toutefois commencer à porter leurs fruits, avec un ralentissement de la progression de l’épidémie. D’une augmentation de 15 % du nombre de cas chaque jour il y a encore deux semaines, l’Italie enregistre depuis plusieurs jours des taux d’augmentation inférieurs à 5 %. Depuis 24 h, seuls 18 patients supplémentaires ont été admis en soins intensifs dans le pays.

L’Espagne recense elle environ 8 % de cas supplémentaires chaque jour, bien moins que les 15 à 20 % comptés la semaine dernière.

En Europe et ailleurs dans le monde, les autres pays les plus touchés sont la France (73 743 cas et 5387 décès, avec un bilan incluant désormais des cas en maison de retraite), l’Iran (50 468, 3160), le Royaume-Uni (33 718, 2 921), les Pays-Bas (14 697, 1339), la Belgique (15 348, 1011), l’Allemagne (73 522, 872), la Suisse (18 194, 431) et la Turquie (18 135, 356).

L’Afrique, malgré sa population de 1,3 milliard d’habitants, recense à ce jour seulement 6804 cas pour 273 décès. Le seul continent qui compte moins de cas est l’Océanie (5949 cas pour 27 décès).

La région d’Amérique latine et des Caraïbes a franchi mercredi le cap des 20.000 cas, atteignant jeudi 23 133, dont 653 décès. Le Moyen-Orient a lui enregistré 64 083 cas dont 3.306 décès et l’ensemble de l’Asie 112 356 cas dont 4003 décès.

Ces bilans ont été réalisés à partir de données collectées par les bureaux de l’AFP auprès des autorités nationales compétentes et des informations de l’OMS.

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L’Assemblée générale de l’ONU appelle à la «coopération»

L’Assemblée générale de l’ONU a approuvé jeudi par consensus une résolution appelant à la «coopération internationale» et «au multilatéralisme» pour combattre le COVID-19, premier texte des Nations unies depuis le déclenchement de la pandémie.

La résolution, à laquelle a tenté de s’opposer en vain avec un projet concurrent la Russie, soutenue par quatre autres pays, souligne aussi «la nécessité de respecter pleinement les droits humains» et dénonce «toute forme de discrimination, de racisme et de xénophobie dans la réponse à la pandémie».

Le texte insiste sur le rôle central de l’ONU dans la crise sanitaire et économique qui est devenue mondiale.

La résolution adoptée par l’Assemblée générale a été initiée par six pays : Suisse, Indonésie, Singapour, Norvège, Liechtenstein et Ghana. Au final, elle a été parrainée par 188 états sur les 193 que comptent les Nations unies, selon des diplomates.

Les cinq pays manquant à l’appel de ce co-parrainage sont la Russie, la Centrafrique, Cuba, le Nicaragua et le Venezuela.

Ces pays ont coparrainé une «déclaration» proposée par Moscou qui se voulait concurrente de la résolution adoptée, parlant aussi de coopération, mais en incluant une demande implicite de levée générale des sanctions internationales. Frappée par de telles mesures en raison du conflit avec l’Ukraine, la Russie considère qu’elles sont un frein à la lutte contre la pandémie.

L’Union européenne, le Royaume-Uni et l’Ukraine entre autres sont intervenus jeudi pour bloquer l’adoption de cette «déclaration» qui devait se faire aussi par consensus, selon des diplomates.

À la différence du Conseil de sécurité de l’ONU, les résolutions adoptées par l’Assemblée générale ne sont pas contraignantes, mais ont une forte valeur politique en fonction du nombre de pays qui les approuvent lors d’un vote ou les coparrainent lors d’une adoption par consensus.

À ce jour, le Conseil de sécurité ne s’est toujours pas mis d’accord sur l’adoption d’un texte en dépit de plusieurs tentatives, des blocages continuant à opposer notamment les États-Unis à la Chine sur l’origine du virus que Washington veut souligner.

Des membres permanents du Conseil dotés d’un droit de veto — Chine et Russie — sont par ailleurs réticents à voir le Conseil de sécurité, chargé de la paix et de la sécurité dans le monde, se saisir d’un dossier jusqu’à présent essentiellement sanitaire et économique.