On a vu les instances nationales démocrates applaudir l’élection de Conor Lamb en Pennsylvanie lors d’une élection partielle récente - un trentenaire pro-armes, anti-avortement et qui a appelé au renversement de la chef des démocrates de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

La très polie «guerre civile» au parti démocrate

WASHINGTON — Ils sont démocrates et s’opposent au droit à l’avortement, défendent le port d’arme à feu ou se targuent de coopérer avec Donald Trump. Mais ces iconoclastes ne sont pas des dynamiteurs de parti.

La perspective de la reconquête du Congrès, aux élections de mi-mandat en novembre, soude les différentes factions de l’opposition, des modérés à la gauche de la gauche. Certes, elles se disputent aux primaires qui ont déjà débuté. Mais la fin justifie les moyens.

«Les leaders du parti démocrate veulent la majorité à tout prix, ils se fichent du type de candidats qui la leur donnera», assure le professeur de science politique Robert Boatright, de l’Université Clark, à l’AFP.

On a donc vu les instances nationales démocrates applaudir l’élection de Conor Lamb en Pennsylvanie lors d’une élection partielle récente - un trentenaire pro-armes, anti-avortement et qui a appelé au renversement de la chef des démocrates de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Du Texas au Massachusetts, des candidats démocrates se sont également engagés à empêcher qu’elle ne redevienne «speaker» en cas de basculement de la majorité. Dans l’Illinois, le démocrate sortant Dan Lipinski, opposé au droit à l’avortement, vient d’être réinvesti dans une primaire difficile contre une candidate progressiste soutenue par Bernie Sanders.

Et quand la sénatrice démocrate sortante du Missouri Claire McCaskill s’est permis de critiquer Hillary Clinton sur la manière dont elle parle des électeurs de Donald Trump, la chaîne conservatrice Fox News a consacré plusieurs minutes, dans sa matinale, à la «guerre civile démocrate».

«C’est très exagéré», nuance cependant à l’AFP Norman Ornstein, vieil observateur de la politique américaine à l’American Enterprise Institute. «Il y a une différence de culture entre la gauche et la droite dans ce pays», poursuit-il.

Les disputes internes démocrates n’ont rien à voir, selon lui, avec les déchirements qu’a connus le parti républicain en 2010 avec la révolte du Tea Party, mouvance ultraconservatrice dont la vocation était de déboulonner l’establishment républicain. Au Congrès, il n’y a chez les démocrates ni Rand Paul, ni Ted Cruz, ces sénateurs républicains en conflit permanent avec leur majorité.

Foison de candidats  

Les élections de mi-mandat sont des référendums sur le président.

Bill Clinton en a fait les frais en 1994, comme George W. Bush, empêtré dans la guerre d’Irak, en 2006, et Barack Obama en 2010 après sa réforme du système de santé. Donald Trump, avec une cote de popularité sous 40 %, pourrait compléter la série - même s’il est persuadé que l’embellie économique et la baisse d’impôts joueront en sa faveur.

Le parti démocrate, au niveau national, mise donc sur une vague anti-Trump pour mobiliser son noyau électoral.

Mais il se fait sciemment plus discret dans les circonscriptions remportées par le milliardaire en novembre 2016, calculant que certains électeurs sont prêts à revoter démocrate, à condition de ne pas vouer le président aux gémonies.

«Les démocrates n’ont pas besoin de beaucoup d’électeurs de Trump pour reprendre la Chambre», estime en outre John Hudak, chercheur à la Brookings Institution, à l’AFP.

Sur les 435 sièges de la Chambre, une cinquantaine de circonscriptions seulement sont suffisamment équilibrées politiquement pour que l’un ou l’autre parti l’emporte. Les démocrates ont besoin d’en conquérir 24 pour reprendre le perchoir.

Au-delà des sondages très favorables, la dynamique démocrate est perceptible dans l’activisme général des militants.

Steven Rogers, de l’Université de Saint Louis, a compilé les chiffres disponibles et estime que jamais autant de candidats démocrates ne s’étaient présentés à des élections locales (au niveau des assemblées des États fédérés). Ce n’est pas le cas pour le nombre de candidats républicains, explique-t-il à l’AFP.

Le précédent de 2006 montre du reste qu’un parti n’a pas besoin de s’entendre sur tout pour gagner.

Les démocrates avaient alors réussi à reprendre des sièges aux républicains dans des régions «rouges», en Caroline du Nord et dans l’Idaho, grâce à des candidats modérés. À l’époque, les démocrates n’étaient pas non plus unis sur la guerre.

Mais in fine, la victoire législative a permis de transcender ces différends. Le parti a retrouvé une dynamique, et posé les jalons de la victoire présidentielle de 2008.

Aujourd’hui, le même élan est engagé, affirme Norman Ornstein, en rappelant les récents succès démocrates à des élections partielles : «Les résultats parlent d’eux-mêmes».