Au cours d’une rare entrevue accordée à des journalistes canadiens, Lu Shaye a aussi mis en garde le premier ministre Justin Trudeau contre ses efforts visant à obtenir des appuis internationaux dans sa dispute contre la Chine.

L’arrestation d'une dirigeante Huawei: un coup de poignard dans le dos, dit l’ambassadeur Lu

OTTAWA — L'arrestation d'une dirigeante Huawei a été un «coup de poignard dans le dos» donné par ami, a déclaré l'ambassadeur de la Chine au Canada, Lu Shaye.

Le diplomate a prévenu le Canada des «répercussions» que provoquerait une décision gouvernementale d'interdire au géant des télécommunications l'accès au futur réseau 5G pour des raisons de sécurité nationale, comme l'ont déjà fait trois des alliés d'Ottawa en matière de partage des renseignements.

Au cours d'une rare entrevue accordée à des journalistes canadiens, M. Lu a aussi mis en garde le premier ministre Justin Trudeau contre ses efforts visant à obtenir des appuis internationaux dans sa dispute contre la Chine.

Il a ajouté que ce serait une mauvaise idée que la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, utilise le prochain sommet du Forum économique mondial à Davos pour faire avancer ce dossier.

M. Lu a soutenu que les relations économiques entre les deux pays pouvaient toujours être réparées. Selon lui, l'impasse actuelle ne peut être résolue que par des négociations. Il a défendu les arrestations de deux Canadiens en Chine tout en critiquant celle de Meng Wanzhou, soulignant que cette dernière n'avait enfreint aucune loi canadienne.

Mme Meng a été arrêtée à Vancouver le mois dernier à la demande des États-Unis qui veulent l'accuser d'avoir commis une fraude liée à des contrats qu'elle aurait conclus avec l'Iran en violation des sanctions américaines décrétées contre Téhéran. Elle doit subir une procédure d'extradition.

Peu après l'arrestation de Mme Meng, la Chine a arrêté deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, qui sont détenus par Pékin pour des raisons de sécurité nationale. Un troisième Canadien, Robert Lloyd Schellenberg, a été condamné à mort lundi dernier par un tribunal chinois pour une affaire de trafic de drogue, même s'il avait été condamné à 15 ans de prison en 2016 pour la même affaire.

Le département d'État des États-Unis croit que la peine de mort est «motivée politiquement».

Le fondateur du Centre pour les droits de l'homme Raoul Wallenberg, Irwin Cutler, a reproché à la Chine les termes employés pour qualifier l'arrestation de Mme Meng par le Canada: «vile, inconcevable et pervers».

«Ces mots définissent et décrivent la diplomatie des otages de la Chine: la détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor ainsi que la condamnation à mort arbitraire et cruelle de Robert Schellenberg», a écrit M. Cotler, un ancien ministre fédéral de la Justice, dans un courriel à La Presse canadienne.

Selon lui, rien ne révèle davantage le mépris de la Chine pour la règle de droit que son propre comportement «vil, insupportable et pervers» à l'endroit de Ti-Anna Wang et de sa fille.

Munie d'un visa qu'on lui avait remis en août, Mme Wang est allée la semaine dernière en Chine visiter son père malade emprisonné, mais les autorités l'ont renvoyée en Corée du Sud. Et mercredi, alors qu'elle attendait à l'aéroport de Pékin son vol de retour vers le Canada, une dizaine d'agents l'ont expulsée de son avion et l'ont détenue pendant deux heures avant de la retourner vers la Corée du Sud.

«Contraiment à la fois précédente, on ne m'a posé aucune question. Je n'ai pas eu le droit d'utiliser mon téléphone ou mon ordinateur et de contacter l'ambassade canadienne. Je n'ai pas pu consulter mon mari que je n'ai revu qu'en remontant dans un avion. Je n'ai pas pu contacter Air Canada pour réserver un nouveau vol», a raconté Mme Wang.

Offensive verbale

La déclaration de l'ambassadeur Lu fait écho avec celles du ministère des Affaires étrangères de la Chine.

La Chine a rejeté jeudi de manière cinglante l'affirmation de la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui a déclaré cette semaine que la détention arbitraire de Canadiens par la Chine constituait une menace pour tous les pays.

«Je pense que votre ministre des Affaires étrangères est possiblement très pressée, puisqu’on dirait qu’elle est incapable de s’empêcher de parler sans réfléchir, a lancé Hua Chunying, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Comment la Chine menace-t-elle le Canada?»

Mme Hua a soutenu que c’était plutôt le Canada qui était menaçant pour la Chine, car il détient une citoyenne chinoise sans raison. Elle faisait référence à Meng Wanzhou, une dirigeante du géant chinois des télécommunications Huawei.

«Il est compréhensible que le Canada soit un peu inquiet, mais nous espérons qu'il évitera de parler (...) sans réfléchir parce que sa réputation et son image seraient gravement endommagées par un tel comportement, a ajouté Mme Hua. Et de tels commentaires ne font rien pour régler la situation.»

«Ce qu'ils font n'est pas bon pour l'image de la Chine dans le monde, a dit John McCallum, l'ambassadeur du Canada en Chine. C'est n'est pas bon pour l'image de la Chine corporative dans le monde.»

Mme Freeland a dit que le sort de MM. Kovrig et Spavor sera au sommet de son agenda le mois prochain, quand elle se rendra à Davos pour le Forum économique mondial.

M. McCallum a ajouté que le Canada peut compter sur l'appui de ses alliés. «Mais je crois que ce n'est que le début», a-t-il dit.

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HUAWEI AUGMENTE SES DÉPENSES EN RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT AU CANADA

TORONTO — Le président de Huawei Canada a indiqué qu'il obtiendrait une partie de l'investissement de 2 milliards $ US annoncé par sa société mère chinoise dans le cadre d'un plan de cinq ans visant à embaucher plus d'ingénieurs en logiciel afin de rendre son équipement plus sécurisé, plus résistant et plus efficace.

Le président de Huawei Canada, Eric Li, a déclaré dans un communiqué que sa «priorité numéro un» était la sécurité et l'intégrité des réseaux qu'elle supporte par l'entremise de sa technologie.

Un porte-parole de la société a précisé que le siège de Huawei, à Shenzen, n'avait pas encore décidé combien d'argent et de personnel supplémentaires seraient affectés à ses activités canadiennes, qui emploient environ 500 personnes dans ses installations de recherche et développement.

L'annonce de M. Li intervient alors que Huawei Technologies est confrontée à une pression intense alors que les États-Unis et certains autres alliés du Canada tentent de restreindre l'accès de la société chinoise à leurs réseaux pour des raisons de sécurité nationale.

Le gouvernement canadien étudie également les conséquences, pour la sécurité nationale, que pourrait avoir le fait d'ouvrir les réseaux sans fil évolués de cinquième génération à l'équipement d'une entreprise chinoise juridiquement soumise au gouvernement de Pékin.

Plus tôt cette semaine, le fondateur de Huawei, Ren Zhengfei, a affirmé, lors d'une rare conférence de presse, que la société privée «dirait assurément non» si le gouvernement chinois lui demandait son aide pour faciliter une opération d'espionnage, comme l'exige une loi de 2017.

M. Ren a également indiqué que sa fille Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, avait été bien traitée par les autorités judiciaires canadiennes depuis son arrestation à Vancouver, le 1er décembre, à la demande des États-Unis.